Fautes d'accord...

Pardon!
Ce matin j'ai fait 2 fautes d'accord!
Graves!
De celles qui coût(ai)ent 4 points à l'antique examen du BEPC!

Deux pluriels qui devaient être singuliers: vous l'aviez sûrement remarqué...
Les voici:
...
Leur friture rend inaudible la voix qui crie toujours dans nos déserts :
...
C’est le médecin des « Veines Ouvertes de l’Amérique Latine », Édouard Galeano, qui les identifie aujourd’hui : ceux qui il y a 2000 ans étaient déjà les fréquentations ordinaires d’un Jésus, digne quoique dépenaillé, que vous auriez interdit à votre fils de fréquenter...

C'est un drôle de message, non signé (je n'aime vraiment pas çà!), qui m'a incité à relire mon papier!

Mais l'orthographe de ce "papier"-là suppose une grammaire que j'ignore!
Le voici à son tour:

tu di des choses dont tune c pa ce que t dit (sic!)

J'en invite l'auteur à me contacter!

Par pensée, par parole, par action... et par omission

Aujourd'hui, 31 janvier, c'est la fête de Saint Jean Bosco!

Bonne Fête à tous les Salésiens de coeur et d'esprit!



Les Diables et les Tuniques.

Ce matin, Dominique Dhombres ( !) et Eduardo Galeano braquent leurs projecteurs là où il fait sombre. Ils éclairent ainsi, par « réflection », le chemin inusité que prit un jour de Galilée le rabbi Jeshouah Ben Yossef de Nazareth... dans lequel ceux qu’on appelle les chrétiens reconnaissent qu’il est, LUI, la Voie, la Vérité, la Vie.

Il allongeait la route de Celui qu’il appelle son Père : « Mes chemins ne sont pas vos chemins ! » C’était de famille ! Alors qu’elle ait été sans couture, sa tunique, c’est au savoir-faire de sa mère Marie qu’on le doit. Qu’il en ait eu, éventuellement, une de rechange (difficile pour ce voyageur sans bagages, mais non « sans qualités », à l’évidence), et que Turin &/ou Argenteuil s’en dispute/nt l’honneur de la/les posséder, ne peut que donner d’étranges idées, non seulement de pèlerinage (ce qui active le sang et l’esprit), mais encore de science-religion fiction, dont Dan Brown (pour la planète confuse Jean/Madeleine), et Didier van Cauwelaert (pour l’Hexagone de l ‘ADN), deviennent, - par Lattès, Ron Howard et Albin Michel interposés - les prophètes qui nous détournent habilement du « chemin », de la « voie », du « sens » inauguré par l’auteur des Béatitudes ! Ils obscurcissent pour les borgnes, presbyt(r)es et autres amblyopes de l’esprit les accès au monde des révolutions coperniciennes du cœur et de l’esprit! Leur friture rend inaudibles la voix qui crie toujours dans nos déserts :

L'important, c'est d'être libre :
respirez la pauvreté,
ne tenez à rien ni à personne :
l'éternité est à ce prix !

L'important, c'est d'être sensible
à la vie, à la mort,
à la joie, à la peine :
le réconfort est à ce prix !

L'important, c'est d'être tendre
à qui résiste,
à qui se donne,
à qui te hait,
et à qui t'aime :
l'avenir est à ce prix !

L'important, c'est d'être juste
pour qui a tort
et pour qui a raison,
pour qui savait
et pour qui ne savait pas :
la joie est à ce prix !

L’important, c'est d'être créatif
de neuf et d'espérance,
d'amour et de pardon :
la vie est à ce prix !

L'important, c'est d'être pur
devant soi et les autres,
devant les petits et les grands :
Dieu est à ce prix !

L'important, c'est de faire la paix
ici et là,
tout près et loin
si l'on veut être fils de Dieu.

L'important,
c'est d'être persécuté quand on est juste,
l'éternité coûte cher !

Oui, c'est important
quand on vous flétrit,
quand on vous persécute,
quand on raconte n'importe quoi sur votre compte.
Souriez : votre éternité grandit encore !
Tous les prophètes sont passés par là !


Quels sont donc les prophètes qui (en) sont passés et continuent d’(en) passer par là !

C’est le médecin des « Veines Ouvertes de l’Amérique Latine », Édouard Galeano, qui les identifient aujourd’hui : ceux qui il y a 2000 ans étaient déjà les fréquentations ordinaires d’un Jésus, digne quoique dépenaillé, que vous auriez interdit à votre fils de fréquenter...

Tous les diabolisés des sociétés qui, aujourd’hui, empêchent de « mondialiser et de globaliser » en rond, d’ « européaniser » en rond, de « catholiciser » en rond, de « monroéiser » en rond, de « fondamentaliser » en rond : de « penser » en rond.

Les « pauvres diables » d’aujourd’hui, le latino-américain nous les présente : ainsi, suivant le cas, l’opportunité et la conjoncture, le diable est musulman, juif, homosexuel, indien, noir, étranger, pauvre : femme, enfin, cet avenir de l’homme( !).

Et si tous ces diables portaient à notre insu la/les tuniques en question : ah, nous aur(i)ons l’air fin, en entendant « maintenant et à l’heure de notre mort » certaines paroles.
Maintenant :

"Malheureux que vous êtes, hypocrites ! Vous purifiez le dehors de la coupe et du plat, alors que le dedans est plein de rapine et de voracité ! Vous ressemblez à des tombes chaulées, impeccablement blanches, mais pleines de putréfaction et de pourriture : vous vous faites passer pour des gens irréprochables, alors que vous êtes l'hypocrisie même ! Tas de hors-la-loi !

"Malheureux que vous êtes, hypocrites ! Vous bâtissez des tombeaux aux prophètes, vous décorez les tombes des justes, en disant : Si nous avions vécu au temps de nos pères, nous n'aurions pas été leurs complices pour tuer les prophètes ! Et ainsi, vous témoignez contre vous-mêmes, fils d'assassins, et assassins vous-mêmes !

"Serpents ! Engeance de vipères ! Comment pourrez-vous échapper au jugement et au châtiment !

"Car moi aussi, je vais vous envoyer des prophètes, des sages et des scribes! Vous les mettrez en croix, vous les torturerez dans vos synagogues, vous les persécuterez de ville en ville. Ainsi le sang de tous les justes vous retombera dessus : depuis Abel, jusqu'à Zacharie, que vous avez massacré entre le Temple et l'autel !"


Et à l’heure de notre mort :

Quand le Fils de l'Homme viendra glorieusement escorté de tous ses messagers, il prendra place sur le trône qui lui revient. Tous les peuples de la terre se rassembleront à ses pieds. Il les triera, comme le berger trie ses bêtes. Alors le roi de gloire dira aux uns : « Venez, mon père vous a choisis pour hériter du royaume qu'il a préparé pour vous depuis la fondation du monde ! Car

j'avais faim et vous m'avez donné à manger,
j'avais soif, et vous m'avez donné à boire,
j'étais un immigré, et vous m'avez accueilli,
je n'avais rien à mettre, et vous m'avez vêtu,
j'étais à l'hôpital, et vous êtes venu me voir,
j'étais en prison, et vous m'avez fait une petite visite ! … «

Tous ces gens seront surpris et demanderont : « Seigneur, quand, oui, où t'avons-nous rencontré? » Le roi répondra : « Sachez que tout le bien que vous avez fait au plus obscur des hommes, mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! ... »

Il se retournera alors vers les autres : « Laissez-moi, maudits : que votre cœur se consume à l'infinie désespérance, préparée pour Satan et ceux qui lui ressemblent...Parce que j'ai eu faim et soif, et de vous je n'ai rien reçu ! J'étais un étranger, j'avais froid, j'étais malade, je me morfondais en prison : et de vous, aucun écho, aucun accueil, aucune visite!... » Eux aussi seront surpris : « Où, demanderont-ils, quand t'avons-nous rencontré, sans te venir en aide ? » Le roi répondra : « Sachez que tout le bien que vous n'avez pas fait au plus obscur de mes frères les hommes, c'est à moi que vous l'avez refusé ! ... » Ceux-là connaîtront ainsi une éternité d'abandon. Quant à la vie des élus, elle n'aura jamais de fin !

Par pensée, par parole, par action ... et par omission !

PS :
1 - les traductions des extraits de l’Évangile de Matthieu, viennent de « Relire le Testament », par Vincent-Paul Toccoli, Éditions Dô/Embrasure.
2 - suivent les articles de Dominique Dhombres et d’Edouardo Galeano.
3 – le découpage raisonné est de moi même


Cloner le Christ ?

