Le pois chiche...

Le pois chiche...
Le pois chiche...


(http://www.yannmingard.ch/series/china/pages/CHINE29.html)
(http://www.yannmingard.ch/series/china/pages/CHINE29b.html)
Le pois chiche
Ces deux photos de Yann Mingard me font méditer ce matin sur le charivari
lamentable et dangereux de ces caricatures médiocres, « bêtes et méchantes »,
qui n’illustrent en définitive que la connerie formidable (au sens de la peur
qu’ils inspirent) de celles et ceux qui utilisent leur position sociale en
fonction du pois chiche qui leur sert de cervelle.
On est journaliste, on est policier, on est pasteur-curé-iman etc. ., et c’
est en tant qu’homme, individu, humain que l’on exerce ce métier de
responsabilité sociale. Comme on est juge d’instruction... Et ce n’est pas parce qu’
on est journaliste, policier, pasteur-curé-iman, ce n’est pas parce qu’on
est juge d’instruction que l’on est pour autant « intelligent » : il y a
beaucoup de pois chiches qui tiennent lieu de cervelles !
De longues et merveilleuses années, j’ai exercé l’exaltant métier de maître
d’école, d’enseignant, de professeur. J’ai été tenté à une époque d’
accepter le poste de directeur des études, voire de directeur tout court ! Un seul
constat m’en a tenu, et définitivement, à l’écart. Lors des réunions, dites
« réunions des profs » - pour les notes et appréciations de fin de
trimestre, particulièrement, - je m’élevais souvent contre l’a priori de « solidarité
collégiale » qui consistait à donner toujours raison aux enseignants contre
les élèves. Par principe ! Alors que dans beaucoup de situations
(indiscipline, insolence, comportement...) l’enseignant avait en toute objectivité été
le provocateur de telles attitudes : par sa personnalité, ses défauts, son
caractère, son tempérament, ses idées toutes faites, ses prétentions. Bref, sa
paranoïa ! Et quand j’osai un jour répondre à l’un de mes collègues que si j’
avais été en situation de pouvoir et d’autorité institutionnels, c’était
lui que j’aurais « sanctionné » par une colle et mauvaises notes et
appréciation. Crime de lèse solidarité corporative !
Bien sûr qu’il faut défendre la liberté de la presse, la liberté d’
expression, la séparation des pouvoirs, l’autonomie de l’instruction, et tutti
quanti... Mais quand un journaliste devient pyromane et un juge tyranneau, quand
le pois chiche qui leur sert de cervelle se met à devenir très « chiche », au
point de n’avoir plus de poi(d)s du tout, alors il ne reste de journalisme et
de justice que des traces dans le désert de l’information et de la justice.
Scandaliser pour scandaliser, condamner pour condamner sont les symptômes d’
une maladie mentale : ceci n’est pas une insulte, ceci est un diagnostic !
« Il est inévitable que les scandales arrivent ! Mais malheur à celui par
qui ils arrivent ! (Lc 17,1). Il lui serait meilleur qu’on passât une meule d’â
ne autour de son cou et qu’on le jetât à la mer ! (Mc 9,42b) ».

Je m’envole pour le Mexique ce matin, je serai de retour le 25 février :
je fêterai mes 64 ans à Tenochtitlán.
Je vous laisse à mâcher ce Dialogue d’un désespéré avec son âme,
vieux de quatre mille ans,
découvert sur les murs des Pyramides :

« A qui parler aujourd’hui ?
Les frères sont méchants,
Et les amis d’aujourd’hui ne savent pas aimer !
A qui parler aujourd’hui ?
Les cœurs sont avides,
Et chacun cherche à s’emparer des biens d’autrui !
L’homme de paix se meurt,
Et le fort écrase tout le monde !
A qui parler aujourd’hui ?
C’est le triomphe du mal,
Et le bien est partout jeté à terre ! »






(sans sujet)

(sans sujet)
(sans sujet)
(sans sujet)


