DDC CALENDRIER JUIN 2006


JUIN

Je 1 • 19h Colloque« La Femme dans tous ses états»4 Nice, Maison du Séminaire

Ve 2
• Cercle Philosophia , Sophia, Fondation SA., Salle Bérény : « La Tentation volontariste & La Tentation du leurre »

• Départ pour TURIN avec le groupe Pythagore : 2-5 juin SA

Ma 6 • 9h30-12h30 : Hôpital Les Broussailles, Cannes : Conférence pour les élèves infirmières : « Sur l’accompagnement de la Fin de Vie » Cannes

Ve 9
• 10-11h30 : Intervention Congrès à Espaces Antipolis , 80 Route des Crêtes, sur la Nouvelle Anthropologie « La Médiamorphose »

• 12h15-13h45 : Cercle Philosophia , Sophia, Fondation SA., Salle Bérény : J-Marc Dagrève : « Le Christ des Philosophes 1 » SA

Sa10 • 15-23 h Foire du Livre Théoule Théoule
Di11 • 15-19 h Foire du Livre Théoule Théoule


Ma13 • 9-12h30 : enregistrement RCF Nice

Me14 • Cin&sens : Nice Rialto

Ve16 • Cercle Philosophia Sophia, Fondation SA., Salle Bérény : J-Marc Dagrève : « Le Christ des Philosophes 2 » SA
DERNIERE

Di18 • Messe dans l’Esteron Vallée de l’Esteron

Ve23 • 19h : GALA ACADEMIE CLEMENTINE
ENTREE LIBRE et GRATUITE POUR TOUS
Possibilité de dîner sur place après la conférence
Participation 28 euros (24 euros pour les membres de l’Académie Clémentine) Cannes, CINEM Lochabair
37, avenue du Cdt Bret


Lu26 • 13-15h : Centre Lacassagne, Nice : Conférence pour les élèves infirmières : « Sur l’accompagnement de la Fin de Vie » Nice







GALA ACADEMIE CLEMENTINE

L'ACADÉMIE CLEMENTINE
vous invite
à une soirée conférence avec projection
animée par
Vincent-Paul TOCCOLI

La PALERME
ARABO-NORMANDE

Vendredi 23 juin à 19 heures

CIMEM - LOCHABAIR
37, avenue du Commandant Bret
06400 – CANNES


Un apéritif de bienvenue sera offert à 19 heures
La conférence débutera à 19 heures 45

ENTREE LIBRE et GRATUITE POUR TOUS

Possibilité de dîner sur place après la conférence
Participation 28 euros (24 euros pour les membres de l’Académie Clémentine)

Prière de réserver
. au 06.10.27.13.54
. ou ac.clementine@wanadoo.fr
MERCI

Les jeunes européens, l’Église et les codes...


Quelques données :
1. Au 1er janvier 2004, la population de l'Union Européenne à 25 s'élevait à 456,7 millions d'habitants. Ce qui place l'U.E. au 3e rang mondial, derrière la Chine et l'Inde, avec 7,2% de la population mondiale. C'est également une des régions du monde les plus densément peuplées avec 112 hab. /km².

2. En Europe, on peut espérer vivre jusqu'à 77,9 ans, un peu moins pour l'homme (74,7 ans) et un peu plus pour la femme (81,3 ans).

3. Actuellement, il y a presque autant de jeunes que de personnes âgées au sein de l'U.E. comme en témoigne ces chiffres :

- 16,4% de la population a moins de 15 ans - et 16,3% a plus de 65 ans.
Cependant, la tendance est au vieillissement de la population européenne, la part des plus de 65 ans devrait augmenter progressivement alors que celle des moins de 15 ans devrait baisser régulièrement

4. La grande majorité des européens sont chrétiens (85% de la population) :
o 61% sont catholiques
o 21% protestants
o 3% orthodoxes


L'Union Européenne a assigné aux États (en matière d’éducation) un objectif chiffré à l'horizon 2010. Le dernier rapport de la Commission, qui vient d'être publié, montre que les progrès sont trop lents. Voici, touchant les générations de demain, quelques chiffres inquiétants qui ne laissent pas de faire penser.
(Cinq critères pour évaluer le système éducatif par Thomas Ferenczi, LE MONDE 25.05.06)


TROIS CHIFFRES

1. Près de 6 millions de jeunes sortent prématurément du système éducatif, soit 14,9 % des 18-24 ans.
2. Près d'un élève de 15 ans sur cinq lit mal (19,8 %), soit plus de 1,2 millions
3. Près d'un jeune sur quatre (22,7 %) n'arrive pas au terme du deuxième cycle du secondaire. (plus de 1,3 millions)

De tels chiffres indiquent l’énormité de la tâche qui attend tous ceux qui s’adonnent ou se dévouent à l’éducation et la formation des générations du futur. En tant qu’enseignant, écrivain, psychanalyste et prêtre, j’en mesure chaque jour l’étendue. Ayant déjà 64 ans, je n’aurai sûrement pas la chance tragique de constater in persona les conséquences inimaginables d’un tel état des lieux que connaîtront ceux, s’il y en a en 2030, qui prendront la/ma relève ! Ainsi

1. 6 millions de jeunes gens européens, garçons et filles mêlés, restent actuellement sur les bords de la route du système éducatif. Ils se marieront dans quelques années (2010-2015) et engendreront 1.6 enfants par femme nubile, avec la perspective qu’un mariage sur deux coule, laissant ces quelque 10 millions d’enfants en situation monoparentale. D’autre part, autant la majorité des mères séparées restent seules pour élever leur enfant, autant l’homme, le père séparé, va ailleurs ré exercer une paternité (responsable ?). Ajoutons donc encore près de 3 millions d’enfants « illégitimes » : ce qui donne en perspective à l’horizon 2015

o 13 millions d’enfants supplémentaires en manque de stabilité familiale
o et 3 à 5 millions de familles monoparentales supplémentaires
QUESTION : comment le système éducatif qui a laissé pour compte les 6 millions jeunes de 2006 sera-t-il capable de ne point récidiver en 2015 pour les 13 millions qui vont suivre ?

2. Plus d’1,2 millions d’adolescents de 15 ans ne savent pas lire ou lisent mal ! Ce sont eux qui prioritairement seront abandonnés par le système.

QUESTION : comment un système scolaire basé encore sur « la chose écrite et lue » -et qui utilise une langue (la plus belle, mais très) complexe -, doit-il s’y prendre pour donner à ces générations « les mots pour le dire » ? Si lire continue de signifier « lire les mots du dictionnaire », sans intégrer ni le langage numérique, ni l’iconique, ni le rap, ni le sonore ; si lire n’intègre ni commercial et publicité : comment parler, de quoi parler, avec quel partenaire parler ?

3. Plus d’1,3 millions de ces adolescents n'arrivent pas au terme du deuxième cycle du secondaire. On peut le comprendre s’ils savent à peine lire, dans un système ou l’« oral/écrit » est toujours la clé pour accéder au savoir officiel et reconnu ! On peut aussi imaginer la dose d’amertume et de révolte qui peut bouillir dans les poitrines de filles et de garçons qui viennent de galérer plus de 6 ans dans un système inadapté à la culture (bonne ou mauvaise, l’histoire le dira !) qui est la leur !