Chronique par Dominique Dhombres
LE MONDE | 30.01.06 | 13h55 • Mis à jour le 30.01.06 | 13h55


Argenteuil est célèbre pour ses asperges, ses peintres et sa tunique. Pour parler comme un animateur de jeux télévisés, vous appréciez ou non ces délicates plantes potagères appartenant à la famille des liliacées, vous saviez ou vous ignoriez que Monet, Manet et Degas avaient séjourné dans ce chef-lieu d'arrondissement du Val-d'Oise, mais si vous avez regardé "Sept à huit", dimanche 29 janvier sur TF 1, vous ne pouvez plus ignorer que
la tunique revient en force.
C'était le reportage le plus insolite du week-end. Pas de quoi en faire une chronique ? Il y avait bien Monaco-Lyon annoncé sur Canal+, mais les intempéries en ont décidé autrement.
Faute de foot, il ne restait que la tunique.
Elle est censée avoir été portée par le Christ sur son chemin de croix, elle repose depuis la nuit des temps dans une chapelle latérale de la basilique d'Argenteuil. C'est la gloire d'Argenteuil, en quelque sorte, d'un niveau d'élévation mystique nettement supérieur aux asperges. Il y a bien aussi Héloïse, qui se réfugia à Argenteuil après qu'Abélard fut châtré et puis moine à cause d'elle, comme le chantent Villon et Brassens, mais c'est encore une autre histoire. On revient à la tunique ?
Elle dormait donc tranquille, comme Baptiste disons, dans sa châsse d'argent, quand des chercheurs assez branquignols, bien que fort sympathiques et savants, sont allés la déranger.
Ils sont deux : un grand maigre chauve et un petit gros à moustache. Le premier est un ingénieur retraité, le second un généticien.
Ils ont demandé et obtenu un fragment de la tunique, l'ont examiné dans leurs appareils à malices, ont trouvé une goutte de sang et sont parvenus à en déchiffrer le code génétique.

L'analyse indique que l'homme qui portait cette tunique
• était blanc de peau, brun et mesurait environ 1,80 mètre.
• Son sang appartient au groupe rare AB.
• Il venait de se raser, à moins qu'on (un soldat romain, par exemple) ne l'ait fait pour lui.
• D'après ses chromosomes, il avait un père et une mère appartenant à l'espèce humaine, comme tout le monde, en quelque sorte.

1. On comprend que le Vatican, dans sa sagesse, maintienne prudemment ses distances avec cette relique textile. Il y va de la divinité du Christ, non ?
2. Mais le plus étonnant est dû à l'écrivain Didier van Cauwelaert, qui s'est intéressé aux deux compères et à la tunique. Il a écrit un essai intitulé Cloner le Christ ?, publié au printemps dernier chez Albin Michel. Vous imaginez la scène.

Les diables du Diable
Eduardo Galeano


Ecrivain uruguayen. Auteur, entre autres, de Sens dessus dessous. L’école du monde à l’envers, Homnisphères, Paris, 2004. août 2005 Le Monde Diplomatique

Ceci est une modeste contribution à la guerre du Bien contre le Mal. L’auteur apporte quelques « identikits » qui nous aident à identifier les divers visages du Prince des ténèbres. Seuls figurent ici les démons de longue durée, actifs dans le monde depuis des siècles ou des millénaires.
Le Diable est musulman
Déjà Dante lui-même savait que Mahomet était un terroriste. Ne l’a-t-il pas placé dans les cercles de l’enfer, condamné pour l’éternité à être fendu de haut en bas ? « Je l’ai vu tranché en deux », a chanté le poète dans La Divine Comédie, « de la barbe jusqu’au bas du ventre... » Plus d’un pape s’était aperçu, au temps où les hordes musulmanes tourmentaient la chrétienté, qu’elles n’étaient pas composées d’êtres en chair et en os, mais de grandes armées de démons qui se multipliaient à mesure qu’ils recevaient des coups d’épée, de lance, ou des décharges d’arquebuse. A notre époque, les missiles fabriquent infiniment plus d’ennemis qu’ils n’en éventrent. Mais, au bout du compte, que deviendrait Dieu s’il n’y avait pas d’ennemis ? La peur commande, et les guerres se nourrissent de peur. L’expérience prouve que la menace de l’enfer est toujours plus efficace que les promesses du ciel. Bienvenus soient nos ennemis ! Au Moyen Age, chaque fois que le trône vacillait, à cause d’une banqueroute ou de la fureur populaire, les rois chrétiens dénonçaient le péril musulman, déclenchaient la panique, lançaient une nouvelle croisade, et l’affaire était dans le sac. Tout récemment encore, M. George W. Bush a été réélu président de la planète grâce à l’opportune apparition de M. Oussama Ben Laden, le grand croquemitaine du monde, qui, la veille des élections, annonça, à la télé, qu’il allait venir dévorer tout crus les petits enfants. En l’an 1564, le démonologue Johann Wier avait recensé les diables qui travaillaient sur terre, à temps complet, pour la perdition des âmes chrétiennes. Il en compta pas moins de sept millions quatre cent neuf mille cent vingt-sept, qui opéraient répartis en soixante-dix-neuf légions. Depuis ce recensement, il est passé beaucoup d’eau bouillante sous les ponts de l’enfer. A combien s’élève, aujourd’hui, le nombre d’envoyés du royaume des ténèbres ? L’art de la dissimulation rend le comptage ardu. Ces mystificateurs s’affublent de turbans pour occulter leurs cornes ; de larges tuniques cachent leurs queues de dragon, leurs ailes de chauve-souris et la bombe qu’ils portent sous le bras.

Le Diable est juif
Hitler n’a rien inventé. Cela fait maintenant deux mille ans que les juifs sont les assassins impardonnables de Jésus, et coupables de tous les maux. Comment ? Que dites-vous ? Que Jésus était juif ? Tout comme les douze apôtres et les quatre évangélistes ? Ce n’est pas possible. Les vérités révélées ne supportent point le doute et n’exigent pour preuve que leur existence même. Les choses sont comme on dit qu’elles sont, et on le dit parce qu’on le sait : dans les synagogues, le Diable officie, et les juifs, depuis toujours, n’ont d’autre occupation que de profaner les hosties et d’empoisonner les eaux bénites. Ils sont la cause des faillites économiques, des crises financières et des défaites militaires ; ce sont eux qui ont apporté la fièvre jaune, la peste noire et toutes les épidémies. L’Angleterre les expulsa, jusqu’au dernier, en l’an 1290. Mais cela n’empêcha pas Chaucer, Marlowe ni Shakespeare, auteurs qui n’avaient jamais vu un juif, de sacrifier à la caricature traditionnelle et de reproduire des personnages juifs selon le modèle satanissime du parasite suceur de sang et de l’usurier cupide. Accusés de servir le Malin, ces maudits ont traversé les siècles d’expulsions en expulsions et de tueries en exterminations. Suivant l’exemple de l’Angleterre, la France, l’Autriche, l’Espagne, le Portugal, ainsi que de nombreuses villes suisses, allemandes et italiennes, les expulsèrent. Les Rois Catholiques, Isabelle et Ferdinand, les jetèrent hors de l’Espagne sous prétexte qu’ils corrompaient le sang. Les juifs, qui vivaient dans ce pays depuis treize siècles, emportèrent les clefs de leurs maisons. Certains descendants les ont encore aujourd’hui. Jamais ils ne sont revenus. La boucherie colossale organisée par Hitler fut le point culminant d’une longue histoire de persécutions et d’humiliations. La chasse aux juifs a toujours été un sport européen. Maintenant, les Palestiniens, qui ne l’ont jamais pratiqué, paient l’addition.

