Notes sur
Les haillons du Christianisme
Conférence à La Fontonne, lundi 27 mars 2006

Quand le Fils de l’Homme reviendra,
Dieu sait s’il trouvera encore un homme qui croit en lui !
d’après Luc.



D’où est-ce que je parle ? le fameux arc latin) :
inventer une pastorale spécifique.
les réalités paroissiales traditionnelles et concrètes

Le discours devenu inaudible de Rome À situations nouvelles...nouvelle anthropologie

Pas de « nouvelles communautés », mais des communautés neuves Prêtre et ssacerdoce
- D’une part l’annonce de la Parole de Dieu, incarnée en un homme Jésus, reconnu comme Dieu lui-même – donc un être, pas des mots – ;
- Et d’autre part le souci de toutes les communautés humaines, de toutes les « Églises », comme parlerait Paul de Tarse : c’est-à-dire que cette annonce doit être une prophétie pour notre temps et que ce souci doit être une mission pour une communion universelle et une communion pour une mission universelle.
La foi doit être résolument liée à la destinée du monde

Un cliché : la religion s’est sociologisée
Qui compose donc le noyau dur des catholiques français ? Deux profils types peuvent être mis en évidence...
1. D’abord celui d’une femme plutôt âgée, vivant en zone rurale et peu diplômée. C’est ici le visage des « gros bataillons » des catholiques engagés, ceux qui font « tourner » les paroisses, assurent le catéchisme, l’animation des messes...
2. À côté, un autre profil émerge également, ce catholique habite la région parisienne (un Français sur dix) et bénéficie d’un haut niveau d’éducation. Ce « catholique des villes » n’est pas moins âgé, ce qui pose inévitablement la question de l’avenir.
3. Les catholiques sont toujours plus âgés, souligne Jean-Daniel Lévy qui a dirigé l’étude à l’institut CSA. S’agit-il d’un effet de cohorte ou d’un effet générationnel ?... Autrement dit, les catholiques les plus âgés ont-ils échoué à transmettre leur religion aux générations suivantes ou bien est-ce l’âge qui favorise le retour à une pratique religieuse ? Les 18-24 ans sont toujours relativement peu nombreux chez les catholiques : ils ne sont que 42 % à se déclarer comme tels et ne représentent que 7,5 % des catholiques. Mais quand on regarde leur pratique, elle apparaît légèrement plus élevée que celle des 25-34 ans : ces derniers sont 7,3 % à pratiquer, contre 7,9 % pour les 18-24 ans. Frémissement ? Mouvement de fond ?

Évangélisme pentecôtiste et Maladie institutionnelle Frédéric Lenoir résume le raz de marée pentecôtiste par les traits suivants : projection planétaire, circulation, simplification et standardisation, logistique capitaliste de marché.

Ce mouvement a su intégrer trois synthèses très tendance. 1. Tout d’abord la synthèse de l’individu et du groupe, important pour des êtres culturellement déracinés et qui ne peuvent supporter l’isolement et l’incertitude de la quête spirituelle individuelle. : ils bénéficient alors de confort intellectuel, de soutien affectif, solidarité sociale. Plus de cosmos sacrés, seulement des parapluies sacrés : des petits mondes portables, accessibles, relationnels.
2. La seconde synthèse est celle de l’adaptation à chaque nouvelle culture des milieux dans lesquels il se répand, tout en maintenant un souci d’orthodoxie chrétienne : référence à la Bible et à Jésus, baptême, intégrité morale. Ce qui donne une religiosité hybride, métissée, à la limite du syncrétisme. L’organisation se fait en réseaux local, national et international (stratégie des rizomes). Le converti est censé expérimenter par son corps émotionnel la force divine dans le cadre d’une communauté mondiale.
3. La troisième synthèse, et c’est un exploit, est opérée entre un archaïsme détonnant (attente permanente de miracles, omniprésence de l’exorcisme ou de la pensée magico religieuse) et une hyper modernité (utilisation des moyens de communication les plus sophistiqués).
Jésus est la solution ! devient le credo minimaliste de cette religion magie qui promet santé et prospérité à ses adeptes.
La fin du charme 1. la mondialisation relativise toute prétention à (et toute expression d’) une vérité ultime et absolue, surtout en matière culturelle ! Croire à quoi aujourd’hui ? Croire à la prétention ou à la réalité ?
2. Mais rien/tout n’est plus vrai, d’une minute à l’autre : le monde est en permanence frappé d’obsolescence !