QUESTION : comment entrer dans un monde qui ne supporte plus qu’on soit simplement bon, meilleur ou le meilleur, dans un monde qui ne reconnaît que l’excellence ! Et pour un temps seulement, car sur le site international de Sophia Antipolis, par exemple, on est vieux à 35 ans ! Comment éviter de devenir les esclaves de la nouvelle Metropolis ? Émigration, expatriation ?

Bien sûr que ces chiffres se recoupent, et qu’il ne faut se laisser aller à aucun catastrophisme. Il n’empêche que la langue (parlée), la formation de la « conscience » (Gewissensbildung comme on dit outre Rhin), et l’expression culturelle valent ici, dans l’Hexagone, comme dans tout autre pays, dit « développé ou « émergent ».

Je prétends qu’en France
1. nous parlons toutes sortes de langues étrangères en utilisant le français ;
2. nous ignorons la conscience, en brandissant les étendards de la neutralité et de la laïcité
3. et nous décrétons la valeur d’une culture en fonction de critères désormais obsolètes.
Je prétends de plus que nous semblons incurables et mériterions d’être internés dans des « états d’exception », comme autant de « réserves » de soins palliatifs !

Me reviennent à l’esprit deux exemples de notre atavisme culturel - le premier, double, d’ordre mythique, l’autre historique -, que je comprends de mieux en mieux au fur et à mesure que je prends la mesure et pénètre les causes de notre incapacité acquise à transmettre.

Babel et Pentecôte ne sont pas à expliquer de façon merveilleuse, par, d’une part, l’invention soudaine de la diversité des langues pour que les bâtisseurs de la Tour ne puissent plus communiquer, et d’autre part l’invention d’un espéranto qui va mettre en banqueroute tous les Assimils du monde ! La cause de l’incompréhension babélienne est

a. le pur résultat des interprétations communautaristes qui travestit jusqu’au sens des mots, et fait que noir veut dire soudain blanc,
b. le n’importe quoi qui devient l’important
c. et les coupe-gorge de la politique économique qui ont « irakisé » la planète, après l’avoir « balkanisée » !


Le royaume de Chou (Chine du nord- ouest), à l’époque Kong zi (Confucius) - comme à la même époque, Socrate à Athènes, et un certain Siddhârta entre Sarnath et Kusinagara, dans le Nord de l’Inde -, avait un roi qui aimait à prendre conseil auprès du père de l’éthique chinoise. Quand le roi lui demanda comment gouverner sans contestation, il s’entendit répondre : Change le sens des mots ! (C’est pourquoi, l’érection de l’Académie Française en forteresse de la langue française par le Cardinal de Richelieu fut, à son insu, une victoire prophétique de la démocratie républicaine et des droits de l’homme !)

La langue, l’idiome, les mots.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément !

Ô mânes de Boileau ! Que devez-vous souffrir de ce salmigondis qui confond le centre avec la périphérie et le mot avec la chose, quand ce n’est pas le vide avec le plein !

L’Église elle-même, oui elle aussi - pourtant Mater et Magistra -, ne veut/peut pas en prendre conscience ! Comme dans la psychose obsessionnelle, elle continue d’arpenter des chemins sans issue (les fameux Holzwegge de Martin Heidegger, ces chemins de coupe dans la forêt qui ne mènent qu’au point où les bûcherons se sont arrêtés d’abattre les arbres : on ne peut aller plus loin, il faut rebrousser chemin, et chercher une autre voie d’accès.). La langue de l’Église, - qu’elle soit déclarative, énonciative, exclamative, interrogative, qu’elle soit négative ou positive -, ne parle qu’un jargon accessible seulement à ceux qui en ont les codes, et encore, s’ils sont attentifs : car eux-mêmes doivent faire un effort tel qu’ils sont épuisés avant la fin !

Trois exemples :

1. Prière pour le dimanche de la Sainte Trinité, 11 juin 2006 (PeE p.82) : « Dieu notre Père,
1. Tu as envoyé dans le monde ta parole de vérité (Jésus, le Verbe, je présume)
2. et ton esprit de sainteté (le Saint-Esprit, je présume encore)
3. pour révéler au monde ton admirable mystère (le mystère de la Sainte Trinité, je présume enfin);
4. donne-nous de professer la vraie foi (il faut présumer qu’il y en a une fausse)
5. en reconnaissant la gloire (cela veut dire quoi ?)
6. de l’éternelle Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit, donc),
7. en adorant son Unité toue puissante (donc un seul dieu en trois personnes).
Par J-C.... »

• Qui parle cette langue, même chez les catholiques pratiquants ?
• Qui aura saisi le 10° de ce cours de théologie dogmatique en 7 points?
• A quoi ces mots vont-il servir dans le quotidien de la foi chrétienne des croyants ?
• Ont-il été seulement écoutés, voire entendus ?
Et le tout dit en moins de trente secondes !

2. A la question (que personne ne se pose !) : « Qui agit dans la liturgie ? », le Catéchisme de l’Église Catholique, Abrégé, répond, N° 133, p 107 (cet abrégé comporte 598 N°s & 290 pages !) :

« Dans la liturgie,
1. c’est le Christ total (« Christus Totus »), (comme si le latin va éclairer utilement l’expression vernaculaire !)
2. Tête et Corps, qui agit (on ne pourra penser qu’à l’émission « La Tête et les Jambes » !)
3. En tant que Souverain Prêtre, (qu’est-ce peut être un prêtre sui soit souverain, chez un des jeunes dont nous parlions plus haut ?!)
4. Il célèbre avec son Corps, (imaginons le saut métaphorique qui est ici exigé)
5. Qui est l’Église du Ciel (voilà maintenant l’invisible qui s’en mêle)
6. Et de la Terre ». (l’Église Catholique Romaine, donc).

3. Le Pape Benoît XVI, ex Cardinal Ratzinger, ex Professeur Ratzinger le sait bien, lui, le théologien, que le vocabulaire produit l’Histoire plus que l’Histoire ne le produit, et que le sens varie, sans que jamais ne soit atteint sa vérité définitive ! Car si un jour c’était le cas, alors nous aurions atteint l’u-topos υτοπος, le lieu du non-lieu, « le séjour de Dieu ». Voici le § 2 de l’encyclique « Deus Caritas est » :

L'amour de Dieu pour nous est une question fondamentale pour la vie et pose des interrogations décisives sur qui est Dieu et sur qui nous sommes. À ce sujet, nous rencontrons avant tout un problème de langage. Le terme «amour» est devenu aujourd'hui un des mots les plus utilisés et aussi un des plus galvaudés, un mot auquel nous donnons des acceptions totalement différentes. Même si le thème de cette encyclique se concentre sur le problème de la compréhension et de la pratique de l’amour dans la Sainte Écriture et dans la Tradition de l’Église, nous ne pouvons pas simplement faire abstraction du sens que possède ce mot dans les différentes cultures et dans le langage actuel.
Rappelons en premier lieu le vaste champ sémantique du mot «amour» : on parle d’amour de la patrie, d’amour pour son métier, d’amour entre amis, d’amour du travail, d’amour entre parents et enfants, entre frères et entre proches, d’amour pour le prochain et d’amour pour Dieu. Cependant, dans toute cette diversité de sens, l’amour entre homme et femme, dans lequel le corps et l’âme concourent inséparablement et dans lequel s’épanouit pour l’être humain une promesse de bonheur qui semble irrésistible, apparaît comme l’archétype de l’amour par excellence, devant lequel s’estompent, à première vue, toutes les autres formes d’amour. Surgit alors une question : toutes ces formes d’amour s'unifient-elles finalement et, malgré toute la diversité de ses manifestations, l’amour est-il en fin de compte unique, ou bien, au contraire, utilisons-nous simplement un même mot pour indiquer des réalités complètement différentes ?