Le Client est Roi
Hier matin, mercredi 8, j’ai voulu assister en direct sur LCI à l’audition
parlementaire (7 heures) du Juge Burgaud. Parce que cette affaire d’Outreau
est lamentable et criminelle de bout en bout. Parce que des gens ont souffert
pour rien, et souffrent encore. Parce que certain en est mort, et certain a
tenté de se quitter la vie. Parce que, étant citoyen français, je suis
susceptible, - à tort ou raison, - d’être passible du système judiciaire... même si
je suis innocent. A l’évidence !
Et ce matin, jeudi 9, dès 8 h, j’ai encore voulu assister en direct sur LCI
à la déclaration programmatique de Carlos Gohsn (33 minutes) pour les trois
prochaines années de Renault Monde. Parce que Mr Gohsn (m’) en impose. Parce
que je connais Nissan et Tokyo et suis au fait de ce qu’il en fait au Japon,
devenant un héros de manga et héros tout court. Parce que j’aime ces gens nés
quelque part, élevé ailleurs, formé plus loin et « s’occupant » aux autres
bouts du monde !
Le juge Burgaud n’est pas apparu comme un homme, un « vir » : il n’est ni
mûr non plus (mis en scène ? Stratégie ?). Je me demande s’il est capable de
le devenir un jour, bien que je ne lui souhaite pas d’être déjà devenu un «
homme fini » !
Un élève de Terminale à l’oral, balbutiant des à peu près, pour n’avoir ni
assimilé ni même compris ce qu’il a bachoté, et implorant par le regard et la
voix la compréhension sinon la pitié ! Les 15 premières minutes ont pu
donner à croire qu’il allait défaillir !
Une triple horreur :
- une, ce qu’a du et doit (faire) vivre encore cet homme, avant, pendant et
après Outreau ;
- deux, ce qu’ont du et doivent encore vivre (les rescapés, au moins !), à
cause de lui et du système justicial français, une vingtaine de personnes
pendant et après Outreau ;
- trois, ce que chacun d’entre nous - dont moi qui vous écris (horresco
referens !) -, peut à tout moment craindre d’avoir à vivre à cause de tous les
Burgaud de France et du monde (et il y en a !).
Voilà où mène le pouvoir institutionnel quand il n’est pas fondé sur la
compétence professionnelle : Malheur à la Ville dont le Prince est un enfant !
prophétise Qohelet !
Exit Burgaud !
Le P-D.G. de Renault est un homme, un « vir » : il a mûri sous tous les
soleils de la planète (Liban, Brésil, France, États-Unis, Japon) : c’est même au
« Pays du Soleil Levant » qu’il semble s’être le plus et le mieux épanoui,
- en tout cas qu’il a réalisé son « chef d’œuvre » -, au sens que ce mot
avait au Moyen-âge ! Il a sauvé Nissan comme cost killer ; il a quitté le Japon
à temps : avoir raison trop tôt et avoir réussi de suite finit par déranger (c
’est peut-être ce qui l’attend[ra] en France, pays où ceux qui réussissent
dérangent au plus haut point, parce
qu’ils démontrent la velléité du plus grand nombre, voir « L’Homme aux
colts d’or »). Un triple hourrah :
- un pour la brièveté de sa déclaration sur l ‘ « état de l’union » Renault
Monde;
- un pour la lucidité courageuse (on va le traiter demain de man killer) de
la prospective et des moyens d’application ;
- un sur la focalisation de l’engagement et de l’action au service et sur
le client, dont la satisfaction est le critère dernier de toute l’entreprise
voiturière.
Voilà où mène « une tête bien faicte plutôt que bien pleine » dirait
Montaigne. Voilà ce que fait « the right man in the right place ». Il n’y a là
aucune magie, sinon celle du travail de l’intelligence et de l’intelligence au
travail.
Ce que feront dans les jours qui viennent le Haut Conseil de la magistrature
et la fédération nationale des syndicats vont conditionner pour une grande
(la plus grande ?) part l’exécution des deux réformes : celle du système
judiciaire français, et celle de la multinationale Renault !
En écoutant
- les pseudos plaintes confuses de l’un (qui finirent par exaspérer jusqu’
au président de la commission parlementaire, et par suite l’ensemble des
députés, les acquittés d’Outreau ayant pour certains déjà quitté l salle !),
- et de l’autre la harangue très « Bonaparte à la Turbie » aux Soldats de l’
An II,
je ne pus m’empêcher de songer
- à mon pain sec quotidien de l’Agence Zenit, jalousement manipulée par les
« Légionnaires du Christ » de Marcial Maciel leur fondateur, né le 10
mars1920 à Cotija de la Paz, Michoacan (Mexique)... que je capte sur Internet par
devoir de pénitence,
- et à la magnifique méditation de haute volée mystique de notre Pape en
forme d’encyclique, ( ou l’encyclique « Deus caritas est », en forme de
méditation, je ne sais que dire !)
Suis-je, sommes-nous condamné(s) -, certains d’entre nous en tout cas –à
devoir nous préparer à gémir un jour à la Burgaud, en accusant quand il sera
trop tard ceux qui l’/m’/nous auront abandonné(s) à « la solitude du gardien
de but au moment du pénalty ».
Qui, quand, où, comment entreprendra-t-on, enfin, cette révision du système
ecclésiastique qui passe à la chaux immaculée les tombeaux des hécatombes de
l’omission ?
Bien sûr que Deus caritas est, Très Saint Père, mais pour quel homme ? La
sollicitude de Dieu ne peut être d’ordre général, et encore moins depuis l’
Incarnation : c’est à l’homme réel, socio-écomico-politique, c’est à l’homme
historico-culturel, à l’homme de la mondialisation et du net, c’est au
nouveau proNETariat (la formule est de Joël de Rosnay) que Jésus de Nazareth s’
adresserait aujourd’hui en des termes que ce « client » comprendrait, au moins,
même s’il refuserait d’en tenir compte!
Même le chrétien d’aujourd’hui ne peut plus agir en « connaissance de cause
» : parce qu’il ne voit plus la « cause » et en comprend encore bien moins
les tenant et aboutissants.
Le client ! Le chrétien, le (plus ou moins) fidèle, le (plus ou moins)
pratiquant, le mécréant, l’agnostique, l‘athée... D’AUJOURDH’HUI, qui sont-ils
! Ils sont ceux qu’ils sont devenus, très souvent parce qu’un jour ils n’
ont même plus compris de quoi il s’agissait ; et que si « Jésus parlait comme
çà », - c’est-à-dire comme parle son corps mystique qui est l’Église- alors
ils préféraient aller leur chemin, sans attendre quoi que ce soit d’elle !
Tout çà, pourquoi ?
Dieu, - puisqu’il existe - nous interpelle aussi par le monde : le monde
dans lequel et que nous vivons, et qu’il sauve, transpire aussi de sa grâce ! Ce
n’est pas trahir Dieu que d’écouter battre le cœur de tous ceux qui ne
vivent que de pontages successifs jusqu’à la suffocation finale : si leur cœur a
fini par « ne plus y croire », c’est qu’ils avaient été é-cœurés un jour !
Non ! L’homme que veulent restaurer tous les légionnaires mexicains et
autres, et tous les « burgaud » de l’histoire, n’est pas l’homme vrai, sans
cesse rénové, sans cesse renouvelé, sans cesse recommençant. Eugen Drewermann,
Leonardo Boff et Hans Küng (pour ne citer qu’eux) n’avaient certainement pas
raison dans tous les domaines que leur œil critique a analysés ! Les autres
non plus !
Mais eux n’avaient pas le pouvoir institutionnel.
Carlos Gohsn semble avoir les deux dans le domaine qui est le sien : la
compétence professionnelle et le pouvoir institueionnel! Mais il a une chose en
commun avec nos trois théologiens bannis.
Carlos s’intéresse à l’homme pour qui Renault crée, produit et vend des
voitures. C’est peut-être pour s’y être trop intéressés – à l’homme - que nos
amis chrétiens ont fini par déranger : leur « théopraxis » lui parlait trop,
au point que le courage lui (re)venait de se mettre debout et de s’adresser
à Dieu, comme l’enfant Samuel : « Parle, Seigneur ! Ton serviteur écoute ! »
Ce qui a toujours voulu dire, que parler avec Dieu sans intermédiaire est le
privilège de tout homme...
Mais « montrez-moi un homme », finirons-nous par crier comme Diogène en son
tonneau !
Que Monsieur Burgaud change donc de métier ! Que les légionnaires fassent
donc l’exercice dans leurs casernes ecclésiastiques ! Que les ministres de la
parole « disent enfin quelque chose » à l’homme « médiamorphosé »!
Que l’homme soit enfin reconnu comme n’étant plus nécessairement ce qu’il
était (du temps de la Bible, d’Hérode, de Tomas d’Aquin ou du concile e
Trente) par ceux qui décrètent pérenne la face de ce monde ! Quand
dénombrera-t-on toutes les Shoahs de l’Histoire : après elles, l’homme n’est plus le
même, et son rapport à Dieu ne peut plus donc être le même !
Et qui veut s’adresser à cet homme-là, - au nom de son bonheur éternel
(Pascal) – alors qu’il lui parle sa langue d’aujourd’hui.
Ou qu’il se taise !
(http://www.yannmingard.ch/series/china/pages/CHINE27.html)



Epilogue de Matthieu

MEDITATION

pour un jour sans saint...