Le Diable est femme
Le livre Malleus Maleficarum, également connu comme Le Marteau des sorcières, recommandait l’exorcisme le plus impitoyable envers tout démon pourvu de seins et de cheveux longs. Ses auteurs, deux inquisiteurs allemands, Heinrich Kramer et Jakob Sprenger, l’avaient rédigé à la demande du pape Innocent VIII, pour battre en brèche les conspirations démoniaques contre la chrétienté. Il fut publié pour la première fois en 1486, et servit, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, de fondement juridique et théologique aux tribunaux de l’Inquisition de divers pays. Les auteurs y affirmaient que les sorcières, harem de Satan, représentaient les femmes à l’état naturel : « Toute sorcellerie émane de la luxure charnelle, insatiable chez la femme. » Ils ajoutaient que « ces êtres à l’aspect attrayant, au contact fétide et dont la fréquentation se révèle destructrice » envoûtaient les hommes en les attirant, avec leurs sifflements de serpent et leur queue de scorpion, pour les anéantir. Ces deux auteurs mettaient en garde les imprudents : « La femme est plus amère que la mort. Tout en elle est un piège. Son cœur : un filet ; et ses bras : de véritables chaînes. » Ce traité de criminologie, qui envoya des milliers de femmes aux bûchers de l’Inquisition, conseillait de soumettre à la torture toutes les femmes soupçonnées de sorcellerie. Si elles avouaient, elles méritaient les flammes du bûcher. Si elles n’avouaient pas, elles les méritaient aussi, car seule une sorcière, encouragée par le Diable, son amant des sabbats, pouvait endurer semblable supplice sans que sa langue la trahisse. Le pape Honorius III avait décrété que le sacerdoce était une affaire d’hommes : « Les femmes ne doivent pas s’exprimer. Leurs lèvres portent le stigmate d’Eve, qui mena les hommes à leur perte. »
Huit siècles plus tard,
• l’Eglise catholique persiste à refuser aux filles d’Eve l’accès à la chaire.
• Les musulmans fondamentalistes, saisis de la même panique, mutilent le sexe des femmes et leur cachent le visage.
• Quant aux juifs orthodoxes, soulagés d’avoir conjuré le mauvais sort, ils commencent leur journée en susurrant : « Merci, mon Dieu, de ne pas m’avoir fait femme. »

Le Diable est homosexuel
Dès 1446, au Portugal, les homosexuels allaient droit au bûcher. Dès 1497, ils étaient brûlés vifs en Espagne. Le feu était le sort destiné à cette engeance démoniaque, née dans les flammes de l’enfer. En Amérique, en revanche, les conquistadors préféraient les jeter aux chiens. Vasco Núnez de Balboa, qui avait condamné nombre d’entre eux à un si cruel châtiment, pensait que l’homosexualité était contagieuse. Cinq siècles plus tard, j’ai entendu dire la même chose par l’archevêque de Montevideo. Lorsqu’apparurent à l’horizon les premiers conquistadors, seuls les Aztèques et les Incas, au sein de leurs empires théocratiques, punissaient l’homosexualité – de peine de mort. Le reste des habitants de l’Amérique la toléraient, voire, dans certains endroits, la fêtaient, sans jamais l’interdire ni la réprimer. Cette insupportable provocation devait déclencher la colère divine. Selon les envahisseurs, la variole, la rougeole et la grippe, fléaux inconnus qui décimaient les Indiens comme des mouches, ne venaient pas d’Europe mais du ciel. Dieu punissait ainsi le libertinage des Indiens, qui se livraient avec naturel à leurs mœurs contre-nature. Ni en Europe ni en Amérique, pas plus qu’ailleurs, on n’a compté le nombre d’homosexuels condamnés au supplice ou à la mort. Nous ne savons rien des temps lointains, et très peu ou pour ainsi dire rien des temps actuels. Dans l’Allemagne nazie, ces « dégénérés coupables d’aberrants outrages à la nature » étaient obligés d’arborer un triangle rose. Combien furent envoyés en camp de concentration ? Combien moururent là-bas ? Dix mille, cinquante mille ? On ne l’a jamais su. Nul ne les a comptés ; c’est à peine si on les a mentionnés. On n’en sait pas beaucoup plus sur le nombre de Gitans exterminés. Le 18 septembre 2001, le gouvernement allemand et les banques suisses décidèrent de « rectifier l’exclusion dont faisaient l’objet les homosexuels parmi les victimes de l’Holocauste ». Corriger cette omission avait pris plus d’un demi-siècle. A partir de cette date, les homosexuels ayant survécu à Auschwitz ou aux autres camps – si tant est qu’il y en eut – eurent le droit de réclamer une indemnisation.

Le Diable est indien
Les conquistadors découvrirent que Satan, expulsé d’Europe, avait trouvé refuge en Amérique. Dans ces îles et ces rives de la mer des Caraïbes, baisées jour et nuit par sa bouche ardente, des êtres sauvages vivaient dans le plus simple appareil, tels que le Diable les avait mis au monde. Ils vouaient un culte au soleil, à la terre, aux montagnes, aux rivières et à d’autres démons travestis en dieux ; et appelaient jeu le péché de chair qu’ils pratiquaient à toute heure et sans contrainte. Ils ignoraient les dix commandements, les sept sacrements et les sept péchés capitaux. Ils ne connaissaient pas le sens du mot péché ni ne craignaient l’enfer ; ils ne savaient pas lire et n’avaient jamais entendu parler du droit de propriété ni d’aucun autre ; et comme si cela n’eût pas suffi, ils avaient coutume de se manger entre eux. Et tout crus. La conquête de l’Amérique fut un long et dur travail d’exorcisme. Le démon était ancré si profondément en ces terres que, lorsque les Indiens faisaient mine de s’agenouiller dévotement devant la Vierge, ils adoraient en réalité le serpent qu’elle écrasait sous son pied ; et lorsqu’ils embrassaient la croix, ils n’y voyaient guère le fils de Dieu, mais célébraient la rencontre de la pluie et de la terre. Les conquistadors avaient accompli leur mission de rendre à Dieu l’or, l’argent et les nombreuses richesses que le Diable lui avait usurpés. Récupérer le butin ne fut pas chose aisée. Heureusement que, de temps en temps, ils recevaient un petit coup de main de là-haut. Quand le maître de l’enfer prépara une embuscade dans un canyon, pour barrer le passage aux Espagnols vers les mines d’argent du Cerro Rico de Potosí, un archange descendit des cieux et lui administra une raclée mémorable.

Le Diable est noir
Tel le péché, telles les ténèbres, le noir est l’ennemi de la lumière et de l’innocence. Dans son célèbre récit de voyages, Marco Polo évoquait les habitants de Zanzibar : « Ils avaient une très grande bouche, des lèvres épaisses et un nez de singe. Ils se promenaient nus et étaient totalement noirs, de sorte que s’ils étaient apparus dans une autre région du monde, on les aurait pris pour des diables. » Trois siècles plus tard, en Espagne, Lucifer, le corps peint en noir, entrait en scène, lors de comédies ou de fêtes, monté sur un chariot de feu. Sainte Thérèse de Jésus, qui l’avait toujours combattu, n’avait jamais pu s’en débarrasser. Il s’arrêta un jour à son côté, et c’était un « abominable négrillon ». Une autre fois, elle vit une gigantesque flamme rouge sortir de son corps noir, tandis qu’il s’asseyait sur son missel ; et il lui brûla les prières... Bref rappel des échanges entre l’Afrique et l’Europe : durant les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, l’Afrique vendait des esclaves et achetait des fusils. Du travail en échange de la violence. Les fusils mettaient de l’ordre dans le chaos infernal, et l’esclavage était un premier pas vers la rédemption. Avant d’être marqués au fer rouge, sur le visage ou sur la poitrine, les Noirs recevaient une bonne giclée d’eau bénite. Le baptême faisait fuir le démon et insufflait une âme dans ces corps vides. Puis, au cours des XIXe et XXe siècles, l’Afrique offrit de l’or, des diamants, du cuivre, du marbre, du caoutchouc et du café, en échange de bibles. Des produits contre des paroles. On supposait que la lecture de la Bible pouvait faciliter le voyage des Africains de l’enfer vers le paradis. Mais l’Europe avait oublié de leur apprendre à lire.

Le Diable est étranger
Le culpomètre indique que l’immigré vient nous voler nos emplois, et le dangeromètre tire la sonnette d’alarme. S’il est pauvre, jeune et non-Blanc, l’intrus, celui qui vient de loin, est condamné d’emblée pour indigence, inclination au chaos et couleur de peau. Dans tous les cas, s’il n’est ni pauvre, ni jeune, ni basané, il n’est pas le bienvenu, parce qu’il est prêt à travailler le double pour recevoir la moitié. Alors que gouvernent les peurs, la crainte de la perte de l’emploi est une des plus redoutées ; et l’immigré sert d’épouvantail au moment d’accuser les responsables du chômage, des baisses de salaire, de l’insécurité ou d’autres fléaux. Autrefois, l’Europe répandait sur le monde son lot de soldats, de prisonniers, et de paysans morts de faim. Ces protagonistes des aventures coloniales sont restés dans l’histoire comme les voyageurs de commerce de Dieu. Ils incarnaient la civilisation au secours de la barbarie. Actuellement, le voyage se fait en sens inverse. Ceux qui arrivent, ou qui tentent d’arriver, du sud vers le nord, ne portent ni couteau entre les dents ni fusil à l’épaule. Ils viennent de pays pressés comme des citrons et n’ont d’autre intention que de conquérir un emploi ou un petit boulot. Ces protagonistes des mésaventures coloniales sont considérés comme des messagers du Diable. La barbarie à l’assaut de la civilisation.