Dei amor nobis quaestio est de vita principalis atque interrogationes fert decretorias quid sit Deus quidque simus nos. Hac de re nos ante omnia vocabulorum impedit difficultas. Verbum enim « amoris » nostra aetate factum est unum ex maxime adhibitis vocabulis et etiam pessime tractatis, cui videlicet interpretationes addimus prorsus inter se adversantes. Etiamsi harum Litterarum Encyclicarum argumentum in ipsam intelligentiam atque usum amoris dirigitur apud Sacras Litteras et Ecclesiae Traditionem, non possumus tamen simpliciter recedere a significatione quam idem verbum varias apud culturas et in hodierno sermone obtinet.
In primis meminimus Nos latissimae verborum provinciae quam occupat vox « amoris »: de amore patriae agitur, sicut et de amore in proprium vitae munus, de amore inter amicos, de amore erga proprium opus, de amore inter parentes filiosque, inter fratres ac familiares, de amore in proximum deque amore in Deum. Hac profecto in significationum multitudine tamen excellit amor inter virum ac mulierem, ubi corpus animaque inseparabiles concurrunt et ubi etiam promissio felicitatis hominibus recluditur quae recusari videtur non posse, perinde ac amoris per excellentiam imago perfecta, ad quam primo intuitu cetera universa amoris genera deflorescunt. Hinc oritur quaesitum: omnesne amoris hae formae tandem consociantur et amor ille, etiam ipsa in varietate propriarum demonstrationum, denique unicus et solus est, an contra eodem uno vocabulo utimur ad res prorsus diversas significandas?


Ce qui « marche » actuellement,
• ne requiert ni la culture, ni l’intelligence, ni l’amour de la vérité,
• mais joue sur le tohu bohu des héritages traditionnels, sur la stupidité érigée en liberté de pensée et sur l’excitation des sensations primitives.

L’exemple ad hoc ces temps-ci, - le paradigme -, c’est le Da Vinci Code bâti d’une main de maître par un « Père du mensonge » sur

• le déficit culturel de la transmission,
• le ridicule institué en droit d’expression
• et le spasme précaire de la mémoire polluée.

Mais ne nous en prenons à personne d’autre que nous-mêmes : nous avons les héritiers et les descendants que nous méritons, et Dan Brown, nouvel Homère de la globalisation des marchés de la culture audiovisuelle de gare de triage, nous révèle, via la déesse SonyAmateratsu et le Trismégiste Gau-Col-Tris

• d’une part que la descendance du Jésus et de la Marie-Madeleine apocryphes (oui, çà existe !) n’est autre qu’Amélie Poulain,

• et d’autre part que le chevalier Perceval de la Cène Ronde n’est autre que Forest Gump, alias Bob Langdon qui découvre dans une extase PeïLouvresque que le saint vase est une nana et le royal sang un spermifuge !

Chacun son hasch ! Nous consommons le nôtre depuis pas mal de temps !
Cette génération, issue de la puce et de l’e.trade, a le sien
:

et le hasch elle aime!

A Steven Spielberg, pour les JO de Pékin 2008

Je laisse
la place et m’associe à cette lettre qu’adressent deux
journalistes français à Steven Spielberg, qui vient d’accepter d’être
le conseiller
artistique des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux
Olympiques, Pékin
2008.

 

Cher Steven
Spielberg,

Vous venez d'accepter
d'être le
conseiller artistique des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux
olympiques qui se dérouleront à Pékin en 2008. Connaissant votre
attachement à
la liberté d'expression, nous souhaitons vous faire part de notre
étonnement. A
la veille du 17e anniversaire du massacre de la place Tiananmen, le 4
juin
1989, la situation des droits de l'homme en Chine reste exécrable. Ces
Jeux
olympiques de Pékin risquent de se dérouler dans un climat de
répression et de
censure, même si les autorités chinoises promettent une fête de la
liberté.

La Chine populaire a
connu, au
cours des deux dernières décennies, des changements considérables. Mais
le
Parti communiste chinois n'a pas renoncé à son emprise sur le pouvoir
et les
voix dissidentes sont toujours réprimées. Pour mieux comprendre la
situation
des exclus du "miracle chinois", nous nous sommes récemment rendus en
Chine et au Tibet. Certes les atrocités de la "révolution culturelle"
ont été réparées, mais le peuple tibétain, par exemple, vit toujours
sous le
contrôle policier de la Chine, considérée par les habitants comme une
puissance
occupante.

En tant que
conseiller artistique
des prochains Jeux olympiques, il vous faudra évoquer l'histoire
millénaire de
la Chine. Comment témoigner de cette épopée sans parler des morts qui
jonchent
le chemin parcouru ces cinquante dernières années ? Comment magnifier
Pékin et
ses monuments sans rendre hommage aux étudiants tués sur la place
Tiananmen ?

Jamais Pékin n'a
exprimé le
moindre regret concernant le massacre de civils réclamant la
démocratie. Les
familles des victimes sont harcelées par la police. Et il y a fort à
parier
que, pendant les Jeux, les mères des étudiants de Tiananmen seront
placées en
résidence surveillée pour les empêcher de rencontrer les journalistes
étrangers.

Vous avez expliqué à
Pékin que,
pour vous, les Jeux olympiques étaient une "occasion de donner au monde
un
goût de paix, d'amitié, de coopération et de compréhension". Mais les
autorités chinoises vous ont-elles garanti que les droits de l'homme
seraient
respectés pendant les Jeux ? Récemment, le gouvernement a censuré des
stars
internationales, comme les Rolling Stones, et les oeuvres d'art
contemporaines
de Gao Qiang et de Huang Rui. Un autre artiste, Wu Wenjian, a passé
huit ans en
prison pour avoir manifesté en faveur de réformes démocratiques en
1989. En
Chine, les "gens aiment oublier, a-t-il récemment rappelé, mais le rôle
des artistes est d'empêcher ces oublis. Même lorsqu'on nous en empêche".

Avec la Liste de
Schindler, vous
avez montré combien il était important de faire vivre les héros
discrets de
l'histoire. Or, en Chine, ces défenseurs de la liberté d'expression et
de
création sont mis au ban de la société.

Par cette lettre,
nous souhaitons
simplement vous alerter et entamer un dialogue alors qu'il reste moins
de 800
jours avant la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques.