Mt 28,1 - 20


La première étoile venait de s'éteindre dans un ciel tout neuf. Pendant tout le sabbat, l'atmosphère avait été étouffante, jusqu'à ce que d'énormes nuages noirs se mettent à vomir une eau lourde, et épaisse de tous les événements de cette fin de semaine : l'arrestation, l'interrogatoire, le jugement, le supplice, la mort et l'enterrement de Jésus de Nazareth. Tout cela en si peu de temps ! Et on était déjà au premier jour de la semaine, le lendemain du sabbat : ce qui deviendra notre dimanche, le Jour du Seigneur, Dies Dominica !

Marie de Magdala, et l'autre Marie (la mère de Jacques et de Joseph) s'en allèrent au sépulcre, comme on va en pèlerinage, emmitouflées dans leur grand châle noir à cause de l'air coupant de ce matin de printemps !

Et il y eut soudain comme un tremblement de terre. Un être resplendissant de lueur, un ange, Dieu, -mon dieu, qui sait ?- fit rouler la pierre qui fermait le tombeau, et, majestueusement s'assit dessus. Un éclair blanc, insoutenable au regard ! Les gardes étaient morts de peur et ne bougeaient plus !

L'être merveilleux ouvrit alors la bouche : "Femmes, vous n'avez rien à craindre, vous ! Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié... Il n'est plus ici : il est ressuscité, comme il l'avait dit ! Venez ! Venez voir l'endroit où il reposait... Et maintenant, allez vite dire à ses amis : Il est ressuscité des morts ! Il vous précède en Galilée, c'est là que vous le verrez ! Voilà, je vous l'ai dit."

Les deux femmes, -un peu la crainte, un peu la joie,- se précipitèrent tout échevelées porter la nouvelle aux disciples. Elles n'étaient pas plus tôt sur le chemin de la ville que Jésus vint à leur rencontre, en leur disant le plus (sur)naturellement du monde : "Shalom !" Elles s'arrêtèrent net, puis lentement s'approchèrent de lui, se jetèrent à ses pieds, en le saisissant de leurs bras. "N'ayez pas peur ! résona la voix de leur espoir. Allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront !"

Sans se retourner, elles se mirent à courir vers la ville. Elles furent rattrapées puis dépassées par quelques hommes de la garde qui se hâtaient eux aussi, afin d'informer les grands prêtres de ce qui était arrivé. Ces derniers convoquèrent les Anciens et après délibération, remirent aux soldats une bonne somme d'argent, avec la consigne suivante : "Vous direz ceci, si on vous interroge : Ses disciples sont venus pendant la nuit, et l'ont dérobé pendant que nous dormions … Et si l'affaire vient aux oreilles du gouverneur, c'est nous qui le calmerons de sorte que vous ne soyez pas inquiétés." Les soldats prirent l'argent et se conformèrent à la leçon qu'on leur avait apprise. Ce récit s'est d'ailleurs propagé chez les juifs jusqu'à nos jours !

Quant aux disciples, ils se rendirent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait dit d'aller. Jésus était là, plus juvénile et plus vivant que jamais. Ils tombèrent à genoux et leurs visages s'éclairèrent de vie et d'espoir, bien que certains eussent encore quelque doute ! Jésus s'approcha d'eux : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. De toutes les nations, allez faire des disciples : vous les baptiserez au nom du Père, et du Fils et de l'Esprit Saint, et vous leur apprendrez à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, (là, il semblait soudain grandir dans le vent qui montait !) moi (Mon Dieu sa voix était bien la sienne, mais elle résonnait si étrangement maintenant,) je suis désormais avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin des temps !"

La peur proche...



Les peurs de l’avenir proche
(n’ayez pas peur …)



Se convertir,
C’est faire face aux questions qui nous travaillent en profondeur
Et leur apporter une réponse vivante et évolutive
Dans le concret de l’existence,
En un processus permanent.
Gérard Bonnet


La compréhension de la peur, comme structure fondamentale de l’existence humaine, n’est pas une question annexe, mais une question fondamentale qui ne saurait être éludée. Ou alors, il faut prendre conscience qu’en cherchant à l’éluder, nous ne faisons qu’encourager un processus d’illusion.

1. Introduction :
Ci-dessous, voici un texte, vieux de quatre mille ans, découvert sur les pyramides :

Dialogue d’un désespéré avec son âme, extrait
« A qui parler aujourd’hui ?
Les frères sont méchants,
Et les amis d’aujourd’hui ne savent pas aimer !
A qui parler aujourd’hui ?
Les cœurs sont avides,
Et chacun cherche à s’emparer des biens d’autrui !
L’homme de paix se meurt,
Et le fort écrase tout le monde !
A qui parler aujourd’hui ?
C’est le triomphe du mal,
Et le bien est partout jeté à terre ! »

C’est un peu dans cette humeur que j’aimerais disserter devant vous.
Commençons par les analyses qui ont été faites de ce sujet. Dans un ouvrage « La société de la peur » (Plon 2005), Christophe Lambert montre que le chômage, la solitude et le mal vieillir sont, pour chacun de nous, les plus grandes craintes. Les délocalisations et les restructurations des entreprises sont, par exemple à Sophia Antipolis, les problèmes récurrents qui assaillent tous ceux qui y travaillent car ils sentent que leur entreprise est bâtie sur du sable.
Pour la solitude et le vieillissement, un chiffre frappe : soixante-quatre pour cent des personnes âgées qui meurent à l’hôpital sont abandonnées et on ne réclame même pas les corps. Souvenons-nous de la canicule de 2003 et des morts mis dans la fosse commune.
Lambert écrit que certaines sont accélérées : par un libéralisme anxiogène (crise de la SNCM par exemple), une télévision compassionnelle, un Etat, qu’il soit de droite ou de gauche, qui semble impuissant à résoudre les problèmes.
Il y a donc une faillite des élites, à commencer par celle de l’Eglise catholique.
Lambert montre qu’il faut prôner des valeurs très morales pour aider : dire la vérité, vanter l’effort, appeler au courage, susciter l’espoir, tout sauf spéculer sur les peurs puisque, écrit-il, l’homme d’aujourd’hui souffre à la foi de dépression et de lucidité. Or, être lucide dans sa dépression, c’est l’antichambre du suicide.

Régis Debray a donné un article « L’homme écartelé » (Le monde des religions, 13,2005) où il souligne l’insurrection mondiale des identités. A l’indéniable unification du milieu techno-économique est venue répondre une non moins indéniable balkanisation politico-culturelle.

En venant ici, je suis passé devant un collège de la rue Vernier, où le monde entier était représenté sur le trottoir. Il y a là un fondamentalisme qui fait peur, celui des déculturés ou le retour à la terre des déterritorialisés, ceux qui voudraient recréer sur place ce qu’ils auraient perdu.
Dans les villes des Etats-Unis, il y a des quartiers chinois, italiens, etc. Toronto est une ville chinoise et japonaise.
Par rapport à cette transmigration des cultures et des êtes, n’y aurait-il pas, écrit Debray, un effacement des ports d’attache et la remontée des bouées de sauvetage mythologique ?

