06. Février 2006
Les peurs de l’avenir proche
(n’ayez pas peur …)
Se convertir,
C’est faire face aux questions qui nous travaillent en profondeur
Et leur apporter une réponse vivante et évolutive
Dans le concret de l’existence,
En un processus permanent.
Gérard Bonnet
La compréhension de la peur, comme structure fondamentale de l’existence humaine, n’est pas une question annexe, mais une question fondamentale qui ne saurait être éludée. Ou alors, il faut prendre conscience qu’en cherchant à l’éluder, nous ne faisons qu’encourager un processus d’illusion.
1. Introduction :
Ci-dessous, voici un texte, vieux de quatre mille ans, découvert sur les pyramides :
Dialogue d’un désespéré avec son âme, extrait
« A qui parler aujourd’hui ?
Les frères sont méchants,
Et les amis d’aujourd’hui ne savent pas aimer !
A qui parler aujourd’hui ?
Les cœurs sont avides,
Et chacun cherche à s’emparer des biens d’autrui !
L’homme de paix se meurt,
Et le fort écrase tout le monde !
A qui parler aujourd’hui ?
C’est le triomphe du mal,
Et le bien est partout jeté à terre ! »
C’est un peu dans cette humeur que j’aimerais disserter devant vous.
Commençons par les analyses qui ont été faites de ce sujet. Dans un ouvrage
« La société de la peur » (Plon 2005), Christophe Lambert montre que le chômage, la solitude et le mal vieillir sont, pour chacun de nous, les plus grandes craintes. Les délocalisations et les restructurations des entreprises sont, par exemple à Sophia Antipolis, les problèmes récurrents qui assaillent tous ceux qui y travaillent car ils sentent que leur entreprise est bâtie sur du sable.
Pour la solitude et le vieillissement, un chiffre frappe : soixante-quatre pour cent des personnes âgées qui meurent à l’hôpital sont abandonnées et on ne réclame même pas les corps. Souvenons-nous de la canicule de 2003 et des morts mis dans la fosse commune.
Lambert écrit que certaines sont accélérées : par un libéralisme anxiogène (crise de la SNCM par exemple), une télévision compassionnelle, un Etat, qu’il soit de droite ou de gauche, qui semble impuissant à résoudre les problèmes.
Il y a donc une faillite des élites, à commencer par celle de l’Eglise catholique.
Lambert montre qu’il faut prôner des valeurs très morales pour aider : dire la vérité, vanter l’effort, appeler au courage, susciter l’espoir, tout sauf spéculer sur les peurs puisque, écrit-il, l’homme d’aujourd’hui souffre à la foi de dépression et de lucidité. Or, être lucide dans sa dépression, c’est l’antichambre du suicide.
Régis Debray a donné un article « L’homme écartelé » (Le monde des religions, 13,2005) où il souligne l’insurrection mondiale des identités. A l’indéniable unification du milieu techno-économique est venue répondre une non moins indéniable balkanisation politico-culturelle.
En venant ici, je suis passé devant un collège de la rue Vernier, où le monde entier était représenté sur le trottoir. Il y a là un fondamentalisme qui fait peur, celui des déculturés ou le retour à la terre des déterritorialisés, ceux qui voudraient recréer sur place ce qu’ils auraient perdu.
Dans les villes des Etats-Unis, il y a des quartiers chinois, italiens, etc. Toronto est une ville chinoise et japonaise.
Par rapport à cette transmigration des cultures et des êtes, n’y aurait-il pas, écrit Debray, un effacement des ports d’attache et la remontée des bouées de sauvetage mythologique ?
Edgar Morin (Le monde des religions, 13, 2005) évoque la ruine propre à la modernité occidentale des grandes croyances et des espérances. Lorsque l’esprit critique dépasse les valeurs qui ne sont plus d’actualité ou sont obsolètes, il a tôt fait de faire tomber ce qui ne tient plus, comme le mur de Berlin qu’il a suffit de pousser pour qu’il s’écroule.
Le New-Age, avec son syncrétisme indéniable, n’est-il pas un effort désespéré d’intégration ou de réintégration d’éléments séparés par la modernité ? Avec un peu d’indouisme par ici, un peu de bouddhisme par là ! La quête spirituelle, écrit-il, relève de quoi ? D’un besoin de sécurité.