 

LE MONDE
| 25.05.06 | 14h09

 

Signé

Robert
Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Patrick
Poivre d'Arvor, journaliste.

-- 


Vincent-Paul Toccoli, sdb
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Mob. :+33 (0) 610 366 864
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"On ne choisit pas sa vocation, on la reçoit!" (Charles de Foucauld)
"If only I had a little humility, I'd be perfect!" (Ted Turner)

DVC

"décoder le

Da Vinci code"



Le père Vincent-Paul Toccoli
ne boycottera pas le film"Da Vinci Code", projeté aux Variétés et au Rialto.
Mais il n'entend pas laisser Hollywood lui dicter sa Vérité sur Jésus!



Nice Matin Interv A. Carini
« J'ai lu Da Vinci Code, je me suis royalement emm...".
Le père Vincent-Paul Toccoli organise pourtant deux débats,
Demain et jeudi soir aux cinémas Variétés et Rialto. Le directeur diocésain de la culture ne boycottera pas le film tiré du livre best-seller, car "je suis
sûr que Tom Hanks y est formidable, et j'adore Jean Reno". Mais cet
écrivain psychanalyste entend rétablir certaines vérités.
- Pourquoi un tel succès pour " Da Vinci Code "?
l existe une attente des gens pour quelque chose de
merveilleux
et de sensationnel, car beaucoup sont déçus par la réalité quotidienne.
Pour
faire de l'argent, certains exploitent notre goût pour le mystère et
le
complot.
- Que reprocher exactement à Dan Brown ?
Il fait un amalgame entre des éléments
historiques,
pseudohistoriques (non prouvés), des textes des Evangiles et des
écrits
fantaisistes, mêle
l'histoire des Templiers
avec un prétendu secret de Jésus pour élaborer sa
thèse sur
une descendance cachée du Christ. Dan Brown est un fieffé menteur, mais
il a su
en tirer un polar.
- En quoi scandalise-t-il l'église catholique?
Dan Brown remet inévitablement en question la
nature
divine du Christ, et prétend que l'Église a caché tout
ça parce qu'elle est contre le sexe et contre la
femme.
"Da Vinci Code "la met en colère parce que finalement, dans cette
crise de l'intelligence que nous traversons, le n'importe quoi
l'emporte.
- Comment doit plutôt réagir ?
Elle doit se mettre un bon coup de pied au
derrière! "
Da Vinci Code" peut être un mal pour un bien si l'église trouve les
mots
et moyens de répondre à ce défi. Aujourd'hui, elle ne sait plus
s'adresser
aux nouvelles générations. Pourquoi ne finance-t-elle pas des films
religieux,
plutôt que d'en laisser le soin à Pasolini ou Met Gibson ?
- Le
soufflé
" Da Vinci Code" peut retomber?

Après la carrière du film, ça se calmera et les
gens seront
avides d'un autre mystère, d'un autre complot. A l'Église de savoir
rendre le
message merveilleux de Jésus!

NICE PREMIERE Interv F. Viano
Nice Première : Père Toccoli, comment vous positionnez-vous face au film Da Vinci Code ?
Père Toccoli : Je n’ai pas vu le film. Personne ne
l’a
encore vu. En dire quoi que ce soit avant de l’avoir vu serait une
imposture...
Du film je peux dire seulement que j’aime les deux acteurs masculins :
Tom
Hanks et Jean Reno ; que j’apprécie moins « Amélie » et que
j’attends beaucoup de Ron Howard dont le style de mise en scène me
plaît !
Bien sûr le film se base sur le livre de Dan Brown, dont je peux dire
aussi,
pour l’avoir lu en anglais et en français, qu’il est à la fois un bon
roman de
gare, un thriller à rebondissement, un peu longuet à mon goût (je me
suis forcé
pour aller jusqu’au bout, et la finale est franchement décevante !),
mais
aussi, et pour le coup, une vaste imposture mélangeant comme à plaisir
( ?) des faits historiques et d’autres d’ « heroic fantasy »,
inexactitudes, inventions et bruits de colportages, et surtout, maniant
avec un
art consommé la théorie du complot : « On » nous cache des
choses, que ce soit aujourd’hui l’Eglise et l’Opus dei, comme hier les
Jésuites
et les Sages de Sion. Et comme les gens s’ennuient (parce qu’ils sont
fatigués)
et sont déçus (à juste titre) par des institution à bout de souffle,
tout est
bon qui désigne un coupable. Cette fois-ci, l’Eglise Catholique Romaine
est le
bouc émissaire ! Ah pôvre Jésus, Ah pôvre Marie-Madeleine, Ah pôvre
Léonardo (de Vinci, pas di Caprio !).

NP : Vous présentez le film ce soir à Nice au Rialto. Pourquoi
cette présentation ?

PT : Pour mener le combat de l’intelligence contre
les
pouvoirs de la manipulation et du mensonge. Informer, éclairer,
corriger et
révéler, autant qu’il m’est possible, la vérité objective. Œuvre de
salubrité
citoyenne et spirituelle.

NP : Mgr Amato a appelé au boycott du film. Ne pensez-vous pas que
c’est lui donner une trop grande importance ?

PT : C’est effectivement donner une trop grande
importance à Mgr Amato qui est comme moi d’ailleurs Salésien de Don
Bosco. Mais
ce n’est pas donner trop d’importance à un événement (pseudo-) culturel
qui
monopolise (malheureusement, c’est certain) la planète entière. Les
hommes sont
friands d’images, comme les pandas de pousses de bambou : aux pandas il
en
faut 25kg par jour. L’homme se nourrit à 24 images /seconde ! Ces
images
resteront dans l’inconscient et elles surgiront toujours entre la
réalité et la
conscience. Il faut contribuer à l’assainissement des sols mentaux de
nos
concitoyens. Ne pas mépriser son ennemi, comme dans les arts martiaux :
étudier son point faible et lui démontrer qu’il aurait tort de nous
attaquer.
Le dissuader !

NP : "Si ces offenses avaient été dirigées vers le Coran ou la Shoah, elles auraient provoqué une révolte mondiale. Parce qu’elles sont dirigées vers l’Eglise Catholique, elles resteront impunies.". A votre avis à quelles punitions fait référence Mgr Amato ?
PT : Il fait sûrement allusion aux destructions
des
biens et des personnes, après la parution des fameuses caricatures, je
suppose.
Mais cette agitation verbale et revancharde ne sert de rien. Le mal
existe ; il ne suffit pas de le vilipender ou de le condamner. Il faut
être sur le terrain des opérations, et répondre par des initiatives et
des
actions appropriées et non par des paroles de « faiseur de
pluie ! » Chacun là où il est ! Et l’information pédagogique est
encore la meilleure riposte ... tant qu’on croit bien sûr que la vérité
finira
par triompher !

NP : Le Diocèse de Nice sera présent au prochain Festival de
Cannes. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette présence de l’Eglise
dans le temple du cinéma ?