Le Diable est pauvre
Ils se pourlèchent quand vous mangez, ils vous espionnent quand vous dormez : les pauvres vous guettent. En chacun d’eux se cache un délinquant, voire un terroriste. Les biens de quelques-uns sont menacés par la malfaisance des plus nombreux. C’est connu : le monde est divisé entre ceux qui ne peuvent pas manger et ceux qui ne peuvent pas dormir. Sujettes au harcèlement depuis des milliers d’années, les îles de la décence sont acculées par les mers déferlantes de la misère. La houle gronde et oblige à vivre en alerte permanente. Dans nos villes actuelles, immenses prisons où se barricadent les prisonniers de la peur, les forteresses ont pour nom maisons, et les armures, costumes. Etat de siège. Ne pas se distraire, ne pas baisser la garde, ne pas se confier : statistiquement, vous ne pouvez y échapper ; tôt ou tard, vous devrez subir une agression, un enlèvement, un viol ou un crime. Dans les quartiers malfamés, tapis dans l’ombre, crevant d’envie, avalant leurs rancœurs : les auteurs de votre prochain malheur. Ce ne sont que des vagabonds, des va-nu-pieds, des ivrognes, des drogués, de la graine de délinquants ou des vauriens, de pauvres hères, sans dents, ni projets, ni lendemain. Nul ne les admire, mais ces voleurs de poules font ce qu’ils peuvent, en imitant, modestement, les maîtres qui enseignent au monde les recettes de leur succès. Nul ne les comprend, mais ils aspirent à devenir des citoyens exemplaires, à l’image de ces héros des temps modernes qui violent la terre, empoisonnent l’air et l’eau, étranglent les salaires, assassinent les emplois et séquestrent des pays.


Quoi? Où? Quand? Qui? Programme du 3 février au 1er mars 2006

Ve 3 févr 12h15
Cercle Philosophia, Fondation Sophia Antipolis, Sophia
Vincent-Paul TOCCOLI : "La tentation idéologique : Vision de l’homme, vision du monde, vision de Dieu"

Me 8 févr Vers 19h30
Cin&Sens, Nice, Rialto
"La Trahison", de Philippe Faucon, avec Vincent Martinez, Ahmed Berrhama, Cyril Troley

Ve 10 févr 12h15
Cercle Philosophia, Fondation Sophia Antipolis, Sophia.
Roland POUPIN (V-P.Toccoli présent): "Les déplacements de la nostalgie : Notre passé historique et le sein maternel"

11-26 févr
Voyages d’Etudes au Mexique
Mexico et les 9 sites reconnus par l’UNESCO comme « Patrimoine Mondial de l’Humanité »

Ma 28 fév 19h30
Grasse, Pythagore (c/o particulier : 0493 369 982) Thème différent chaque soir

Me 1er mars 19h20
Cin&Sens, Nice, Rialto
"Mémoires d’une geisha", de Bob Marshall, avec Ken Watanabe et Gong Li


Salut à la Ligue Jeunes Niçois

Bravo! Excellente façon de devenir et d'être un citoyen actif et responsable!

Une suggestion pour votre développement: renvoyer aux sites et blogs internet locaux traitant des sujets touchant la formation de l'esprit et du coeur, au-delà des loisirs de consommation, quelque légitimes qu'ils soient.

Notre belle ville est un véritable laboratoire de vie en commun entre cultures, civilisations et spiritualités: elle a vocation d'en devenir l'une des capitales méditerranéennes pour en proposer des synthèses. Sophia Antipolis en est un exemple parmi d'autres.

Nous manquerions à notre responsabilité historique que de nous en désintéresser : ce serait même un péché par omission et une faute contre l'esprit!
Les proches compagnons d'Alexandre le Grand avaient tout juste vingt ans, votre âge : cela ne les a pas empêchés de contribuer aux rencontres de l'ouest et de l'est , de la Grèce à l'Indus!
Nice fut fondée par les colons grecs du 5ème siècle, il y a donc 2500 ans : Nikaïa.
Les soldats romains ont developpé Cemenelum, Cimiez.
Hier encore, Bonaparte rassemblait ses forces à la Turbie et Garibaldi naissait chez nous!


Vous voulez, vous aussi, devenir les acteurs de votre destin : en avant!

Les profondeurs...


Achab, Jonas, Thomas et Ernest... même combat ?

Elle est morte, elle est morte ! Qui ? La petite baleine de la Tamise ! Les hommes se sont portés à son secours : il fallait les voir dans l’eau noire, agitant les bras comme des épouvantails articulés, pour la faire s’en retourner vers la mer, vers la Manche, vers l’océan ! Vers « chez elle » !

Ô mânes d’Achab et d’Ismaël ! Ô mânes d’Herman Melville ! Ô mânes de Moby Dick ! Le poisson voulait rejoindre la compagnie des hommes, dans cette « ville de la Bible », telle que l’appelait le couple (non encore PACsé) Verlaine/Rimbaud !

Ou bien est-ce la baleine de Jonas, dépêchée par Dieu pour ramener le récalcitrant (petit) prophète sur la route de Ninive, son chemin, sa mission : convertir les habitants de la plus grande ville du monde en son temps.

Londres, Ninive toutes deux, centres d’un monde en dérive ! Achab, Jonas : deux prophètes de l’impossible.
- Le premier emporté inexorablement par l’objet de son désir : superbe séquence de Grégory Peck, emporté dans les abîmes par le cétacé primitif, auquel l’enlacent indissolublement les multiples filins des harpons impuissants !
- Le second emporté tout aussi inexorablement par le vide de son désir : improbable scène d’un prêcheur paranoïaque qui promet la sanction quand Dieu accorde le pardon !

Achab meurt de son désir prisonnier, ou bien prisonnier de son désir !
Jonas est re-suscité par un Dieu miséricordieux qui lui explique (avec peine !) que l’homme est appelé non seulement à trouver le chemin qui est le sien, mais à accomplir la tâche qui lui revient !

Achab est « avalé » par sa folie ! Exit !
Jonas est bénéficiaire d’un sursis :
- si la baleine l’avale, c’est pour le recracher à la case départ ;
- s’il désobéit à Dieu, en « prophétisant » une catastrophe qui ne se produira pas (« Encore 40 jours, et Ninive sera détruite... »), il provoque malgré lui la prise de conscience des Ninivites qui changent de vie ;
- s’il aspire à la mort et s’emmure dans un mutisme boudeur, c’est qu’il lui faut encore mûrir pour affronter la vie réelle, gâté qu’il est par sa vie rêvée !

D’autres « habitants de nos eaux profondes » peuvent encore venir visiter le territoire des hommes, comme jadis :
- le Léviathan de Thomas Hobbes of Malmesbury (1651), un monstre censé installer une « république ecclésiastique et civile », dont le « visionnaire » voyait la championne « isolée » dans la grande île britannique (la petite baleine rejoignait-elle donc un lointain ancêtre ?) ;
- le grand poisson du Vieil Homme et la Mer, double d’Ernest Hemingway, qui mettra fin à ses jours devant l’extinction de sa « prise », dévorée par les requins sur son chemin du retour : ne restait plus qu’une grande arête, témoin qu’il n’a pas rêvé, mais d’un rêve englouti dans d’autres ventres que le sien ... (Quel Léviathan l’aura avalé ?)

« Le ventre est encore gros qui porta la bête immonde ! » L’ascension saisonnière des Arturo UI est toujours résistible, déclarait Bertold Brecht : hier à Berlin, aujourd’hui partout ! Sinon, il se peut qu’il n’y ait plus de demain !

Note : IL FAUT (re)LIRE BERTOLD BRECHT ! AU TRAVAIL !

Bertolt Brecht 1898 - 1956
Bertolt Brecht est né en 1898 à Augsbourg, petite ville de Bavière. Après une éducation classique, il commence à écrire très tôt et publie son premier texte en 1914 dans un quotidien. Il entame des études de philosophie à Munich et écrit en 1918 sa première pièce, Baal, suivie en 1919 de Tambours dans la nuit et en 1921 de Dans la jungle des villes, trois pièces inspirées du mouvement expressionniste. Il se marie en 1923 avec Marianne Zoff – il aura tout au long de sa vie de nombreuses liaisons amoureuses et plusieurs enfants – et reçoit le prix Kleist pour ses premières pièces, toutes créées sur scène en 1922-23. Brecht rencontre l'actrice viennoise Helen Weigel et s'installe avec elle à Berlin. Il fait la connaissance de Kurt Weill en 1927 et crée avec lui L'Opéra de quat'sous, qui fut immédiatement un grand succès : le Theater am Schiffsbauerdamm est désormais à sa disposition. Marié avec Helene Weigel, il écrit et met en scène une ou deux pièces par an, dont La Mère, Homme pour homme, Mahagonny, Happy End, Sainte Jeanne des abattoirs, Têtes rondes et têtes pointues. Parallèlement à son adhésion au marxisme, il met au point sa théorie du théâtre épique qu'il exposera dans son Petit Organon pour le théâtre publié en 1948.