Edgar Morin (Le monde des religions, 13, 2005) évoque la ruine propre à la modernité occidentale des grandes croyances et des espérances. Lorsque l’esprit critique dépasse les valeurs qui ne sont plus d’actualité ou sont obsolètes, il a tôt fait de faire tomber ce qui ne tient plus, comme le mur de Berlin qu’il a suffit de pousser pour qu’il s’écroule.
Le New-Age, avec son syncrétisme indéniable, n’est-il pas un effort désespéré d’intégration ou de réintégration d’éléments séparés par la modernité ? Avec un peu d’indouisme par ici, un peu de bouddhisme par là ! La quête spirituelle, écrit-il, relève de quoi ? D’un besoin de sécurité.
Il faudrait pouvoir réconcilier la croyance et le doute, la passion et la raison, sinon il y aura de nouveaux désespoirs, de nouvelles illusions, de nouveaux fanatismes. C’est une vue assez pessimiste de la situation, ce qui est assez rare chez Edgar Morin.

Ignacio Ramonet (Le monde diplomatique, 2000) évoque, comme dans le colloque d’aujourd’hui, les nouvelles peurs du troisième millénaire.
Ces peurs de notre temps –en particulier celles de la maladie de la « vache folle », des organismes génétiquement modifiés (OGM), du réchauffement climatique et de bien d’autres, naissent, selon lui, d’une déception, d’un désenchantement provoqué par les évolutions techniques. L’utilité du progrès scientifique n’apparaît plus comme une évidence. D’autant que ce progrès a été absorbé par le champ économique et instrumentalisé par des entreprises essentiellement avides de profit.
La confusion entre intérêt public et intérêts industriels s’est trop souvent soldée à l’avantage de ces derniers.

- La vogue du néolibéralisme, l’adoration du marché, la réapparition de situations de grande précarité et le retour de fortes inégalités sociales ont encore renforcé, au cours des vingt dernières années, le sentiment que le progrès technique avait trahi sa promesse d’améliorer le sort de tous.

J’ai passé près de huit ans à Hong-Kong, au Japon et Singapour avant de revenir sur Nice et j’ai revu le développement de Shanghai et de Pékin en quelques années, passant d’un terrain vague qui était celui de Shanghai de l’autre côté du Pu, Le Pu Dong (L’est du Pu) et qui est devenu un nouveau Hong-Kong provoquant des déstabilisations démographiques et donc mentales qui mettent d’ailleurs en question notre présence française qui s’était installée pour conquérir des parts de marché alors que peu à peu, nous sommes devenus, pour la Chine, des gens dont on exploitait les connaissances avant de nous renvoyer. Au point que certains devenaient fous. Peugeot a envoyé à Canton des psychologues pour soutenir les quarante ingénieurs qui travaillaient à la chaîne de montage de modèles spéciaux fabriqués pour la Chine.
Chacun a pu constater que les institutions (parlement, gouvernement, experts) qui devaient garantir la sécurité ont, à plusieurs reprises, manqué à leur mission. Elles ont fait preuve d’imprudence et de négligence. De surcroît, les « décideurs » ont pris l’habitude d’engager le sort collectif sans en référer d’abord aux intéressés, les citoyens. Le pacte démocratique s’en est trouvé modifié.

Les conséquences sont :
- une suspicion tenace qui s’est introduite dans les esprits, un refus croissant de déléguer à ces « responsables » le pouvoir d’engager le sort collectif en autorisant des pratiques fondées sur des innovations scientifiques risquées, insuffisamment testées.
- une méfiance nouvelle vise les apprentis sorciers du néoscientisme.

Concernant un certain nombre de « fléaux silencieux », des révélations spectaculaires sont venues démontrer, à posteriori, l’incompétence tragique des autorités et des experts.
- Non seulement l’affaire du sang contaminé, mais
- celle de l’amiante, qui cause désormais, en France, environ dix mille morts (ouvriers) par an,
- celle des infections nosocomiales, c’est-à-dire contractées pendant un séjour hospitalier, qui sont à l’origine aussi de dix mille décès par an (chiffre supérieur à celui des tués lors d’accidents de voiture, (huit mille quatre cent quatre-vingt-sept en 1999),
- celle de la pollution de l’air, due à soixante pour cent aux transports routiers, dont on apprend qu’elle provoque le chiffre proprement hallucinant de dix-sept mille décès prématurés chaque année en France,
- celle encore de la dioxine, produit cancérigène émis par les incinérateurs d’ordures ménagères, qui cause entre mille huit cents et cinq mille deux cents morts par an.


On ne croit pas à ce que l’on nous dit, à ce que l’on nous promet, on nous cache quelque chose : voir le cas du conflit de la SNCM.
Les peurs nouvelles s’installent à partir de phénomènes nouveaux. Mais nous ne sommes des humains que depuis peu. Nous sommes encore des animaux ; raisonnables selon Aristote et Thomas d’Aquin. Nous avons encore un cerveau reptilien qui a conservé toutes les peurs : se maintenir en vie, se nourrir et ne pas être tué.
C’est cela qui surgit en premier lorsqu’il s’agit pour nous de réagir à un acte qui nous provoque. Ces réactions nous sauvent souvent.

Trois semonces plus une nous sont venues, trois événements nous ont fait passer d’une ère à l’autre et ont eu une répercussion significative sur les attitudes et les comportements de tous les hommes.

Il s’agit : - des attentats du 11 septembre contre les Twin Towers de Manhattan, qui ont installé l’insécurité partout dans ce que nous pouvions considérer comme un sanctuaire,
- l’entrée de la Chine dans l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) qui en fait une menace au niveau économique. Toutes nos façons de voir les choses sont obsolètes lorsque les exportations chinoises augmentent de mille cinq cents pour cent.
Nous pouvons avoir peur parce que nous ne sommes pas préparés à cette confrontation. Croyez-vous que nous puissions par exemple prendre chaque année deux mois de vacances pendant lesquelles le pays vit au ralenti ?

Les vagues de discrédit de toutes sortes, les dernières étant nos ambassadeurs qui semblent avoir trempé dans le scandale du « pétrole contre nourriture », sans parler du tsunami pédophile qui, en affectant l’Eglise catholique toute entière, affecte tout autant l’humanité dans son potentiel de confiance dans ses institutions, fussent-elles millénaires.

- Le terrorisme, né de l’ampleur des attentats du 11 septembre rend toute sécurité aléatoire et tout danger zéro utopique. Tout le monde est menacé partout et toujours, d’une menace invisible et perfide qui l’attend là où il ne s’y attend pas ! Plus de sécurité physique nulle part. Big Brother nous habite par la peur qu’il met en suspension dans l’air : nous sommes asphyxiés par lui, comme les tokyoïtes jadis par le gaz sarin !