PT : D’abord ce n’est pas un temple : c’est un
marché, un emporium et un centre d’affairisme de tous ordres. Si c’est
un
temple tout de même, alors Jésus y est allé lui aussi, et vous savez
qu’il l’a
nettoyé ! Et qu’on lui en a mortellement voulu !

NP : Quels sont les projets à venir du Père Toccoli ?

PT : Des tas ! Et dans le désordre : un
cabinet de coaching spirituel et une école Montessori sur Sophia, une
paroisse
sur le net, un festival des arts japonais contemporains, un music hall
baroque
sur l’Apocalypse de St Jean, un groupe de recherches sur
l’Accompagnement des
personnes en fin de vie, un forum professionnel pour les vocations
sacerdotales
et religieuses......


---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
JE DECODE,

TU DECODES,

IL DECODE ....
..

Deux fins d’après midi, non stop de

18h30 à 20h
mardi 23
& mercredi 24 mai

EGLISE DE SAINT PIERRE D’ARENE
Rue de la Buffa


1. Vous entrez.
2. Vous écrivez une question si vous voulez.
3. Vous allez vous asseoir.

&

Le Père Vincent Paul Toccoli,
Délégué Diocésain à la Culture
répond ...

NB : Le Rialto, rue de Rivoli, est à 100m.
Si vous désirez voir le film à la suite
À 20h30



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Vincent-Paul Toccoli, sdb
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40 rue Vernier
F-06000-NICE
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"On ne choisit pas sa vocation, on la reçoit!" (Charles de Foucauld)
"If only I had a little humility, I'd be perfect!" (Ted Turner)


CERCLE PHILO – SOPHIA

CERCLE PHILO – SOPHIA : Intervention du 12 / 05 / 06

Eve Depardieu


De l'héritage : tradition et transition
3 principaux axes de réflexion :
I – De quoi est faite la tradition ? Etymologiquement c'est un don (du verbe latin tradere, transdere, de dare = donner, qui est livré, remis, transmis, que l'on fait passer (trans-dare) : cela désigne donc quelque chose de gratuit dont quelqu'un se défait et qui pourvoie ceux qui le réceptionnent. N'est-elle pas alors, dés son origine, sujette à contestation ou, en elle-même, une puissance de contestation, car il reste à savoir qu'elle est la nature de ce don, qui le prodigue, pourquoi et à destination de qui ? Voir les travaux en cours du philosophe Philippe SIMAY, Directeur des programmes du Collège International de Philosophie.

II - De la différence entre transmission et transition: il y a l'action de faire passer quelque chose à quelqu'un et la façon de le faire passer, autrement dit, l'art et la manière : la trans-mission est de l'ordre de l'art d'émettre, d'envoyer et de destiner, de faire parvenir à destination; la trans-ition est le passage lui-même, la manière dont se déroule le déplacement, le voyage, en passant d'un état ou d'un lieu ou d'une étape à l'autre, donc un stade intermédiaire, un entre-deux. D'où l'importance des apports de toutes les sciences humaines qui étudient comment se créent ou se défont des liens, c'est-à-dire toutes les situations en interfaces et interrelations. Voir la médiologie, avec les recherches de Regis DEBRAY (étude de la fonction "medium" et de l'interaction tradition-innovation, des transferts de contenus culturels, des moyens de transport et de transit = lieux de passage).

III - Des jeux et manipulations de la mémoire, comme lieux de transit de l'héritage du passé : du devoir de mémoire à la tentation de l'oubli, et leurs dérapages idéologiques (du nihilisme au totalitarisme, du révisionnisme au négationnisme, de la remise en question individuelle à l'examen de conscience collectif, avec la médiatisation de scènes de confession, de repentir et de pardon). Voir les travaux de ARENDT, de RICOEUR, de BOURDIEU, de LYOTARD, et l'actualité philosophique.

Héritage et tradition sont deux notions très liées dans leur rapport à la temporalité, au passé, et dans la livraison au présent de contenus tant matériels que spirituels : on pourrait dire "hériter ou ne pas hériter", telle est la question ! Une des questions les plus traditionnelles de la philosophie et aussi de la théologie, rejoignant la question de l'inné et de l'acquis, de l'origine de la pensée et de sa finalité, pour ce qui est de la philosophie, et rejoignant la question des fondements de la foi, du sacré et de la transgression, en ce qui concerne la théologie.

Que l'on accepte ou rejette un héritage avec les traditions qui lui sont attachées, n'a-t-on pas nécessairement besoin de ce fil conducteur pour orienter et donner un sens à chaque vie prise individuellement ? "Nous sommes tous des héritiers", puisque issus d'êtres préexistants auxquels nous succédons dans l'espace-temps en suivant un difficile parcours semé d'accidents et d'embûches, tout au long d'un processus d'adaptation au milieu et de lente maturation : nous recevons un certain nombre de composantes physiques déterminantes auxquelles s'ajoutent, dans le meilleur des cas, des supports affectifs et éducatifs, à partir desquels nous nous développons et construisons, si tout va bien, une personnalité à part entière. Nous sommes donc, au départ, immergés dans une matière foisonnante dont nous sommes imprégnés, mais pas seulement passivement, car il nous faut participer activement au développement et au renouvellement du processus. En tant que futurs reproducteurs, nous nous retrouvons comme investis d'une mission, celle d'assurer la continuité, c'est-à-dire de conserver les données afin de les retransmettre si possible en bon état, donc placés d'emblée face à une responsabilité de conservateur, de gardiennage et d'entretien (se porter garant du donné). Que l'on soit déiste ou athée, la question n'en reste pas moins : pourquoi assumer une telle responsabilité ? Comment en accepter la charge ? Quelle est la marge de liberté, de création et d'innovation individuelle dans cette affaire ? Y en a-t-il seulement une ? Ne sommes-nous pas réduits, comme l'ont montré, chacun à leur manière, philosophes et théologiens, à jouer le rôle d'antennes, de récepteurs-émetteurs qui ne font que recevoir puis retransmettre des données, de simples reproducteurs-immitateurs-répétiteurs, ou de simples passeurs, des relais d'information, donc les instruments d'un projet ou d'une projection mystérieuse dont nous ne voyons ni les tenants ni les aboutissants, mais dont nous supportons bel et bien au quotidien, de manière répétitive, tous les aléas ?

Quel choix avons-nous ?