En février 1933, Brecht et Weigel s'enfuient en Suisse, puis à Paris, avant de s'installer à Svendborg au Danemark. En 1935, ils se rendent à Moscou et ensuite à New York pour la première américaine de La Mère. Brecht écrit coup sur coup Grand peur et misère du troisième Reich, La Vie de Galilée et Mère Courage et ses enfants. Au moment de l'invasion du Danemark, le couple reprend son errance et se réfugie en Suède, puis en Finlande, et part finalement pour New York en 1941. La même année, la création mondiale de Mère Courage et ses enfants (encore sans les chansons) a lieu à Zurich, où La Bonne Âme de Se-Tchouan et La Vie de Galilée seront également créés. Comme de nombreux écrivains en exil, Brecht s'installe à Hollywood en 1942 et travaille pour le cinéma (adaptation cinématographique de Galilée avec Charles Laughton).

Il retourne en Europe en 1947, d'abord à Zurich, puis s'installe définitivement à Berlin-Est à partir de 1948. En 1949, Brecht et Weigel obtiennent la nationalité autrichienne. Le couple fonde le Berliner Ensemble, leur " troupe officielle ", installée au Deutsches Theater. Désormais autant auteur que metteur en scène de pièces du répertoire classique, Brecht entreprend la publication de ses œuvres complètes à partir de 1954, année où il reçoit le prix Staline. Des tournées internationales se succèdent, dont celle en France en 1954, événement décisif pour l'histoire du théâtre français. Après un voyage à Milan pour assister à L'Opéra de quat'sous mis en scène par Giorgio Strehler, Brecht, très malade, meurt le 14 août 1956. Sa femme continuera de diriger le Berliner Ensemble, fidèle héritière de son œuvre qui, outre les pièces de théâtre, comprend également des recueils de poèmes, des contes, des écrits théoriques sur le théâtre et des essais.



Les yeux d'Oedipe...

" Aux lenteurs de la justice, à ses erreurs et horreurs, répond la fulgurance du direct. Les acquittés d'Outreau ont dit leurs blessures. Ils ont décrit la garde à vue, la prison, les confrontations traumatisantes dans le bureau du juge Burgaud. Lui ne présentera pas d'excuses. Il prétend que ce serait une solution de facilité, de s'excuser. En conscience, il ne demande pas pardon. "J'ai le sentiment d'une profonde injustice", confie-t-il à L'Express. Terrible inversion des rôles. Combien existe-t-il de juges Burgaud, dans notre système ? "
ÉRIC FOTTORINO, Le Monde, ces jours...

Je viens de lire ce mot !
J'ai regardé ces derniers jours le lamentable et douloureux spectacle! J'ai compris que tout le monde souffre : le jugés et le juge!
Je constate qu'il n'y a rien de plus injuste que la justice quand elle veut l'être aveuglément!

C'est donc vrai que l'homme est un loup pour l'homme?
C'est donc vrai qu'il faut toujours prouver qu'on "n'a rien fait", quand on "n'a rien fait"; et quand on "a fait", il faut donc prouver qu'on "a fait" sans vouloir le faire ou qu'on "a fait" ... son devoir!

Il n'y a rien d'étonnant que sur la route de Jérusalem à Jéricho, le prêtre, puis le lévite soient passés à côté de l'homme à moitié mort (ou à moitié vivant), gisant sur la route, en l'évitant (!) pour ne pas se souiller selon le rite, quitte à se souiller selon la solidarité d'assistance à personne en danger!

Quel samaritain va faire comprendre au prêtre et au juge qu'au-dessus de la loi et du rite, il y a l'intelligence du coeur, la compréhension, la prudence, la bonté, la miséricorde, le coeur : il y a la charité?

Qui va nous persuader, - vous qui me lisez, moi qui vous écris -, que le pardon est plus grand que le verdict, et que, s'il faut à tout prix payer, il doit y avoir un prix juste!

Juge et Jugés sont bien malheureux! Il paraît que la justice est aveugle : Oedipe s'est crevé les yeux pour avoir, sans l'avoir su, tué son père et couché avec sa mère.

On dit qu'un regard peut tuer : c'est celui qu'aura porté sur "les gens d'Outreau" un juge... aveugle!

(aucun titre)

À mâcher et à remâcher ces quelques grains d’ellébore (1) ...
cueillis de ci de là...


(1) herbe dont la racine a des vertus purgatives et vermifuges

La crise
- Avec les mesures (non) prises par les autorités ecclésiastiques, « nous sommes dans une gestion coloniale de la crise, et on va tout droit au casse-pipe ».
- Les Chrétiens romains aimeraient bien être des catholiques à part entière, et pas des catholiques entièrement à part.
- L’heure est aux grands changements : l’Europe a basculé des Temps Modernes à la Post- modernité. Les avions et les e-mails parcourent incessamment tous les fuseaux horaires des nord, sud, est et ouest. Et avec Einstein, Reeves, Girard, Kissinger, Moore, Morin et Küng ( Copernic, Érasme, Machiavel, Michel-Ange, Thomas More, Luther), l’homme commence à porter un regard neuf sur l’homme, sur son rapport à Dieu….
- Rome n’est plus (depuis longtemps ?) le centre intellectuel vivant de la chrétienté, tiraillée par des tensions géopolitiques contradictoires, mais Rome demeure le lieu paradoxal des savoirs absolus et de la confrontation canonique et doctrinale entre ceux qui veulent réformer l’Église par un retour au texte et à la foi des Pères de l’Église, et ceux qui restent enfermés dans des querelles scolastiques qui tournent en rond.

Art et Schizophrénie
- Les artistes et les schizophrènes ont plus tendance que la moyenne à être dans un état intermédiaire entre rêve et réalité ("unusual cognition");
- Mais les schizophrènes se retirent du monde et nient leurs émotions, alors que, comme les artistes, ils devraient être plus actifs, créatifs et impliqués que de la moyenne dans ce domaine ("introvertive anhedonia");
- Les artistes ont en moyenne deux fois plus de relations amoureuses que la moyenne de la population, et ce nombre est en rapport direct avec le sérieux avec lequel ils se consacrent à leur art ("mating success").

La "mondialisation"
- La "mondialisation", c'est-à-dire le changement imposé dans tous les domaines par la révolution des technologies de l'information.
- Il ne s’agit pas de (se) « protéger contre l'avenir. »(Salazar), mais de s’y préparer. Or, pour préparer l'avenir, il n'est d'autre attitude que de s'adapter aux nouvelles réalités planétaires ; et, pour réussir, on doit chasser la peur, cette grande ennemie de l'action.
- Plus on attend, plus il est dur de s'adapter. Il est urgent de considérer enfin la mondialisation comme une occasion à saisir, autant que comme un risque.
- Pour surmonter la peur et bien formuler les problèmes à résoudre, nous devons faire preuve de pragmatisme et d'esprit d'entreprise, sans nous laisser écraser par les vieilles idéologies des débats catho-catholiques.
- La valeur, c’est parfois moins ce que l’on transmet que la façon de transmettre. Être ennuyeux, je le redis, n’est pas une valeur. Être dans la dénonciation de l’époque n’est pas forcément un comportement valeureux. Pas plus qu’être prosterné devant son époque. Visons la liberté, critique et joyeuse, comme méthode. Et l’espérance comme principe.


Transmission : pouvoir/autorité ; intelligibilité ; le goût de vivre ; transmettre l’instransmissible
1. La philosophe Myriam Revault d’Allonnes : distinguer « le pouvoir qui requiert la puissance » de « l’autorité qui appelle la reconnaissance », cette «réciprocité dissymétrique» (mais une « dissymétrie non hiérarchique ») qui seule permet la transmission.
2. Le philosophe et sociologue Edgar Morin : la crise de la transmission est une «crise de l’intelligibilité » : devenir « capable de transmettre la complexité du monde ».
3. Le Prêtre, écrivain, philosophe et psychanalyste, Maurice Bellet : la transmission du « goût primordial de vivre » : non pas « le sens de la vie que peuvent s’offrir ceux qui vivent déjà, mais la vie elle-même », cette « parole aimante qu’il ne faut pas rappeler mais habiter ».
4. Le théologien jésuite Christoph Theobald : comment transmettre « l’intransmissible » foi ? Considérer
- « l’extraordinaire savoir-faire », « le doigté », « la délicatesse » du Christ, le « passeur » de Galilée,
- qui touche « le point essentiel de ceux qu’il rencontre »,
- et suscite « le désir d’acquérir un même doigté, une même délicatesse dans l’approche des situations humaines ».