Il faudrait pouvoir réconcilier la croyance et le doute, la passion et la raison, sinon il y aura de nouveaux désespoirs, de nouvelles illusions, de nouveaux fanatismes. C’est une vue assez pessimiste de la situation, ce qui est assez rare chez Edgar Morin.
Ignacio Ramonet (Le monde diplomatique, 2000) évoque, comme dans le colloque d’aujourd’hui, les nouvelles peurs du troisième millénaire.
Ces peurs de notre temps –en particulier celles de la maladie de la « vache folle », des organismes génétiquement modifiés (OGM), du réchauffement climatique et de bien d’autres, naissent, selon lui, d’une déception, d’un désenchantement provoqué par les évolutions techniques. L’utilité du progrès scientifique n’apparaît plus comme une évidence. D’autant que ce progrès a été absorbé par le champ économique et instrumentalisé par des entreprises essentiellement avides de profit.
La confusion entre intérêt public et intérêts industriels s’est trop souvent soldée à l’avantage de ces derniers.
- La vogue du néolibéralisme, l’adoration du marché, la réapparition de situations de grande précarité et le retour de fortes inégalités sociales ont encore renforcé, au cours des vingt dernières années, le sentiment que le progrès technique avait trahi sa promesse d’améliorer le sort de tous.
J’ai passé près de huit ans à Hong-Kong, au Japon et Singapour avant de revenir sur Nice et j’ai revu le développement de Shanghai et de Pékin en quelques années, passant d’un terrain vague qui était celui de Shanghai de l’autre côté du Pu, Le Pu Dong (L’est du Pu) et qui est devenu un nouveau Hong-Kong provoquant des déstabilisations démographiques et donc mentales qui mettent d’ailleurs en question notre présence française qui s’était installée pour conquérir des parts de marché alors que peu à peu, nous sommes devenus, pour la Chine, des gens dont on exploitait les connaissances avant de nous renvoyer. Au point que certains devenaient fous. Peugeot a envoyé à Canton des psychologues pour soutenir les quarante ingénieurs qui travaillaient à la chaîne de montage de modèles spéciaux fabriqués pour la Chine.
Chacun a pu constater que les institutions (parlement, gouvernement, experts) qui devaient garantir la sécurité ont, à plusieurs reprises, manqué à leur mission. Elles ont fait preuve d’imprudence et de négligence. De surcroît, les « décideurs » ont pris l’habitude d’engager le sort collectif sans en référer d’abord aux intéressés, les citoyens. Le pacte démocratique s’en est trouvé modifié.
Les conséquences sont :
- une suspicion tenace qui s’est introduite dans les esprits, un refus croissant de déléguer à ces « responsables » le pouvoir d’engager le sort collectif en autorisant des pratiques fondées sur des innovations scientifiques risquées, insuffisamment testées.
- une méfiance nouvelle vise les apprentis sorciers du néoscientisme.
Concernant un certain nombre de « fléaux silencieux », des révélations spectaculaires sont venues démontrer, à posteriori, l’incompétence tragique des autorités et des experts.
- Non seulement l’affaire du sang contaminé, mais
- celle de l’amiante, qui cause désormais, en France, environ dix mille morts (ouvriers) par an,
- celle des infections nosocomiales, c’est-à-dire contractées pendant un séjour hospitalier, qui sont à l’origine aussi de dix mille décès par an (chiffre supérieur à celui des tués lors d’accidents de voiture, (huit mille quatre cent quatre-vingt-sept en 1999),
- celle de la pollution de l’air, due à soixante pour cent aux transports routiers, dont on apprend qu’elle provoque le chiffre proprement hallucinant de dix-sept mille décès prématurés chaque année en France,
- celle encore de la dioxine, produit cancérigène émis par les incinérateurs d’ordures ménagères, qui cause entre mille huit cents et cinq mille deux cents morts par an.
On ne croit pas à ce que l’on nous dit, à ce que l’on nous promet, on nous cache quelque chose : voir le cas du conflit de la SNCM.
Les peurs nouvelles s’installent à partir de phénomènes nouveaux. Mais nous ne sommes des humains que depuis peu. Nous sommes encore des animaux ; raisonnables selon Aristote et Thomas d’Aquin. Nous avons encore un cerveau reptilien qui a conservé toutes les peurs : se maintenir en vie, se nourrir et ne pas être tué.
C’est cela qui surgit en premier lorsqu’il s’agit pour nous de réagir à un acte qui nous provoque. Ces réactions nous sauvent souvent.