Lors de la procréation, notre engendrement consiste en la transmission d'un patrimoine génétique issu de deux gamètes différents, mâle et femelle. A partir de leur fusion, se compose un nouveau génotype contenant les caractéristiques particulières qui font de nous un individu spécifique distinctement identifiable mais qui conserve les empreintes de ses deux origines (ce qui permet de retrouver quasi infailliblement les liens de parenté). En venant au monde nous sommes donc porteur de gènes jouant un rôle déterminant dans nos caractéristiques physiques et dans notre quantum d'énergie vitale, support de notre façon d'être : de réagir, de nous positionner face à autrui et aux évènements. Nous héritons aussi inévitablement des données propres aux conditions particulières de notre naissance et de notre milieu de vie (conditions familiales, sociales, économiques, culturelles, historiques et politiques, religieuses ou spirituelles), plus ou moins favorables au développement de l'ensemble de nos capacités, et même en cas de défaillance des parents biologiques, l'entourage ou la société prend le relais (institutions, associations, aide sociale à l'enfance, famille d'accueil, adoption) !
Nous faisons donc intégralement parti d'un processus génératif, et si nous restons, tout au long de notre existence, socialement intégrés, nous sommes à chaque instant concernés par cette question de l'héritage avec les traditions qui s'y rattachent, à commencer sur le plan juridique, en tant que bénéficiaire potentiel, héritier réservataire ou légataire, et en tant que futur donateur, même sans héritiers directs : le Droit des Successions, partie très ancienne du Droit, désigne, avec solennité, les héritiers potentiels légitimes, et régule la transmission des patrimoines de générations en générations, même en l'absence de filiation et de tous liens de sang, car il existe, d'une part, les libéralités (dons, legs par testament) grâce auxquelles la volonté individuelle peut s'exprimer et être respectée après le décès, avec la force exécutive du droit, et, d'autre part, il y a la vocation successorale de l’Etat qui, en plus des prélèvements fiscaux obligatoires, (droits de mutations), peut tout prendre quand la famille est défaillante et en l'absence de légataires nommément désignés. Mais pour que ce droit s'exerce, il faut un fait primordial : la mort d'une personne humaine dont la disparition, par dissolution du corps, laisse néanmoins des traces : des parents (descendants, ascendants, collatéraux), ou des relations (amis, associés, collaborateurs, cocontractants), et des biens, des meubles, des immeubles, des œuvres matérielles et intellectuelles, ou, dans le pire des cas, des dettes et des obligations… Aujourd'hui, il est possible de refuser une succession, mais pendant longtemps, les héritiers ont été redevables des fautes commises par leurs ascendants, comme marqués à la naissance par un sceau indélébile !

L'expression juridique de notre ancien droit serait presque poétique : "le mort saisit le vif", soulignant, par là, la vitalité réelle d'une volonté humaine de résistance à l'anéantissement, cherchant par tous les moyens à préserver les acquis issus des efforts des générations passées et d'assurer ainsi une continuité patrimoniale qui permette aux groupes et sociétés humaines, et donc à des civilisations entières, de survivre et de se développer, en dépit des menaces de destructions apocalyptiques, sans avoir, à chaque génération à tout recommencer à zéro !

Il y a, derrière tout cela, et nous en venons aux aspects plus philosophiques, une aspiration profonde à comprendre ce qui relie la mort et la vie : il y a ce désir mystique d'éternité et donc d'immortalité qu'exprime bien le principe juridique de la continuation de la personne du défunt, dont les volontés continuent à être exécutées par les vivants, et il y a aussi ce rêve d'unité indivisible, de lien sacré à travers les actes d'amour pour la vie et pour autrui que sont le don, le partage et la gratuité de la décision prise par chacun de nous, avant de mourir, de transmettre son patrimoine, ses biens propres et ses oeuvres, afin d'assurer un avenir meilleur aux proches, au clan, à une institution, où à quelqu'un en particulier ... car en fait, nul n'y est tenu, ce n'est pas une obligation : tout patrimoine peut être dilapidé ou détruit par son propriétaire, volontairement, de son vivant ! Une société aussi est capable de rejeter et renier son passé et de l'anéantir en essayant d'effacer toutes les traces, de même au niveau des civilisations…

Cependant, ces possibilités de conservation des traditions et de cession de patrimoine engendrent inévitablement des conflits, face à l'existence de tant d'inégalités de fortune entre les individus avant même leur venue au monde, tant de disproportions (sans parler des conflits qui opposent les héritiers), qui alimentent les sentiments de frustration et d'injustice, qui attisent l'envie, les jalousies et des haines familiales et sociales incoercibles, causes d'agitation et de désordre politiques dans toutes les sociétés, s'ajoutant aux difficultés d'une condition humaine déjà confrontée et déchirée par tant de contradictions : prise entre la vie et la mort, le fini et l'infini, l'amour et la haine, le plaisir et la douleur, la guerre et la paix, la soumission et la révolte, l'acceptation et le rejet, le lien et la rupture, etc.

C'est pourquoi le discours des philosophes, sur cette question de l'héritage, en particulier l'héritage religieux et historique, va être d'emblée très critique et méfiant, d'autant que ça touche aux problèmes de l'origine des inégalités entre les hommes et les femmes et donc à la question du juste et de l'injuste et de la présence et de la perpétuation du mal ! Il va en dénoncer la sacralité, la lourdeur, les contraintes que tout patrimoine fait peser sur les héritiers au détriment de leur liberté d'être, de penser et d'agir : en insistant sur le fait qu'un héritier, en sa qualité de successeur, reste avant tout soumis à la volonté du défunt, donc plus attaché à la mort qu'à la vie, au passé qu'à l'avenir, et qu'il faut donc en prendre conscience afin que cet attachement ne devienne pas une entrave ! Ce discours sera renforcé par celui des théologiens qui, cherchant à décrypter la volonté d'un Dieu et à exposer le projet divin concernant les humains, voient dans cette avidité primaire à posséder des biens temporels, la cause des nombreux désordres existentiels et donc l'obstacle majeur au développement d'une vie spirituelle sereine uniquement préoccupée à nourrir sa foi. La philosophie et la théologie visent le même objectif : la libération des êtres humains de toutes formes d'emprisonnement, de souffrance et d'aliénation (la liberté de penser, pour les philosophes, le salut de l'âme, pour les théologiens) mais avec des méthodes et des contenus différents et concurrentielles.

Les philosophes poursuivent le combat contre toutes les superstitions liées à la peur de la mort, véhiculées par les mythes, contes et légendes remplis d'histoires de fantôme, d'esprits vengeurs et de menace de châtiments infernaux. Il s'agit de combattre ces peurs ancestrales infantilisantes et aliénantes : cette idée primitive d'une continuité de la vie du défunt par-delà la mort, l'idée que l'être humain décédé renaîtrait dans sa descendance et la hanterait au point que celle-ci serait tenue de recevoir l'héritage, de le respecter tel quel, bon ou mauvais, et de rendre des comptes, en s'acquittant également des dettes, en expiant les fautes de génération en génération, comme cela a été longtemps effectif dans nos sociétés; jusqu'à la révolution culturelle libérale qui a mis fin aux anciens régimes, séparé l'Eglise et l'Etat, le privé et le public : avec cette avancée juridique essentielle qui rend l'individu civilement et pénalement responsable uniquement des actes commis de son vivant volontairement ou accidentellement (responsabilité sans faute), et non pas en tant que porteur héréditaire de la soi-disant faute originelle de ses tous premiers géniteurs ou de quelques ancêtres : il n'est plus question aujourd'hui d'accepter de payer de sa personne indéfiniment pour les morts, ni de vivre avec la crainte d'attirer sur soi et sa parenté des malédictions, persécutions et tourments éternels. En finir donc avec les préjugés qui condamnent et discriminent un enfant avant même qu'il soit né du fait de sa parenté, de son identité et de ses appartenances. De même pour les peuples entiers, mais là, avec d'infinies complications dues aux différences de civilisation et aux effets de masse : il n'est plus question, si ce n'est encore malheureusement dans les faits, du moins dans les discours émanant d'instances internationales, d'envisager de punir et de sacrifier des populations entières du fait de leur passé, et encore moins au nom d'un quelconque dogme religieux, pour le bien être futur, encore si mal partagé, d'une humanité, encore si mal constituée…