Nouvelle forme de sacrifice
- « Les banlieues ont inventé une nouvelle forme de sacrifice : la destruction de l'objet symbolique fondamental de la société de consommation qu'est l'automobile ». (René Girard) - "Les sociétés humaines sont terriblement menacées par la violence et elles inventent des processus de bouc émissaire. Ce qu'il y a de surprenant, dans le christianisme c'est qu'il retourne complètement la donne. Il nous montre une victime qui dit : ce sont les hommes qui sont coupables du phénomène de bouc émissaire ».

Programme du 16 au 29 janvier 2006

QUOI? OU? QUAND?

- Ve 20 jan 12h15
Cercle Philosophia, Fondation Sophia Antipolis, Sophia.
Elie Leo GUEZ : Sagesse spirituelle en psychothérapie et en coaching :
Le coaching trans personnel ; Les limites du coaching personnel pour une ouverture vers un coaching qui donne sens à sa mission.


- Ma 24 jan 19h30
Grasse, Pythagore (c/o particulier : 0493 369 982)
Thème différent chaque soir: ce soir "Animus & Anima c/o Jésus de Nazareth"

- Me 25 jan 19h30
Cin&Sens, Nice, Rialto
"THE KING"
Réalisé par James Marsh
Avec Gael Garcia Bernal, William Hurt, Pell James
Durée : 1h 45min.
Interdit aux moins de 12 ans
Synopsis : Elvis Sandow, un jeune marin de 21 ans qui vient de quitter la Navy, est à la recherche de son père qu'il n'a jamais connu. Il découvre que celui-ci est en fait le pasteur d'une église baptiste en plein essor du Texas.
Marié à une femme ravissante, Twyla, et père de deux enfants magnifiques, Malerie et Paul, le pasteur ne veut rien avoir à faire avec Elvis qui lui rappelle un passé à la marge. Petit à petit, Elvis commence à infiltrer la famille et tout est prêt pour un déchaînement de violence dans des proportions

- Ve 27 jan 12h15
Cercle Philosophia, Fondation Sophia Antipolis, Sophia.
Roland POUPIN : "Le terreau du lendemain : L'espoir de nouveaux jours et la poursuite d'un mieux"

Où allons-nous...


Humeur... Mood d’hiver...


Ce lundi 16 janvier 2006, quasiment au saut du lit, - en fait au saut de ma méditation matinale : il est 6h30 ,- je me trouve devant mon marché internet d’informations quotidiennes. Ce matin donc, c’est Eric Le Boucher du Monde qui ouvre son étal :

Pékin maître de l'économie-monde
LE MONDE | 14.01.06 | 13h50 • Mis à jour le 14.01.06 | 13h50
• Qui va déterminer le niveau du dollar cette année ? Alan Greenspan, le patron de la Federal Reserve ? Son successeur, Ben Bernanke ? Non. Pékin.
• Qui va décider de l'avenir de la mondialisation ? Les 148 pays membres de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) qui doivent enfin conclure, cette année, le cycle de Doha ? Non. Pékin.

Le ton est donné ! Et ces quelques chiffres me donnent d’un coup le tournis !

Et puis, variant les étals, je me rends plus loin dans Le Monde, pour me remettre en somme. Me voici avec Philippe Dagen en pleine « Mélancolie » !


L'inattendu succès de "Mélancolie" LE MONDE | 14.01.06 | 13h52 • Mis à jour le 14.01.06 | 13h52

• "Mélancolie, folie et génie en Occident" : entre Noël et le 1er janvier, plus de 6 000 visiteurs par jour. Au total, plus de 300 000 personnes : une moyenne quotidienne de 3 800. Catalogue en rupture de stock...
• "Mélancolie" : l'histoire de l'humeur noire de l'Antiquité aux dépressions du XXe siècle.
• Ce théâtre de la science a fasciné par ses côtés bizarres et funèbres.
Pendant une semaine, nous fûmes donc autant qu’une grande ville moyenne (plus de 300 000 personnes, un peu moins que la ville de Nice, où je réside...) à aller consciencieusement nous repaître d’humeur noire, de folie et de génie à l’occidentale, dans ce théâtre de nos bizarreries et de nos morbidités !

L’agence ZENIT et La Croix m’achevèrent avec leurs news « religieuses » ! ZENIT ce matin se surpasse : « plus conquérant, tu meurs ! »

En avant,....arche ! D’abord les Légionnaires du Christ ! Cette dénomination ne s’invente pas ! « Tout le monde » au Vatican est piégé, et convoqué à la rescousse !
ZENIT ROME, Dimanche 15 janvier 2006 (ZENIT.org) ZF06011504

Card. Ruini : La « vocation internationale » est inhérente au catholicisme, lors de 'inauguration de la première Année académique de l’Université européenne de Rome.

Le catholicisme a une « vocation internationale » qui le rend valable pour tous les peuples.)

• La foi chrétienne est « en mesure de s’incarner dans les cultures les plus diverses, pour leur transmettre sa sève de vérité et valoriser ce qu’elle contient de vrai, de bon et de beau » ; « la vocation internationale est naturelle pour le catholicisme ».

• « Ce dont nous avons surtout besoin en ce moment de l’histoire, ce sont des hommes qui, à travers une foi éclairée et vécue, rendent Dieu crédible en ce monde, affirmait le futur pape Benoît XVI. (…) C’est seulement à travers des hommes touchés par Dieu, que Dieu peut revenir auprès des hommes ».

• « Mon vœu le plus fervent est que cette nouvelle Université contribue à former un tel type d’hommes », a affirmé le cardinal Ruini

1. L’Université européenne de Rome est née de l’engagement de la Congrégation des Légionnaires du Christ, fondée en 1941 au Mexique par le père Marcial Maciel et qui compte actuellement 23 universités et près de 300 centres de formation.
2. Le recteur, le père Paolo Scarafoni, L.C., a souligné qu’« il s’agit d’un laboratoire qui prépare à la vie concrète ». Le sous-secrétaire à la présidence du Conseil italien, Gianni Letta: « laboratoire », c’est-à-dire « petit cénacle et non pas grande usine »


Nous voici informés de la mise en place d’un laboratoire pour fabriquer et formater le Catho Frankenstein-isé du 21ème siècle, imaginé au Mexique fasciste de la 2ème Guerre Mondiale et réactivant une reconquista à l’envers...

Mais nous n’avons pas besoin d’aller dans le « nouveau monde »( !). Nous avons aussi notre « bon sens près de chez nous » : « Dieu-au-milieu-de-nous », entendez l’ « Emmanuel »

ROME, Dimanche 15 janvier 2006 (ZENIT.org) –

« Si Dieu donne son salut à tout homme, pourquoi évangéliser ? » : Colloque à Rome, du 5 au 8 février 2006. Organisé par la Communauté de l’Emmanuel

Le programme de ce Colloque inclura une réflexion sur le concept de post-modernité, sur sa pertinence et ses limites, afin d’aider les participants à une prise de conscience des nouvelles exigences que cela peut impliquer en matière d’évangélisation. Il inclura aussi des exposés sur des initiatives évangélisatrices récentes particulièrement significatives.

Et on y rencontrera, par leurs « porte-parole »s, tout ce que la restauration comporte de cellules actives : j’ai relevé :
1. Institut Pontifical Redemptor Hominis
2. Observatoire Finetica
3. Alpha International
4. Communauté de l’Emmanuel
5. Communauté Shalom du Lac de Garde
6. Mgr Dominique Rey (évêque de Fréjus-Toulon)
7. Renouveau Charismatique Catholique


La sortie du film tourné au Louvre, avec forces pub, du best seller de Dan Brown, permet à ZENIT d’évoquer dans un long interview, la réaction toute irénique de l’ « œuvre de Dieu » dont la naissance, l’action et les prétentions semblent ne proposer de paix que l’ « opusdeïenne » !