Trois semonces plus une nous sont venues, trois événements nous ont fait passer d’une ère à l’autre et ont eu une répercussion significative sur les attitudes et les comportements de tous les hommes.
Il s’agit : - des attentats du 11 septembre contre les Twin Towers de Manhattan, qui ont installé l’insécurité partout dans ce que nous pouvions considérer comme un sanctuaire,
- l’entrée de la Chine dans l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) qui en fait une menace au niveau économique. Toutes nos façons de voir les choses sont obsolètes lorsque les exportations chinoises augmentent de mille cinq cents pour cent.
Nous pouvons avoir peur parce que nous ne sommes pas préparés à cette confrontation. Croyez-vous que nous puissions par exemple prendre chaque année deux mois de vacances pendant lesquelles le pays vit au ralenti ?
Les vagues de discrédit de toutes sortes, les dernières étant nos ambassadeurs qui semblent avoir trempé dans le scandale du « pétrole contre nourriture », sans parler du tsunami pédophile qui, en affectant l’Eglise catholique toute entière, affecte tout autant l’humanité dans son potentiel de confiance dans ses institutions, fussent-elles millénaires.
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Le terrorisme, né de l’ampleur des attentats du 11 septembre rend toute sécurité aléatoire et tout danger zéro utopique. Tout le monde est menacé partout et toujours, d’une menace invisible et perfide qui l’attend là où il ne s’y attend pas ! Plus de sécurité physique nulle part. Big Brother nous habite par la peur qu’il met en suspension dans l’air : nous sommes asphyxiés par lui, comme les tokyoïtes jadis par le gaz sarin !
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La Chine s’est donc réveillée, comme l’annonçait Alain Peyrefitte : elle n’envahira pas nos territoires par les armes et l’occupation, mais par son textile et ses produits manufacturés à bas prix : plus de mille cinq cents pour cent d’augmentation de ses exportations ; bientôt plus de cent millions de touristes avec leurs exigences et leurs mœurs ! Et pour le JO le slogan est trouvé : One World One Dream ! Son rêve : réaliser et faire réaliser au monde qu’elle est son centre (Zhong = centre) puisque son nom en chinois est Zhong Guo – le Pays du Centre. C’est fait ! La Chine est plus US que les US eux-mêmes : fascination et rejet. Elle procédera à un transfert, en prenant peu à peu leur place. Le marché international sera chinois ou ne sera pas !
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La vague pédophile a réussi à discréditer jusqu’aux présupposés mêmes de la vocation sacerdotale : l’ampleur insoupçonnée ( ?), la mauvaise foi ( ?) et le silence complice ( ?) qui ont accompagné cette catastrophe pour les jeunes gens violés, les familles outragées et l’Eglise disqualifiée, n’ont d’égal que l’aveuglement, la perversion et la lâcheté de nombre de responsables ecclésiastiques qui ont ignoré, nié et tu les activités criminelles de membres de leurs communautés diocésaines respectives. Cela aura entaché l’un des plus longs pontificats de l’Histoire, au grand dam de tout le travail apostolique du premier Pape venu de l’Est !
Ainsi, insécurité, délocalisation et discrédit auront sur les esprits, que nous le voyions ou non dans notre proximité immédiate, les effets les plus pervers, comme l’ont très souvent ces explosions nucléaires qui comportent ce qu’on appelle élégamment dans les QG opérationnels, des dommages collatéraux !
2.
N’ayez pas peur !
Si on nous le demande, c’est qu’il y a de quoi. On ne dit pas de quoi nous ne dev(ri)ons pas avoir peur !
Huang Po, le sixième patriarche bouddhiste chinois, mort en 850, aimait à dire : « Evitez de commettre l’erreur de penser en termes de passé, présent et futur. Le passé n’est pas passé, le présent flotte et le futur n’est pas près d’arriver … ! »
(Trad. V-P. Toccoli, à partir de BLOFELD J., The Zen Teaching of Huang Po on the Transmission of Mind, tr. By, New-York 1992). Dans la mesure où notre être profond ne changera jamais d’identité, il faudra que chacun se résolve à supporter toute sa vie des inconvénients qu’il subissait jusqu’ici, mais que maintenant il va devoir faire subir aux autres, s’il veut assumer une charge de responsabilité !
Le corps n’oublie rien : les caresses, l’attention ou leur absence, l’amour ou le viol y sont inscrits à jamais et peuvent réapparaître sous une autre forme.