Toutes les sciences humaines ont apportés des éclairages sur l'importance des contenus de l'héritage du passé, chargé de son lot de traditions, de rituels et de célébrations, et sur les difficultés des transitions entre génération, ce qui nous conduit aujourd'hui à réviser nos façons d'aborder l'histoire des individus, des sociétés et des civilisations, à mener des enquêtes et investigations pluridisciplinaires longues et approfondies pour retrouver les traces, les empreintes psychiques et sociales, pour instruire au mieux les dossiers en compulsant les archives, en faisant de l'archéologie, de l'anthropologie, de l'ethnologie, de la généalogie, de la génétique, et de la psychanalyse. Tous les travaux des philosophes actuels en sont imprégnés, héritant, en cela, des recherches de leurs prédécesseurs.

Il n'en a pas toujours été ainsi : auparavant, la tentation a été grande de la part des philosophes et des théologiens, qui se sont longtemps disputés l'enseignement, la direction de la formation des esprits, de capter les héritages existants et de s'octroyer tout pouvoir d'agir sur eux, afin de les refaçonner ou même de les fabriquer, et de décider, pour l'entière humanité, ce qu'il convient de garder et de rejeter.

Les théologiens, et pas seulement les occidentaux, ont fait très fort, puisqu'ils ont réussi à modeler notre conception du temps : à imposer un calendrier avec une remise à l'heure de toute les pendules, un temps zéro, notamment à partir de la naissance du Christ, point de départ d'une nouvelle histoire, d'un commencement et d'une fin annoncée à cet homme nouveau, libéré du poids de ses péchés, réconcilié avec Dieu, un homme pardonné parce qu'il se repend, reconnaît ses fautes et erreurs passées (confession), qu'il sollicite le pardon (par la prière) et accepte d'assumer et de faire pénitence. Il y a bien une rupture avec le passé, avec le monde antique, ses cultures, ses traditions, rejeté hors du temps, hors même de l'histoire. A partir de ce point zéro, tous les humains sont censés être remis à égalité, au même niveau, et reprendre le chemin du bon pied, tous au même rythme, (celui de la vie communautaire et fraternelle, en Jésus Christ), et donc de partager un héritage commun.

Les philosophes, à l'origine tous mathématiciens de formation, ont utilisé une technique davantage inscrite dans l'espace : la technique de la surface plane ou de la table rase, en germe chez les Sceptiques grecques avec la pratique du doute volontaire et de la suspension du jugement (époché), afin d'éviter de se tromper et de parvenir ainsi à la quiétude de l'âme. Aristote l'utilisera dans son Traité de l'Ame, puis on la retrouvera après la Renaissance, en France, chez Descartes, avec l'institution du doute méthodique, puis chez le philosophe anglais (Locke) et allemand (Leibniz) : il s'agit de faire table rase de tous les préjugés, opinions et connaissances du passé, dans lesquels l'esprit se trouve empêtré, de faire le vide comme si l'esprit était plat et lisse comme une tablette de cire sur laquelle viendraient s'imprimer les données des sens, et cela, afin de mieux comprendre comment fonctionne l'esprit et se forment les idées, indépendamment de toute instance supérieure.

Ces techniques d'approche de l'activité de la pensée pourraient paraître inoffensives, simple position stratégique à l'égard des œuvres des prédécesseurs. Mais elles comportent malheureusement des risques de retombées politiques qui ont abouti à des catastrophes, des dérives vers le nihilisme ou le cynisme, ou vers le totalitarisme, avec l'oblitération de pans entiers d'histoire, l'extermination des populations et les purges de toutes traces de culture menaçant le parti ou le dictateur au pouvoir. Mécanisme qu'il s'agit de démonter, de démanteler, comme l'a fait H. Arendt au début du 20ème siècle, concernant les totalitarismes ayant dérivés vers le nazisme ou vers des régimes de terreur. Ce démantèlement philosophique n'a pas pour but de détruire, mais de découvrir nettement l'évènement, permettant un renouvellement du regard et une revitalisation de l'esprit ainsi rendu à sa faculté de discernement.

Arendt s'inscrit aujourd'hui dans la tradition incontournable des penseurs critiques de la modernité dont les travaux de "déconstruction", selon le terme de Derrida, vont permettre de prendre le recul nécessaire pour comprendre l'époque contemporaine, non pas en mettant entre parenthèse jusqu'au reniement, à l'oubli ou à l'effacement, les héritages du passé, bien au contraire, en y revenant sans cesse et avec de plus en plus d'exigences. Il ne s'agit plus de faire "comme si ça n'avait jamais existé" (négationnisme), mais d'assumer pleinement en précisant pour chacun sa part de responsabilité, sans tomber, si possible dans des excès de mises en scène de repentirs collectifs médiatisés. Les philosophes d'aujourd'hui travaillent donc en collaboration avec les historiens, les sociologues, les psychologues et le corps médical, sur la mémoire, comme l'avait entrepris Bergson, puis Ricoeur, ou sur les techniques et processus de transmission des contenus culturels, comme le fait Régis Debray, en cherchant à comprendre comment se constitue et transite une tradition ou un héritage, et en quoi celui qui intervient sur les lieux de passage interfère par son enquête sur les contenus et contribue à leur transformation.

Colloque Hannah ARENDT "Politique et pensée", Petite Bibliothèque PAYOT, 2004, p.122
Régis DEBRAY et Claude GEFFRE "Avec ou sans Dieu", Bayard, 2066, p.48-49
"Philosophies de notre temps", Edition Sciences humaines, 1999

SPECIAL MERCREDI 17 MAI 2006

La librairie La Procure
vous invite à une semaine exceptionnelle

Mercredi 17 mai 2006 de 9h à 13h et de 15h à 19h

Père Vincent-Paul TOCCOLI
pour ses derniers livres:

- CATHOLIQUE ROMAIN, entre Clé(s) et Lien(s)
- A PROPOS D'ADAM ou la présence d'esprits
- UN MONDE PARA-CHRETIEN Editions Bénévent
- LA BIBLE A NOS AMOURS Edition Embrasure

- et d’autres encore...