ROME, Dimanche 15 janvier 2006 (ZENIT.org)
L’Opus Dei réagit à la sortie du film inspiré du livre « Da Vinci Code » ZF06011506
M. Carrogio : « La seule réponse qui viendra de l’Opus Dei sera une déclaration de paix »

Et comme il y a toujours un coup de « grâce », il me fut donné par La Croix (!) dont je me demande quelle cible vise le titre, sous la pume de Nicolas SENEZE

Le dialogue avec Rome ravit Mgr Fellay, lefebvriste
«Rome veut aller vite, mais nous ne sommes pas aussi sûrs de vouloir aller aussi vite !», tempère toutefois Mgr Fellay,
« Il est important, pour nous, de résoudre les problèmes avant plutôt qu’après », explique Mgr Fellay.
Premier d’entre eux :
• la réforme liturgique. Les intégristes refusent toujours la messe dite « de Paul VI », dont ils rejettent « le caractère œcuménique ». « On y a enlevé tout ce qui était spécifiquement catholique, juge Mgr Fellay.
• Mais, plus profondément, il y a la foi. La liturgie est l’expression d’une vision de la vie catholique : c’est cette vision qui est la question de fond. »

D’où la contestation, plus profondément, d’un certain nombre de points du concile Vatican II :
- liberté religieuse
- et acceptation de la laïcité de l’État,
- œcuménisme
- et possibilité pour les chrétiens d’exprimer avec des mots différents les mêmes vérités de foi,
- dialogue interreligieux
- et « esprit d’Assise »…

• C’est donc avec beaucoup d’intérêt que Mgr Fellay a accueilli le discours de Benoît XVI à la curie, le 22 décembre, dans lequel le pape opposait deux herméneutiques (interprétations) du Concile :
- d’une part « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture »,
- d’autre part « l’herméneutique de la réforme, du renouvellement dans la continuité », qui a sa préférence (lire sur la-croix.com "Benoît XVI discute l'interprétation de Vatican II").

• «On se dirige vers une “régularisation“ de la Fraternité»
Quelle forme aurait cette régularisation ? Ce pourrait être un statut d’autonomie, par exemple une administration apostolique personnelle comme celle créée en 2001 à Campos (Brésil) pour les fidèles de Mgr Antonio de Castro Mayer, autre évêque intégriste, co-consécrateur lors des ordinations illicites de 1988. « Je suis presque sûr qu’on nous l’accordera, confie Mgr Fellay. Même si nous ne voulons pas être des catholiques à part : l’ancienne messe, nous ne la demandons pas pour nous, mais pour tous. Mais peut-être faudra-t-il passer par cette étape transitoire. »

NB : Mgr Marcel Lefebvre avait procédé, sans l’autorisation de Rome, à l’ordination de quatre évêques (dont Mgr Fellay), provoquant leur commune excommunication par ce fait même.

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Je suis alors entré à nouveau dans ma méditation et je me suis mis à songer....
Ce sont des marées d’images qui me sont revenues au bord du cœur et de l’âme, des images dont la portée me fait considérer qu’il est peut-être venu le temps d’une nouvelle race de prophètes, que ce soit dans le commerce, la politique, la culture et la religion :
* cette Chine dont l’accélération est désormais exponentille,
* cette gouvernance du monde dont l ‘éthique est le pouvoir à tout prix,
* ce culte de l’ésotérisme qui comble vainement la soif d’absolu,
* cette course idolatrique qui confond la foi et la manipulation de Dieu... Entre un cercueil dans le vent et des bras tendus vers l’invocation des mystérieux silences ...

Ce week end, je m’étais replongé dans un écrit qui devrait de nouveau éclairer notre monde, mais dont le monde, qui ne lit plus, se fiche éperdument : il s’agit de l'œuvre du jésuite José de Acosta (1540-1600): les De Promulgatione Evangelii apud Barbares, sive de procuranda Indorum salute libri sex qui répartissaient les peuples «païens» en trois classes selon leur degré de convertibilité. Cette tripartition distinguait entre
1. les civilisés, disposant de l'écriture et d'un gouvernement stable, comme les Chinois ou les Japonais,
2. les bar¬bares sans écriture, mais vivant dans des villes et observant une religion, comme les Mexicains et les Péru¬viens,
3. et enfin les sauvages, subsi¬tant sans foi, sans loi, sans roi, dans la profondeur des forêts du Brésil, du Panama ou de la Floride, dans les plus inaccessibles recoins de l'archi¬pel des Moluques et dans les îles du Pacifique.

Une telle typologie résultait, après un siècle d'expériences coloniales, de la rencontre concomitante des Indiens semi-nomades de l'Extrême-Occident et des peuples raffi¬nés de l'Extrême-Orient, Japonais d'abord et Chinois ensuite, que les jésuites portugais et espagnols allaient s'efforcer d'attirer par la persuasion à la foi chrétienne.

La solution préconisée par Acosta permettait d'apporter à ces trois catégo¬ries de peuples les réponses mission¬naires les mieux adaptées :
1. douceur et dialogue pour les uns,
2. force coercitive tempérée de remontrances pour les autres,
3. politique énergique pour les derniers.

Mais cela présupposait l'unité fondamentale du genre humain. Une en trois : telle est en définitive l'humanité selon le père Acosta.

Je me demande alors donc dans quelle catégorie vont me/nous placer les nouveaux maîtres du monde... religieux, et quel traitement ils vont (bientôt !) nous/m’administrer.

Ces races supérieures ne sauraient se situer ailleurs que dans la première catégorie, celle de la civilisation ; à moi/nous la barbarie et la sauvagerie !

Si ces gens prétendent personnifier la civilisation catholique à venir, il est évident, pour moi en tout cas, que je préfère redevenir analphabète, préchrétien et préhumain : ainsi j’aurai encore une chance !

Alors je me suis demandé... Oui, je me suis demandé vers où nous allons, et même si nous allons quelque part ! Sinon dans le mur, The Wall !

Et je me suis retrouvé pris par une fièvre, qui n’avait rien d’aviaire... Une fièvre imbécile et fatale, sans nulle aspirine efficace...

Je n’ai pu que m’en remettre à la miséricorde de Dieu.

La Chute...

La Chute...




Le cri - Edvard Munch (1863-1944)
Il y a comme çà des hommes qui pensent l’actualité du passé de telle façon
que le présent en devient plus clair. C’est mon cas en ce dimanche de l’
Épiphanie : je comprends de mieux en mieux chaque jour que notre « façon de vivre
et de mourir, de penser et de croire, d’imaginer et de créer» - notre façon
de nous servir « du feu et des arts » dont Prométhée nous aurait, selon
Platon, dotés en les subtilisant à Zeus -, bref notre Weltanschauung (notre vision
du monde) mourra d’elle-même ! Nous aurions choisi le fruit l’arbre de la
connaissance plutôt que celui de l’arbre de vie, nous raconte la Bible : mais
il s’avère bien fondé, l’aphorisme rabelaisien : « science sans conscience n
’est que ruine de l’âme » !
Et voici maintenant qu’on ne cesse de crier de toutes les tribunes : «
Hannibal ad portas ! » ou bien « Sie kommen ! ». Qui est Hannibal ? Qui sont-ils
ces « Sie » ? Tout simplement ceux qui attendent de passer, ou de repasser à
table, à la table de l’Histoire !
Si je vous livre aujourd’hui les propos de Paul Veyne, né en 1930 à
Aix-en-Provence – ce jeune homme de 75 ans -, recueillis Monsieur de Saint-Victor, c’
est que je prends moi-même conscience toujours un peu plus (à 64 ans en
février prochain) que nous ne devons notre propre disparition et notre propre
évincement qu’à nous-mêmes. C’est pour ne plus savoir qui on est, qu’on ne
peut plus avancer : sommes-nous désormais dés-orientés ou bien dés-occidentés ?
Dès qu’un groupe humain n’a plus l’énergie vitale de se reproduire et de se
métisser (oui SE REPRODUIRE ET SE METISSER), il n’a plus d’avenir.
Oui l’Empire Romain est mort de lui-même, quoi qu’en aient pensé
Rostovtseff le russe et Gibbon le britannique ! C’est Augustin Thierry qui « voit »
justement dans le quintuple meurtre des cinq fils de Constantin le prélude de
cette chute, parce qe Rome ne veut pas « changer », tout en confiant
paradoxalement aux étrangers l’administration de l’empire, du royaume, de l‘état!
Oui cette idée d’Occident qui fut si brillante et efficace est en train de
mourir d’elle-même, chacun luttant (chaque peuple, chaque nation, chaque
ethnie, chaque province, chaque ville, chaque individu) pour conserver des acquis
dits « historiques », relevant de la conjoncture ou de l’ubris, et inhibant
pathologiquement leurs capacités innovantes : jusqu’à la paralysie pour le
mieux et jusqu’à l’autisme pour le pire !
Je pense que nous nous trouvons à mi chemin !
« La Chine (n’) est (plus seulement) proche ! » : elle est là !
Le dictionnaire méditerranéen est (de plus en plus) arabe !
Les sectes chrétiennes et catholiques ne sont plus de simples épiphénomènes
culturels, mais de véritables symptomes d’ecclésiophagie bien tempérée!
Le XXIe siècle doit résolument se mettre à apprendre de Confucius et de
Lao-tseu, d’Avicenne et d’Averroés, de Clément d’Alexandrie et de Martin Luther.