3. Sens dessus dessous, par Eduardo Galeano (en guise d’intermède)
Profession de foi clairvoyante et malicieuse, le discours de l’écrivain uruguayen lors du cinquantième anniversaire du Monde Diplomatique, le 8 mai 2004.
Et tout d’abord comme mise en bouche, voici un bouquet d’énigmes : 1. Qui est l’auteur des blagues sans auteur ?
2. Pourquoi Noé a-t-il fait entrer des moustiques dans l’Arche ? Saint François d’Assise aimait-il aussi les moustiques ?
3. Les statues qui manquent sont-elles aussi nombreuses que les statues qui restent ?
4. Si la technologie de communication est de plus en plus développée, pourquoi sommes-nous chaque jour plus sourds et plus muets ?
5. Pourquoi personne, pas même le Bon Dieu, ne peut comprendre ce que disent les experts en communication ?
6. Pourquoi les livres d’éducation sexuelle coupent-ils toute envie de faire l’amour pendant plusieurs années ?
7. Dans les guerres, qui vend les armes ?
Quant aux plats de résistance … 1. Du point de vue du hibou, de la chauve-souris, du bohémien et du voleur, le crépuscule est l’heure du petit déjeuner.
2. Du point de vue des autochtones, ce qui est pittoresque, c’est le touriste.
3. Du point de vue des Indiens des îles Caraïbes, Christophe Colomb, avec son chapeau à plumes et sa cape de velours rouge, était un perroquet aux dimensions jamais vues.
4. Du point de vue du Sud, l’été du Nord est l’hiver.
5. Là où les Hindous voient une vache sacrée, d’autres voient un gros hamburger.
6. Du point de vue d’Hippocrate, de Galien, de Maimonide et de Paracelse, il existait une maladie appelée indigestion, mais pas de maladie appelée faim.
7. Du point de vue de l’Orient du monde, le jour de l’Occident est la nuit.
Quelques plats typiques !1.
Selon les vieux sages de la région colombienne du Chocô, Adam et Eve étaient noirs, et noirs étaient leurs fils Caïn et Abel. Quand Caïn tua son frère d’un coup de bâton, la colère de Dieu tonna. Devant la furie du Seigneur, l’assassin pâlit de culpabilité et de peur, et il pâlit et pâlit tant qu’il demeura blanc jusqu’à la fin de ses jours. Nous, les Blancs, sommes tous fils de Caïn.
2. Si les saints qui ont écrit les Evangiles avaient été des saintes, comment se serait déroulée la première nuit de l’ère chrétienne ? Saint Joseph, raconteraient les saintes, était de mauvaise humeur. Il était le seul à faire la tête dans cette crèche où l’enfant Jésus, nouveau-né, resplendissait dans son berceau de paille. Tous souriaient : la Vierge Marie, les petits anges, les bergers, les chèvres, le bœuf, l’âne, les mages venus d’Orient et l’étoile qui les avait conduits jusqu’à Bethléem. Tous souriaient, sauf un, Saint Joseph, assombri, murmura : « Je voulais une fille ».
4. L’existence de la peur.
Dans La Nausée, Sartre, présentant l’expérience de l’absurde, dit de « la racine de marronnier » qu’elle se présentait comme une masse monstrueuse et molle « qui me faisait peur ».
1. Est-ce à dire que c’est l’existence face à moi qui est cause de la peur ?
2. Ai-je peur en raison de ce qui existe ou en raison de la situation de face à face ?
3. Est-ce
*** la brutalité massive de l’existence des choses en-soi qui me fait peur, ou est-ce
*** l’affrontement permanent de ma relation au monde des objets ? de la relation avec autrui ?
4. La peur est-elle un sentiment qui jaillit à la suite
*** d’une première chute fondamentale (voir
E. Cioran, La Chute dans le temps, De l’inconvénient d’être né), [le mythe]
*** celle de la déréliction de la conscience dans le monde des objets (voir
M. Heidegger, Sein und Zeit : Das « Indiewelt weggeworfensein » ?) [l’angoisse existentielle].
- I. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur le problème de la peur, car tout être humain vit avec un sentiment d’effroi permanent. Pascal dit dans Les Pensées, que le plus grand philosophe du monde, s’il est placé sur une planche au-dessus du vide, ne pourra avoir recours à de belles théories. Il devra affronter la peur.