- La Chine s’est donc réveillée, comme l’annonçait Alain Peyrefitte : elle n’envahira pas nos territoires par les armes et l’occupation, mais par son textile et ses produits manufacturés à bas prix : plus de mille cinq cents pour cent d’augmentation de ses exportations ; bientôt plus de cent millions de touristes avec leurs exigences et leurs mœurs ! Et pour le JO le slogan est trouvé : One World One Dream ! Son rêve : réaliser et faire réaliser au monde qu’elle est son centre (Zhong = centre) puisque son nom en chinois est Zhong Guo – le Pays du Centre. C’est fait ! La Chine est plus US que les US eux-mêmes : fascination et rejet. Elle procédera à un transfert, en prenant peu à peu leur place. Le marché international sera chinois ou ne sera pas !

- La vague pédophile a réussi à discréditer jusqu’aux présupposés mêmes de la vocation sacerdotale : l’ampleur insoupçonnée ( ?), la mauvaise foi ( ?) et le silence complice ( ?) qui ont accompagné cette catastrophe pour les jeunes gens violés, les familles outragées et l’Eglise disqualifiée, n’ont d’égal que l’aveuglement, la perversion et la lâcheté de nombre de responsables ecclésiastiques qui ont ignoré, nié et tu les activités criminelles de membres de leurs communautés diocésaines respectives. Cela aura entaché l’un des plus longs pontificats de l’Histoire, au grand dam de tout le travail apostolique du premier Pape venu de l’Est !
Ainsi, insécurité, délocalisation et discrédit auront sur les esprits, que nous le voyions ou non dans notre proximité immédiate, les effets les plus pervers, comme l’ont très souvent ces explosions nucléaires qui comportent ce qu’on appelle élégamment dans les QG opérationnels, des dommages collatéraux !

2. N’ayez pas peur !
Si on nous le demande, c’est qu’il y a de quoi. On ne dit pas de quoi nous ne dev(ri)ons pas avoir peur !
Huang Po, le sixième patriarche bouddhiste chinois, mort en 850, aimait à dire : « Evitez de commettre l’erreur de penser en termes de passé, présent et futur. Le passé n’est pas passé, le présent flotte et le futur n’est pas près d’arriver … ! » (Trad. V-P. Toccoli, à partir de BLOFELD J., The Zen Teaching of Huang Po on the Transmission of Mind, tr. By, New-York 1992). Dans la mesure où notre être profond ne changera jamais d’identité, il faudra que chacun se résolve à supporter toute sa vie des inconvénients qu’il subissait jusqu’ici, mais que maintenant il va devoir faire subir aux autres, s’il veut assumer une charge de responsabilité !
Le corps n’oublie rien : les caresses, l’attention ou leur absence, l’amour ou le viol y sont inscrits à jamais et peuvent réapparaître sous une autre forme.

3. Sens dessus dessous, par Eduardo Galeano (en guise d’intermède)
Profession de foi clairvoyante et malicieuse, le discours de l’écrivain uruguayen lors du cinquantième anniversaire du Monde Diplomatique, le 8 mai 2004.

Et tout d’abord comme mise en bouche, voici un bouquet d’énigmes : 1. Qui est l’auteur des blagues sans auteur ?
2. Pourquoi Noé a-t-il fait entrer des moustiques dans l’Arche ? Saint François d’Assise aimait-il aussi les moustiques ?
3. Les statues qui manquent sont-elles aussi nombreuses que les statues qui restent ?
4. Si la technologie de communication est de plus en plus développée, pourquoi sommes-nous chaque jour plus sourds et plus muets ?
5. Pourquoi personne, pas même le Bon Dieu, ne peut comprendre ce que disent les experts en communication ?
6. Pourquoi les livres d’éducation sexuelle coupent-ils toute envie de faire l’amour pendant plusieurs années ?
7. Dans les guerres, qui vend les armes ?

Quant aux plats de résistance … 1. Du point de vue du hibou, de la chauve-souris, du bohémien et du voleur, le crépuscule est l’heure du petit déjeuner.
2. Du point de vue des autochtones, ce qui est pittoresque, c’est le touriste.
3. Du point de vue des Indiens des îles Caraïbes, Christophe Colomb, avec son chapeau à plumes et sa cape de velours rouge, était un perroquet aux dimensions jamais vues.
4. Du point de vue du Sud, l’été du Nord est l’hiver.
5. Là où les Hindous voient une vache sacrée, d’autres voient un gros hamburger.
6. Du point de vue d’Hippocrate, de Galien, de Maimonide et de Paracelse, il existait une maladie appelée indigestion, mais pas de maladie appelée faim.
7. Du point de vue de l’Orient du monde, le jour de l’Occident est la nuit.

Quelques plats typiques !1.
Selon les vieux sages de la région colombienne du Chocô, Adam et Eve étaient noirs, et noirs étaient leurs fils Caïn et Abel. Quand Caïn tua son frère d’un coup de bâton, la colère de Dieu tonna. Devant la furie du Seigneur, l’assassin pâlit de culpabilité et de peur, et il pâlit et pâlit tant qu’il demeura blanc jusqu’à la fin de ses jours. Nous, les Blancs, sommes tous fils de Caïn.
2. Si les saints qui ont écrit les Evangiles avaient été des saintes, comment se serait déroulée la première nuit de l’ère chrétienne ? Saint Joseph, raconteraient les saintes, était de mauvaise humeur. Il était le seul à faire la tête dans cette crèche où l’enfant Jésus, nouveau-né, resplendissait dans son berceau de paille. Tous souriaient : la Vierge Marie, les petits anges, les bergers, les chèvres, le bœuf, l’âne, les mages venus d’Orient et l’étoile qui les avait conduits jusqu’à Bethléem. Tous souriaient, sauf un, Saint Joseph, assombri, murmura : « Je voulais une fille ».

4. L’existence de la peur.
Dans La Nausée, Sartre, présentant l’expérience de l’absurde, dit de « la racine de marronnier » qu’elle se présentait comme une masse monstrueuse et molle « qui me faisait peur ».

1. Est-ce à dire que c’est l’existence face à moi qui est cause de la peur ?
2. Ai-je peur en raison de ce qui existe ou en raison de la situation de face à face ?
3. Est-ce
*** la brutalité massive de l’existence des choses en-soi qui me fait peur, ou est-ce
*** l’affrontement permanent de ma relation au monde des objets ? de la relation avec autrui ?
4. La peur est-elle un sentiment qui jaillit à la suite
*** d’une première chute fondamentale (voir E. Cioran, La Chute dans le temps, De l’inconvénient d’être né), [le mythe]
*** celle de la déréliction de la conscience dans le monde des objets (voir M. Heidegger, Sein und Zeit : Das « Indiewelt weggeworfensein » ?) [l’angoisse existentielle].