La Chine avance par le commerce, les Arabes par la démographie, les sectes
par la religion ersatz, tandis que ce qui fut l’Occident se contente de
crier – en vain ,- à l’invasion !
Les Francs et les Wisigoths venaient de l’Est de l’Europe et même d’Asie
Centrale : Clovis ni Alaric n’étaient ni « français » ni « italien » : ils
nous ont faits tels, pourtant !
Car « Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles ! »
Bonne Fête de l’Épiphanie !
Paul Veyne : «L'Empire romain est mort de lui-même»
Propos recueillis par Jacques de Saint-Victor
[Le Figaro, 05 janvier 2006]
Historien, spécialiste de l'Antiquité, Paul Veyne vient de publier une
passionnante analyse de l'empire gréco-romain. [L’empire gréco-romain, Le Seuil,
2005]
LE FIGARO LITTÉRAIRE. - A la lecture de votre essai sur l'Empire
greco-romain il semble qu'on ne puisse pas parler d'une chute de l'Empire romain, comme
il y eut une chute de l'Empire de Byzance ?
Paul VEYNE. - Non, en effet, il n'y a pas eu de grandes invasions barbares
au Ve siècle, si on entend par là des déplacements en masse de populations
barbares partant à l'assaut de la frontière (limes) du vieil Empire. En
réalité, il y aura autant de Germains en Germanie après la fameuse conquête qu'il
n'y en avait avant. Les hordes barbares qui pillent Rome en 410 après J.-C.,
sous la direction du Wisigoth Alaric, ou celles qui s'emparent de la Gaule avec
les Francs de Clovis sont de petites troupes qui sillonnent l'Empire à la
recherche de butins.
Ce qu'il importe de comprendre, c'est que l'Empire romain est mort de
lui-même. C'est un dépérissement interne, lié à une décomposition du pouvoir
impérial qui lui a été fatal. Et d'ailleurs, les contemporains ne se sont pas
vraiment rendu compte de la disparition de l'Empire.
Quand en 476 après J.-C., le roi Odoacre dépose le dernier empereur romain,
Romulus Augustule, personne ne prend vraiment la mesure de cet acte. On a
pensé qu'un « interrègne » allait voir le jour avant qu'on nomme un nouvel
empereur. Cette nomination n'a jamais eu lieu. C'est pourquoi nous accordons
aujourd'hui une telle importance à la date de 476, alors qu'elle n'en avait pas
pour les gens de ce temps-là.
- Puisqu'il n'y a pas eu de grandes invasions barbares au Ve siècle, comme
on l'a longtemps cru, comment l'Empire s'est-il effondré ? Car, enfin, entre
la grandeur du haut Empire et la violence du bas Empire, il y a quand même eu
des évolutions notables.
En réalité, la fonction impériale est rapidement devenue, dès la fin du IVe
siècle, une fonction fantoche. Après 395, les empereurs qui succèderont à
Théodose, l'inspirateur du fameux code théodosien, seront tous des personnalités
médiocres. Pour reprendre une expression fameuse d'une autre époque, ils
règnent, mais ne gouvernent pas. Ils prennent l'habitude de s'appuyer sur des
maires du Palais qui dirigent effectivement l'Empire. Pour éviter que ces
subalternes n'usurpent leur place, ils vont prendre l'habitude de ne pas les
recruter chez les Romains.
L'usage est de demander à des étrangers, notamment à des chefs germains
romanisés, d'exercer les fonctions de gouvernement. Ainsi les Romains se
désintéressent de la politique gouvernementale et laissent des chefs barbares gérer
l'Empire à leur place.
Ces Barbares
1. parlent latin,
2. ils ont fait carrière dans les armées romaines,
3. ils sont très patriotes, de vrais défenseurs de la latinité.
4. Ils ont cette foi de l'immigré bien reçu et bien intégré dans son
pays d'accueil.
5. Ils sont plus patriotes que les Romains eux-mêmes.
Comme on le voit, les empereurs, dès cette époque, se sont mis dans les
mains de ces chefs germains.
- Au sommet de l'Empire, c'est donc la démission des élites. Qui dirige
vraiment l'Empire au Ve siècle ?
Il règne au sommet de l'Empire une certaine anarchie.
- La violence et la corruption sont dignes de pays du Tiers-Monde.
- On assassine pour succéder aux plus hautes fonctions.
- Les mœurs brutales des temps mérovingiens, décrites par Augustin Thierry,
ont commencé dès le IVe siècle, après le massacre des cinq fils de
Constantin. Le contraste est saisissant avec la période glorieuse du haut Empire. De
l'an 96 à l'an 170, il y eut à peine trois ou quatre pronunciamentos
militaires. Après le IVe siècle, on ne les compte plus.
- N'y a-t-il pas des raisons économiques à ce déclin ? La disparition d'une
classe moyenne à cause des inégalités grandissantes de la fin de l'Empire,
une surfiscalité accablante, etc. ?
Je crois beaucoup au rôle historique des classes moyennes dans l'histoire
européenne. Mais la mince plèbe moyenne romaine ne fut pas une large classe
moyenne (ce qui aurait supposé un niveau économique cinq ou dix fois supérieur
au niveau antique) et la démocratie grecque, trop vantée, n'a que le nom de
commun avec la nôtre, qui peut être définie comme le règne des classes moyennes
(règne plus ou moins profitable à tous, en comparaison des millénaires
écoulés).
- Donc, les réflexions sur la décadence de l'Empire romain, celles notamment
si brillantes de Rostovtseff sur le dépérissement culturel du bas Empire,
sont dépassées ?
Oui. Rostovtseff plaque ses impressions de la révolution russe de 1917 sur
la situation romaine. En réalité, on ne peut pas parler de décadence du bas
Empire.
L'Empire christianisé depuis Constantin était sorti renforcé de sa
conversion à la nouvelle religion monothéiste. On a pris l'habitude de parler de
décadence au bas Empire à cause des philosophes des Lumières, en particulier
Gibbon, qui détestaient le catholicisme et ont donc cherché à le rendre
responsable de la fin de l'Empire. Mais l'Eglise de cette époque a été plutôt
tolérante,
- elle n'a pas persécuté les païens.
- Elle a délivré les esprits du temps de la morale stoïcienne.
- Saint-Augustin a montré que la perfection relève de Dieu seul, que l'homme
ne peut devenir un parfait mortel.
Le christianisme est alors une religion d'avant-garde.
- Elle est plutôt la religion du trône qu'une véritable religion d'Etat.
- Elle n'a pas cherché à violenter les consciences.
- D'ailleurs, dans la vie des cités, on ne trouve guère d'inscriptions
religieuses.
- Et il semble que la pratique ait été assez souple : par exemple,
l'empereur a un précepteur lettré qui est la plupart du temps un païen. Car le
prestige de la philosophie antique reste encore grand.
- Quand cet héritage greco-romain disparaîtra-t-il finalement, au haut Moyen
Age ?
C'est après Justinien, l'empereur d'Orient du VIe siècle qui a voulu
reconstituer l'unité de l'Empire en partant à la reconquête de l'Italie et de
l'Afrique du Nord. Justinien dispose de l'arme temporelle et spirituelle pour
convertir les païens. En son temps, le Pape est byzantin, il vit au Latran et il
parle grec. Contre les païens, Justinien va procéder à la fermeture des écoles
philosophiques néoplatoniciennes qui s'étaient réfugiées à Byzance après la
chute de Rome. Ces intellectuels étaient devenus des mystiques non chrétiens,
à l'image de Plautin. Ils avaient des extases, des hallucinations. Ils
tentaient de s'adapter à la demande de foi qu'incarnait le christianisme. Après
Justinien, ces philosophes vont émigrer en Perse, où ils traduiront Platon.
Lorsque les Arabes conquerront la Perse au VIIe siècle, ils maintiendront cette
tradition platonicienne. C'est grâce à eux qu'elle ne sera pas définitivement
perdue et qu'elle pourra ensuite être enseignée dès le XIIe siècle à Paris et
dans les autres grandes universités médiévales.
- Comment expliquer que l'Empire de Justinien n'ait pas pu, à son tour, se
maintenir en Italie et en Afrique ?
A la mort de Justinien, l'Empire d'Orient sera en butte aux attaques de
l'Empire perse. Ces guerres permanentes épuiseront les deux adversaires et
c'est probablement ce qui va expliquer la mystérieuse conquête arabe du
VIIe siècle.
- Les Arabes commenceront par s'emparer de l'Afrique du Nord, l'ancien
royaume des Vandales qui était tombé aux mains des Byzantins.
- Ensuite, l'Empire de Byzance sera constamment en butte à l'expansion
musulmane et turque, jusqu'à son agonie définitive lors de la prise de
Constantinople en 1453.


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