- II. Et la peur a des conséquences immenses quant à la relation que nous entretenons avec la vie. Toute la question est cependant de savoir sous quelle forme la peur peut être acceptée, reconnue et surmontée ; dans quelle mesure nous pouvons vivre sans la peur. Quelle relation la peur entretient-elle avec notre appréhension de l’existence ?
5. Récupération et justification de la peur.
1. Notre époque entretient une étrange ambiguïté autour de la peur. En toute rationalité, il n’est pas souhaitable que l’homme vive dans la peur, mais en face de l’actualité des commandos suicide se faisant sauter avec un bombe dans un marché, nous avons tendance à justifier la valeur de la peur : « Ces gens-là, ils n’ont peur de rien, pas même de mourir, s’ils n’étaient pas fanatisés jusqu’aux oreilles, ils auraient peur et ils ne commettraient pas des actes pareils » ! Le sous-entendu est qu’il est soi-disant « bon » que l’homme ait peur, sans quoi il deviendrait dangereux. Un homme qui n’a pas peur est libre, très libre … trop libre. Incontrôlable.
2. C’est un discours assez présent dans l’histoire des religions. Que l’homme vive dans la crainte de Dieu. Qu’il craigne le Jugement et se conduise droitement.
3. Maintenir les hommes dans la peur, c’est les maintenir sous un grand pouvoir. Le pouvoir suprême ici-bas est le pouvoir économico-politique. Il n’est donc pas étonnant que les techniciens du pouvoir aient cherché à justifier l’usage de la peur. Une pratique machiavélique de l’économie politique n’a aucun mal à justifier la valeur et l’emploi de la peur.
4. Tous les rhéteurs savent que la peur est une arme de persuasion très efficace, et qu’il est habile de savoir passer dans le discours de la peur à la flatterie.
6. Les racines de la peur et la dualité.
1. Dans quelle mesure la peur est-elle engendrée par l’imagination ?
2. La peur précède-t-elle en quelque mesure la forme qu’elle peut prendre ?
3. Peut-il y avoir une peur de l’inconnu ?
-
Peur et Imagination : dès qu’une mise en cause nous apparaît sous la forme d’un danger, le mental se met en mouvement et très rapidement tisse ses constructions. L’imagination produit une figure de l’invisible, un fantôme pour donner à la peur un objet durable. D’une émotion passagère l’imagination fait un danger terrifiant, et d’un accident elle fait un drame.
-
Peur et Métaphysique : en serait-il de la peur comme du café, de l’alcool, des stimulants, des euphorisants, du sport et des drogues dures ; elle contraint à la vigilance, elle interdit le repos et maintient la tension de la vigilance sur le qui-vive (« Veillez et priez, car l’esprit est prompt mais la chair est faible ! » « Veillez et priez car vous ne savez ni le jour ni l’heure ! » « C’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’Homme viendra ! »)
- Peur et Inconnu *** La question « De quoi ai-je peur ? » et la question : « Qui a peur ? » ne sont pas dissociables.
*** Il faudrait faire l’inventaire de nos délits de fuite devant nous-mêmes pour repérer la source de nos peurs. Qu’est-ce donc que ces troubles d’anxiété qui ravagent notre époque, si ce n’est de la peur installée de façon durable ?
*** La réponse est de …
7. ...travailler (sur) sa peur.
Deux formes de peurs bien distinctes :
1.
la peur vitale, qui est une émotion brutale qui surgit face au danger ;
2.
la peur psychologique en revanche est issue d’une représentation mentale engendrant une terreur qui nous fait reculer devant un possible dont nous nous imaginons la venue comme dangereuse et inquiétante.
*** a corpse in the cupboard: l’obsession paralysante de quelque chose qui n’existe pas dans la réalité ( voir
Derrière le miroir, d’ Ingmar Bergmann);
*** Ignace de Loyola, près du calvaire, sur la rive du Cardoner, à Manrèse : l’obsession de la conscience du mal comme tentation permanente (voir
Sous le soleil de Satan de Bernanos/Pialat, avec le jeu insoutenablement inspiré de Gérard Depardieu)
La relation entre la peur psychologique et la peur vitale n’est pas de l’ordre de la nécessité : mais nous croyons qu’elle l’est. Et cette croyance suffit pour convoquer une réaction vitale comme s’il y avait effectivement un danger réel et imminent. Et pourtant la peur psychologique est auto engendrée. La peur vitale, elle, ne constitue pas en soi un problème si elle est à sa juste place. La peur psychologique en revanche dispose effectivement le terrain sur lequel prolifèrent des problèmes.