- I. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur le problème de la peur, car tout être humain vit avec un sentiment d’effroi permanent. Pascal dit dans Les Pensées, que le plus grand philosophe du monde, s’il est placé sur une planche au-dessus du vide, ne pourra avoir recours à de belles théories. Il devra affronter la peur.

- II. Et la peur a des conséquences immenses quant à la relation que nous entretenons avec la vie. Toute la question est cependant de savoir sous quelle forme la peur peut être acceptée, reconnue et surmontée ; dans quelle mesure nous pouvons vivre sans la peur. Quelle relation la peur entretient-elle avec notre appréhension de l’existence ?

5. Récupération et justification de la peur.

1. Notre époque entretient une étrange ambiguïté autour de la peur. En toute rationalité, il n’est pas souhaitable que l’homme vive dans la peur, mais en face de l’actualité des commandos suicide se faisant sauter avec un bombe dans un marché, nous avons tendance à justifier la valeur de la peur : « Ces gens-là, ils n’ont peur de rien, pas même de mourir, s’ils n’étaient pas fanatisés jusqu’aux oreilles, ils auraient peur et ils ne commettraient pas des actes pareils » ! Le sous-entendu est qu’il est soi-disant « bon » que l’homme ait peur, sans quoi il deviendrait dangereux. Un homme qui n’a pas peur est libre, très libre … trop libre. Incontrôlable.

2. C’est un discours assez présent dans l’histoire des religions. Que l’homme vive dans la crainte de Dieu. Qu’il craigne le Jugement et se conduise droitement.

3. Maintenir les hommes dans la peur, c’est les maintenir sous un grand pouvoir. Le pouvoir suprême ici-bas est le pouvoir économico-politique. Il n’est donc pas étonnant que les techniciens du pouvoir aient cherché à justifier l’usage de la peur. Une pratique machiavélique de l’économie politique n’a aucun mal à justifier la valeur et l’emploi de la peur.

4. Tous les rhéteurs savent que la peur est une arme de persuasion très efficace, et qu’il est habile de savoir passer dans le discours de la peur à la flatterie.

6. Les racines de la peur et la dualité.

1. Dans quelle mesure la peur est-elle engendrée par l’imagination ?
2. La peur précède-t-elle en quelque mesure la forme qu’elle peut prendre ?
3. Peut-il y avoir une peur de l’inconnu ?

- Peur et Imagination : dès qu’une mise en cause nous apparaît sous la forme d’un danger, le mental se met en mouvement et très rapidement tisse ses constructions. L’imagination produit une figure de l’invisible, un fantôme pour donner à la peur un objet durable. D’une émotion passagère l’imagination fait un danger terrifiant, et d’un accident elle fait un drame.

- Peur et Métaphysique : en serait-il de la peur comme du café, de l’alcool, des stimulants, des euphorisants, du sport et des drogues dures ; elle contraint à la vigilance, elle interdit le repos et maintient la tension de la vigilance sur le qui-vive (« Veillez et priez, car l’esprit est prompt mais la chair est faible ! » « Veillez et priez car vous ne savez ni le jour ni l’heure ! » « C’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’Homme viendra ! »)

- Peur et Inconnu *** La question « De quoi ai-je peur ? » et la question : « Qui a peur ? » ne sont pas dissociables.
*** Il faudrait faire l’inventaire de nos délits de fuite devant nous-mêmes pour repérer la source de nos peurs. Qu’est-ce donc que ces troubles d’anxiété qui ravagent notre époque, si ce n’est de la peur installée de façon durable ?


*** La réponse est de …
7. ...travailler (sur) sa peur.


Deux formes de peurs bien distinctes :
1. la peur vitale, qui est une émotion brutale qui surgit face au danger ;
2. la peur psychologique en revanche est issue d’une représentation mentale engendrant une terreur qui nous fait reculer devant un possible dont nous nous imaginons la venue comme dangereuse et inquiétante.

*** a corpse in the cupboard: l’obsession paralysante de quelque chose qui n’existe pas dans la réalité ( voir Derrière le miroir, d’ Ingmar Bergmann);

*** Ignace de Loyola, près du calvaire, sur la rive du Cardoner, à Manrèse : l’obsession de la conscience du mal comme tentation permanente (voir Sous le soleil de Satan de Bernanos/Pialat, avec le jeu insoutenablement inspiré de Gérard Depardieu)

La relation entre la peur psychologique et la peur vitale n’est pas de l’ordre de la nécessité : mais nous croyons qu’elle l’est. Et cette croyance suffit pour convoquer une réaction vitale comme s’il y avait effectivement un danger réel et imminent. Et pourtant la peur psychologique est auto engendrée. La peur vitale, elle, ne constitue pas en soi un problème si elle est à sa juste place. La peur psychologique en revanche dispose effectivement le terrain sur lequel prolifèrent des problèmes.

8. Nature de la peur : le piège du mental.
1. Recentrer ses énergies :
« Pour être libéré de la peur, point n’est besoin d’une résistance agissant pendant un certain laps de temps, mais il faut une énergie capable de l’aborder et de la dissoudre en un instant ; telle est l’attention ; elle est l’essence même de l’énergie. Accorder son attention signifie consacrer toute son intelligence, son cœur, son énergie physique, et avec cette énergie, prendre conscience, regarder en face cette habitude particulière ; vous vous apercevrez alors qu’elle n’a plus de prise – elle disparaît instantanément ».

2. Ce qui est vraiment présent, c’est donc la peur et l’intensité de l’énergie pour la rencontrer. Dans une vigilance passive, une immobilité sans fuite. Il n’y a pas de solution, il n’y aura jamais de remède, parce que la peur n’a pas de fondement. Comment ce qui n’a pas de fondement pourrai-il avoir un quelconque remède ? La peur n’a pas d’origine en dehors de la pensée et vue dans la pensée, elle n’a pas de réalité. Elle n’est donc connaissable que par les effets, bien réels ceux-là, qu’elle produit. Ces effets sont bien perceptibles dans le corps de chair, dans la posture, les traits du visage, dans les émotions et là, un travail est bien possible, un travail qui consistera à dénouer ce qui est noué.

9. La peur et la vie.

1. La peur falsifie en permanence notre relation avec la vie. La peur empoisonne et emprisonne : repliement identitaire et communautarisme centripète peuvent être considérés comme une réponse illusoire aux peurs sociologique et idéologique.

2. La peur est susceptible d’opérer un passage initiatique à une forme de conscience plus élevée. A condition qu’elle soit observée et comprise en profondeur. Elle dévoile l’étendue de nos conditionnements, elle dévoile ce qui est resserré, noué, occulté en nous : expérience mystique et vocation érémitique peuvent être considérées comme des réponses exceptionnelles à la conscience existentielle des « espaces infinis » pascaliens.