Qu’est-ce qu’un chrétien, finalement ? 1. Alors crise identitaire : qui sommes-nous, d’où venons-nous ? On ne sait pas, on ne sait pas assez, on ne sait plus, on a oublié les racines et les ailes,
2. Absence de repères. Les repères, on ne les connaît pas plus. Comment les ré apprendre. Ceux qui prétendent être des repères n’en sont plus, parce qu’ils se sont disqualifiés ; ils ont cru que, les gens étant ignorants et avides, on pouvait leur faire avaler n’importe quoi
3. Rien ne marche plus : alors, comment faire ? Tout ça, pour quoi ? Parce qu’on a peur ! Or, la foi suppose la confiance. Comment concilier cette triple exigence : de l’identitaire, de l’autonomie et puis du bonheur. Être chrétien aujourd’hui, alors c’est quoi ?

Trois traits pour essayer de répondre à cette question.
1. On ne peut pas être chrétien si, d’abord, on n’est pas un homme,
2. Être chrétien, c’est ensuite combler ses immenses lacunes à propos de Jésus, de l’histoire de l’Église et du Christianisme, de la place des Chrétiens dans l’Histoire qui se fait, de la liberté des enfants de Dieu...
3. LE CHRÉTIEN N’EST PAS D’ABORD UN HOMME DE RELIGION, comme les autres hommes des autres religions, MÊME S’IL EST UN HOMME RELIGIEUX, ce qui est bien différent.
• Son adhésion se fait en rapport avec une personne :
• C’est l’inconscient, la vie intérieure, la personnalité et les attitudes mentales qui sont évangélisés, christianisés, spiritualisés par la personne, la révélation et les grâces de Jésus de Nazareth... d’où la nécessité d’avoir une relation personnelle avec lui, d’« homme à homme » et avec tous ceux qui croient en lui et en sa grâce.
• La vie, celle que l’on mène – souvent la seule que l’on soit en état de mener –, est le seul lieu de vérification ultime de l’authenticité de notre adhésion à cette personne de Jésus de Nazareth.
• Plus que la tolérance, c’est l’ouverture à ce qui est autre, qui peut nous faire entrer dans l’altérité historique et ontologique de l’homme Jésus qui se révèle Dieu. D’où la nécessité du silence, de la méditation, de la spiritualité, de la gratuité et aussi de la simplicité, du détachement et même de l’esthétique dans notre vie ordinaire.

Être chrétien doit résolument re-devenir un processus, une mystagogie, c’est-à-dire un développement progressif d’imagination créatrice, de réinvention de la force des origines, et d’authenticité vis-à-vis de la vie, bref une cohérence responsable.
De la Bible, voici ce que le Christianisme a su tirer, entre autres, mais qu’il ne pratique pas encore tout à fait ni ne pratiquera jamais assez :  Le sens de l’homme et de son inaliénable dignité ;
 Le respect de tout être humain, et d’abord du faible, du pauvre, de l’étranger ;
 La liberté, la fraternité, la fidélité dans l’amour, le don de soi aux autres jusqu’au sacrifice ;
 La beauté sacrée de l’enfance et des recommencements ;
 L’appel à la conversion du cœur qui donne valeur au progrès, mais aussi à l’imperfection et à l’échec ;
 L’espérance contre toute espérance qui nous fait vivre comme si rien ni personne n’était jamais définitivement perdu, comme si tout et tout le monde pouvait être sauvés...

Conclusions • Précarité et discontinuité enfin.
• Mémoire et souvenir
• Le cri de Munch

Nous, « on » nous a dit que le tombeau était vide. Définitivement vide !