8. Nature de la peur : le piège du mental.
1. Recentrer ses énergies :
« Pour être libéré de la peur, point n’est besoin d’une résistance agissant pendant un certain laps de temps, mais il faut une énergie capable de l’aborder et de la dissoudre en un instant ; telle est l’attention ; elle est l’essence même de l’énergie. Accorder son attention signifie consacrer toute son intelligence, son cœur, son énergie physique, et avec cette énergie, prendre conscience, regarder en face cette habitude particulière ; vous vous apercevrez alors qu’elle n’a plus de prise – elle disparaît instantanément ».
2.
Ce qui est vraiment présent, c’est donc la peur et l’intensité de l’énergie pour la rencontrer. Dans une vigilance passive, une immobilité sans fuite. Il n’y a pas de solution, il n’y aura jamais de remède, parce que la peur n’a pas de fondement. Comment ce qui n’a pas de fondement pourrai-il avoir un quelconque remède ? La peur n’a pas d’origine en dehors de la pensée et vue dans la pensée, elle n’a pas de réalité. Elle n’est donc connaissable que par les effets, bien réels ceux-là, qu’elle produit. Ces effets sont bien perceptibles dans le corps de chair, dans la posture, les traits du visage, dans les émotions et là, un travail est bien possible, un travail qui consistera à dénouer ce qui est noué.
9. La peur et la vie.
1. La peur falsifie en permanence notre relation avec la vie. La peur empoisonne et emprisonne : repliement identitaire et communautarisme centripète peuvent être considérés comme une réponse illusoire aux peurs sociologique et idéologique.
2. La peur est susceptible d’opérer un passage initiatique à une forme de conscience plus élevée. A condition qu’elle soit observée et comprise en profondeur. Elle dévoile l’étendue de nos conditionnements, elle dévoile ce qui est resserré, noué, occulté en nous : expérience mystique et vocation érémitique peuvent être considérées comme des réponses exceptionnelles à la conscience existentielle des « espaces infinis » pascaliens.
Conclusion – Développement humain et croissance spirituelle(inspiré de
Claude Flipo s.j., Etudes, mars 2005, pp 347-357)
- Une société sécularisée tend à disjoindre la culture et la spiritualité.
- Comment tenir ensemble et articuler l’une à l’autre ces deux dimensions d’une maturation intégrale, en évitant le double risque d’un développement humain grevé par le souci de soi et d’une croissance spirituelle sans repères ni racines.
- Le malheur de l’homme - son déséquilibre interne et son matérialisme destructeur - vient de ce qu’il a tout misé, depuis l’aube de l’époque moderne, sur le développement de sa raison, de ses facultés discursives et fabricatrices, en oubliant l’autre dimension de son être, intuitive, affective et mystique.
Abraham Maslow a mis au point cette théorie qui forme le soubassement du culte du «
développement personnel ». Le point essentiel de cette théorie est la distinction entre deux types de besoins psychologiques.
1-
En premier lieu, les êtres humains ressentent des besoins de base, besoin de sécurité, d’appartenance, d’affection et d’estime, dont la non-satisfaction entraîne des carences affectives, des névroses ou des blessures psychiques. Cette première série de besoins est l’objet de la psychothérapie, dont la fonction est réparatrice.
2.
Mais, outre ceux-ci, l’homme aspire à l’accomplissement de son être au niveau supérieur : c’est le désir ardent de grandir, de développer ses qualités, de s’épanouir, d’actualiser ses potentialités. Ce domaine est celui du développement personnel, de la maturation, et non plus celui de la guérison. Alors, la personne ne cherche pas seulement un mieux-être, mais un plus-être, la réalisation de soi.
C’est ainsi que
le « développement personnel » aborde les questions du sens de l’existence, la spiritualité, la vie intérieure. Ce qui est essentiellement recherché ici,
c’est le développement
1. de la conscience au-delà des limites de l’ego,
2. la communion avec le monde cosmique
3. et la réalité intime.
Les « états modifiés de conscience » sont ceux qui font percevoir un au-delà du moi, par une expérience « trans-personnelle »
Mais la médaille a son revers.
L’individu se retrouve dans cesse confronté à son moi idéal. Et le voici sommé de parvenir à l’excellence, d’être performant et de faire la preuve de l’épanouissement de sa personne, au risque d’être disqualifié.