Conclusion – Développement humain et croissance spirituelle(inspiré de Claude Flipo s.j., Etudes, mars 2005, pp 347-357)

- Une société sécularisée tend à disjoindre la culture et la spiritualité.
- Comment tenir ensemble et articuler l’une à l’autre ces deux dimensions d’une maturation intégrale, en évitant le double risque d’un développement humain grevé par le souci de soi et d’une croissance spirituelle sans repères ni racines.
- Le malheur de l’homme - son déséquilibre interne et son matérialisme destructeur - vient de ce qu’il a tout misé, depuis l’aube de l’époque moderne, sur le développement de sa raison, de ses facultés discursives et fabricatrices, en oubliant l’autre dimension de son être, intuitive, affective et mystique.

Abraham Maslow a mis au point cette théorie qui forme le soubassement du culte du « développement personnel ». Le point essentiel de cette théorie est la distinction entre deux types de besoins psychologiques.

1- En premier lieu, les êtres humains ressentent des besoins de base, besoin de sécurité, d’appartenance, d’affection et d’estime, dont la non-satisfaction entraîne des carences affectives, des névroses ou des blessures psychiques. Cette première série de besoins est l’objet de la psychothérapie, dont la fonction est réparatrice.

2. Mais, outre ceux-ci, l’homme aspire à l’accomplissement de son être au niveau supérieur : c’est le désir ardent de grandir, de développer ses qualités, de s’épanouir, d’actualiser ses potentialités. Ce domaine est celui du développement personnel, de la maturation, et non plus celui de la guérison. Alors, la personne ne cherche pas seulement un mieux-être, mais un plus-être, la réalisation de soi.

C’est ainsi que le « développement personnel » aborde les questions du sens de l’existence, la spiritualité, la vie intérieure. Ce qui est essentiellement recherché ici,
c’est le développement
1. de la conscience au-delà des limites de l’ego,
2. la communion avec le monde cosmique
3. et la réalité intime.

Les « états modifiés de conscience » sont ceux qui font percevoir un au-delà du moi, par une expérience « trans-personnelle »
Mais la médaille a son revers.

L’individu se retrouve dans cesse confronté à son moi idéal. Et le voici sommé de parvenir à l’excellence, d’être performant et de faire la preuve de l’épanouissement de sa personne, au risque d’être disqualifié.







La Tentation Idéologique

1 - IDEOLOGIE

ORIGINE DU MOT
Etymologie : logos = discours logique, discours de la raison, et Eidos : radical ide = voir (Idéa en latin)
c'est à dire : traduire le monde en idées, en abstractions.
Idéologues :
. Groupe de philosophes matérialistes sous la Révolution française (Rejet de la métaphysique, goût pour les sciences de l'homme : Destutt du Tracy (1796), Cabanis.
. Employé dans un sens péjoratif par Napoléon pour qualifier les raisonnements abstraits de ces philosophes .

DEFINITIONS 1.- Conception générale.- Système plus ou moins cohérent d'images, de représentations globales, d'idées ayant pour fin de régler au sein d'une collectivité les relations qu'entretiennent les individus entre eux, avec les hommes étrangers, avec la nature et le symbolique.
• . notion allemande de Weltanschaung (conception du monde)
• . notion de consensus : accord sur la cause, le temps et l'espace (E. Durkheim).
- Système cohérent de représentations du monde pouvant servir de base à l'action (articulation théorie / praxis).


2.- Conception marxiste (qui n'est que développement de la précédente, mais centrée sur l'idée de classe).
- Ensemble des opinions sur les problèmes sociaux qui se forment sous l'influence de l'intérêt d'une classe sociale donnée et qui servent à la défense des intérêts de cette classe.
- Idéologie comme "fausse conscience" (manière déformée de voir la réalité).

NOTIONS VOISINES ET CONTRAIRES

1.- Idéologie et Utopie (réf. : Karl Mannheim - Idéologie et Utopie - 1956)
- l'une et l'autre sont corollaires de fausse conscience, mais :
- idéologie : tournée vers le passé / investie d'une fonction de conservation sociale.
- utopie : fixée sur l'avenir / investie d'une fonction révolutionnaire.

2.- Idéologie et sciences :
- La science comme idéologie
- La science et la technique, comme modes de légitimation de la domination (Habermas, Marcuse)
(cf. scientisme - rationalisation - technocratie).

3.- Idéologie et vérité scientifique.
* Louis Althusser : distinction idéologie / science. Idéologie : la fonction pratico-sociale l'emporte sur la fonction théorique.
* Faire la distinction entre l'origine sociologique des connaissances et la détermination socio-politique de la conscience (exemple : le fait d'admettre avec Durkheim l'origine religieuse du concept d'énergie n'enlève rien à la valeur scientifique de la notion d'énergie atomique).
* Raymond Boudon :
- Certaines idéologies peuvent s'appuyer sur des théories authentiquement scientifiques, mais dont on aurait mal perçu les limites de validité (noyau dur scientifique)
- Théorie rationaliste de l'idéologie : l'adhésion à une idéologie conçue comme un choix individuel rationnel, par opposition aux thèses selon lesquelles l'idéologie est une manifestation de l'irrationnel, du passionnel, fruit d'un aveuglement collectif.
4.- Idéologies totalitaires.
* Hanna Arendt - les systèmes totalitaires.
- Définition de l'idéologie : la logique d'une idée - expliquer le mouvement de l'histoire comme un processus unique et cohérent déduit à partir d'une idée : la Loi de la Nature (Nazisme) ou la loi de l'Histoire (Marxisme).
* Distorsion de la perception de la causalité historique.
- Vision manichéenne (diabolisation) de l'histoire comprise comme la lutte de deux groupes homogènes (Mythe du complot).
- Tendance à "détotaliser" les situations historiques au profit de la recherche de causes uniques (création de bouc-émissaires).

CORRELATS Aliénation - Conscience - Croyance - Droits de l'Homme - Fascisme - Fin de l'Histoire - Lénine et Léninisme - Libéralisme - Mao et maoïsme - Marx et marxisme - Matérialisme - Nazisme - Staline et stalinisme - Totalitarisme - Universalisme - Utopie.

CITATIONS * K . MARX : "L'histoire de la nature (...) ne nous intéresse pas ici, mais nous devons nous occuper de l'histoire des hommes puisque l'idéologie presque entière se réduit, soit à une conception erronée de cette histoire, soit à une abstraction complète de cette histoire" - (Oeuvres philosophiques , vol . VI)
* K. MANNHEIM : "Par idéologies, nous entendons ces interprétations de la situation qui ne sont pas le produit d'expériences concrètes, mais une sorte de connaissance dénaturée de ces expériences qui servent à masquer la situation réelle et agissent sur l'individu comme une contrainte" - (Diagnosis of our time).
* R. ARON : "L'idéologie est un système global d'interprétation du monde historico-politique"- (Trois essais sur l'âge industriel).
* M. RODINSON : "Une idéologie a pour fonction de donner des directives d'action individuelle et collective"- (Sociologie marxiste et idéologie marxiste).
* J. MONNEROT : "L'idéologie est une pensée chargée d'affectivité où chacun de ces deux éléments corrompt l'autre" - (Sociologie du communisme).
* L. ALTHUSSER : "Seule une conception idéologique du monde a pu imaginer des sociétés sans idéologies" - (Positions).

2 - Paul RICOEUR : IDEOLOGIE ET UTOPIE

Dans ces leçons consacrées à l’idéologie et à l’utopie, l’auteur réunit dans un
même cadre conceptuel ces deux notions, traitées habituellement séparément .
L’hypothèse sous-jacente est que 1. la conjonction de deux aspects ainsi opposés, ou de deux fonctions complémentaires, est un exemple de ce qu’il est possible d’appeler une imagination sociale et culturelle.
2. La conviction et l’espoir de Paul Ricoeur, est que la dialectique entre Idéologie et Utopie pourra apporter un nouvel éclairage à la question toujours en suspens de l’imagination comme problème philosophique.

** Un premier examen de ces deux concepts révèle le partage de deux traits essentiels.

- L ‘idéologie comme l’utopie sont des phénomènes ambigus : chacun a un côté négatif et un côté positif, un côté constructif et un côté destructeur, une dimension constitutive et une dimension pathologique.
- Le deuxième point commun, est que l’aspect pathologique apparaît, des deux côtés, le premier.
** Il est donc nécessaire, pour bien comprendre ces deux phénomènes, de travailler de manière régressive, en partant de la surface des choses, de ce qui est visible, avant de travailler sur le fond.
1. L’idéologie peut refléter la situation de classe d’un individu, sans que cet individu en ait conscience,
2. et la dissimulation conforte tout en exprimant la perspective de classe.

Le concept d’utopie a également mauvaise réputation, car il est souvent considéré comme représentant une espèce de rêve social qui ne se soucie guère des étapes réelles à la construction d'une nouvelle société.

L'hypothèse de l’auteur, est
1. qu’il existe un versant positif de l’une et de l’autre notion,
2. et que la polarité ou la tension au cœur de chacune de ces deux notions, peuvent être révélées par l’examen d’une polarité analogue en l’idéologie et l’utopie elles mêmes.
Pour Ricoeur, cette double polarité entre ces deux notions, et au sein de chacune d’elles mêmes, peut être mise au compte de traits structurels de ce qu’il appelle «imagination culturelle».

La difficulté de relier idéologie et utopie se comprend si l’on prête attention à la manière très différente dont se présentent ces deux notions.
- L’idéologie est toujours un concept polémique, elle n’est jamais assumée à la première personne, c’est toujours l’idéologie de quelqu’un d’autre.
- L’utopie, en revanche, est toujours plaidée par son auteur, et constitue même un genre littéraire spécifique. Les utopies sont assumées par leurs auteurs, alors que les idéologies sont récusées par les leurs.

Paul Ricoeur nous alerte sur le fait qu’apparemment il ne semble pas avoir de passage possible de l’idéologie à l’utopie . Seule une sociologie à prétention scientifique, comme celle de la version marxiste orthodoxe, peut les réunir, en qualifiant d’idéologie l’utopie. Cette réduction est atypique, et considérées phénoménologiquement, d’un point de vue descriptif prenant en compte les significations spécifiques de chacune d’elles, l’idéologie et l’utopie relèvent de deux genres sémantiques distincts. L’auteur se demande donc s’il n’est pas possible de structurer le problème de l’utopie comme celui de l’idéologie.

Il est possible de
1. partir d’un concept de l’utopie quasi pathologique,
2. et en parcourir ensuite les fonctions,
3. vers quelque chose de comparable à la fonction intégratrice décelée pour l’idéologie.

Pour Ricoeur, cette fonction est remplie par la notion de nulle part, structure fondamentale de réflexivité par laquelle nous pouvons saisir nos rôles sociaux, que de pouvoir concevoir une place vide d’où nous pouvons réfléchir à nous-mêmes.

L’auteur propose l’hypothèse
- que la fonction la plus radicale de l’idéologie est inséparable de la fonction la plus radicale de l’utopie,
- et que toutes deux rencontrent le même point crucial, celui de l’autorité.

1. Si toute idéologie tend à légitimer un système d’autorité,
2. toute utopie, en fin de compte doit s’affronter au problème du pouvoir.
L’utopie est rendue possible parce qu’il existe un problème de crédibilité dans tous les systèmes de légitimation et d’autorité.

Ricoeur résume donc ainsi sa problématique :
- n’est-ce pas la fonction excentrique de l’imagination qui implique tous les paradoxes de l’utopie ?
- Cette excentricité de l’imagination utopique n’est-elle pas le remède à la pathologie de la pensée idéologique, qui se trouve précisément aveugle et étroite en raison de son incapacité à concevoir un «nulle part» (u-topie)?


3 - La Règle des Quatre

1. Devant les menaces d'obscurantisme, l'histoire de la philosophie est mise à contribution pour fonder la nécessité pour chacun de prendre en main son destin
2. et, pour la politique, l'urgence des peuples
- à manifester leur volonté,
- à peser sur l'économie.
Car de la vérité à la morale ou à la politique, la question de l'homme est celle de sa liberté (lire surtout les 4 libertés).

Les 4 Vérités
Distinction de quatre modalités de la vérité
1. conformité,
2. vérification,
3. impartialité et
4. authenticité
qui distinguent des fonctions, des rapports, des discours différents et solidaires.

Les 4 Libertés
Chaque modalité de la vérité est fondée sur une liberté
1. indépendance,
2. efficacité,
3. engagement,
4. projet
Chaque liberté est d'abord errance, délibération, ignorance et toujours située, dignité de chaque être humain. C'est la finalité comme non-savoir qui fonde notre liberté et notre intériorité.

Les 4 morales
Ces quatre libertés déterminent à leur tour quatre morales
1. moralisme,
2. éthique,
3. justice,
4. esthétisme
puisque la morale est la pratique de la liberté consistant à se donner une règle raisonnable ou commune dont le contenu vise à établir l'égalité d'un véritable dialogue avec l'Autre (visant sa liberté et sa réalisation politique plutôt qu'une simple protestation morale). Importance de l'histoire de la morale.


Celui qui ne fait rien, certain qu'il n'y a rien à faire, certain que ses forces ne s'y mesurent pas, rajoute de tout son poids aux lourdeurs du monde et à ses fausses lois. Distinction de
1. l'aristocratie,
2. l'oligarchie,
3. la république,
4. la démocratie
et appel à une intervention directe dans la politique pour maîtriser l'économique.

(aucun titre)

(aucun titre)

image