Venez partager avec nous la passion des livres.
Venez à la rencontre des auteurs.
Faisons de ce Printemps des Libraire(s) à Nice 2006
un temps fort pour un lien solide Auteur-Editeur-Libraire-Lecteur.
Librairie La Procure, 10 rue de Suisse, O6OOO Nice -
Téléphone: O4.93.88.3O.93 / Télécopie: 04.93.88.23.58 librairie.nice&laprocure.com - www.laprocure.com/nice



&


En première à Nice
Cinéma Variétés, Bld Victor Hugo :
mercredi 17 mai, 20h15, en VF,

CAISSE OUVERTE DES LE MATIN A PARTIR DE 10h30

En présence effective de Mgr Guy Terrancle,
Vicaire Général du Diocèse de Nice,

Projection débat du film controversé

DA VINCI CODE

Animation Père Vincent-Paul TOCCOLI, sdb
Délégué Diocésain à la Culture
Psychanalyste, Théologien et Buddhist Scholar

avec

Madame la Pasteure Silvia Ill, théologienne exégète
Mr Marc TRUBERT, de l’Ordre des Chevaliers de Malte
Mr Paul OLIVIER, de l’Opus Dei

Rialto, Rue de Rivoli : jeudi 18 mai, 20h30, en VO.
(débat avec V-P.Toccoli seulement)


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Algérie Pâques 2006

CHERCHELL

Juba II, maître de Iol,

Protégé d’Octave, élève de Rome ;

Époux de Séléné-la-lune,

Fille d’Antoine et de Cléopâtre la grande ;

Favori de César Auguste,

Et fondateur enfin d’une ville à sa gloire :

Caesarea, Césarée mauritanienne, notre humble
Cherchell algérienne

Où désormais l’on cherche une mémoire vaine :

Théâtre, émule du Marcellus romain,

Amphithéâtre à l’arène en quadrature,

Aqueduc et port illuminé d’un phare,

Un cirque, peut-être,

Oui, la mémoire flanche soudain,

malgré l’excellence et la longévité du roi,

- érudit, lettré, écrivain racé,

voguant avec aisance sur la mer historique

et féru tant de peinture et de théâtre, que de
physiologie et de synonymie...

- oui la mémoire bascule devant l’absence ici
d’une vie quI fut intense,

avec ses fonctionnaires et corps de troupe,

les tumultes du port et l’escadre africaine tapie
derrière l’îlot !

Mais qu’est-elle devenue, la rivale de Carthage !

Statuaire, décors et dallage marmoréens :

Auguste Imperator, Apollon aux yeux vides !

Il reste pour notre étonnement,

Les vestiges du jour où il fut grand,

Le gros bourg dérisoire qui s’abrite aujourd’hui,

Sous les arbres étranges de son forum d’opérette,

Habité aujourd’hui par mouettes et goélands...

TIPASA

Le Phénicien l’a baptisée « Passage ».

Camus, grand prêtre du lieu, insurpassé, l’a
célébrée à la grecque:

« Ce n’est pas si facile de devenir ce qu’on est,
de retrouver sa mesure profonde...

J’apprenais à respirer, je m’intégrais et je m’accomplissais... ».

Tipasa n’a pas changé, c’est pourquoi chacun qui vient ici

Peut y humer l’effluve de sa vie, trouver sa place
sous le soleil

Et se mettre en demeure de devenir enfin!

Car ici chacun taille sa mesure profonde

Et passe de l’instant au cœur de l’immuable.

Sur ces dentelles de rochers et de maquis,

L’homme et l’histoire ont marié leurs génies :

Et grâce aux dieux le site est demeuré sauvage

Dans une mémoire ourlée par la vague éternelle

Qui lèche à ses pieds le sable rouge des énergies
premières,

Et les dégorgements de l’ardente lumière

Nimbant de majesté la masse du Chenoua !

De Carthage à Gibraltar Tipasa est la clé,

Non seulement pour les naves lourdes de toutes les
richesses,

Mais encore et surtout d’un certain Jésus Christ

Qu’Alexandre et Salsa, entre histoire et légende,
vont établir ici,

Dans la plus vaste basilique africaine à neuf nefs :

la foi dans l’homme mort et ressuscité.

Naves et nefs rivalisaient ainsi de succès et de gloire !

Les Vandales ariens finirent par la réduire,

Les Byzantins s’essayèrent vainement à la réanimer :

Tipasa s’endormit comme carrière de pierres

Au service d’Icosium, d’El Djézaïr, d’Alger...

Amphithéâtre, Temples, Forum et Capitole,

Thermes et Curie, Villas et Basiliques,

Mausolées, Hypogées, Théâtres et Nymphées :

Le soleil et les lézards ont récupéré leur du

Parmi les asphodèles et les rhododendrons :

Cette parcelle d’éternité,

tombée un jour du temps entre les mains des hommes.

On y respire encore les effluves tenaces
d’aventures fabuleuses,

Courues par les enfants d’une Mère Méditerranée
toujours partagée

Entre un passé irréductible à toutes les enquêtes,

Et la menace d’un avenir toujours recommencé !

Tipasa est le martyr de la mémoire douloureuse

Des longues théories de tous les peuples

Qui ont ici un jour médité sur la mort,

Quand on savait encore

Que l’homme n’est qu’une conscience triste sous le soleil !


DJEMILA

Le vent souffle toujours sur le plateau penché,

Sur Cuicul au nom chantant d’oiseau,

Parmi les vagues violettes et le déhanchement de miel doré

Qui glissent doucement

Depuis l’élévation chrétienne jusqu’à la dérive dioclétienne !

Pourquoi là, pourquoi çà, pourquoi Cuicul ?

Pourquoi cette magnifique et improbable confusion
de vent et de soleil

Sous l’éperon rocheux que baignent Guergour et Betampe ?

Nerva donne Cuicul aux vétérans, les confiant à Mars ;

Les Antonins bâtissent ;

Sous les Sévères la ville explose et se répand sur la pente.

Et malgré les chrétiens de toute coloration,

Cuicul s’éteint sans savoir pourquoi, violée par l’implacable Histoire !

J’ai flâné sur le grand boulevard du cardo maximus,

buté contre l’autel du temple de Genetrix.

Je me suis attardé dans le palazzo de Castorius
aux 27 pièces et aux 1600 m2,

Et dans celle de l’Âne où Vénus fait sa toilette en mosaïque.

J’ai vibré devant l’autel et les vestiges vertigineux du forum

Dans la toile animée des collines pourpres

Qui à cette heure s’enflammaient au loin !

Ô mânes de la Basilique Julia, ô mânes de la Curie et du Capitole,

Ô mânes de Cosinius et de l’Europe

Dont la maison déjà battait tous les records de luxe et de grandeur !

La place des Sévères, la basilique judiciaire et la maison d’Hylas

M’ont offert en perspective évocations et merveilles.

Quant aux arcs de Caracalla et Julius Crescens, aux Thermes et au Théâtre,

Ils respirent encore une vie dont le vent des Aurès
garde en secret le mystère !

Le groupe épiscopal couronne la ville entière
comme un laurier de gloire,

Et les splendides mosaïques sous les verrières du fabuleux petit musée

Déclinent à l’envie les amours conjuguées de la beauté et du génie,

Où triomphe, superbe, Dionysos...

A Djémila se forge toujours,

Parmi les herbes folles et les serpents nains qui peuplent la ville morte,

Une identité qui se marie dans le temps avec la solitude et le silence.

TIMGAD

C’est la IIIème légion Augusta qui fonda Thamugadi,

Lucius Muniatus Gallus étant légat impérial propréteur,

Tandis que règne à Rome César Nerva Trajan, Auguste le Germanique,

Fils du divin Nerva souverain pontife.

Selon la dédicace de la ville...

Le paysage est farouche

Où la fière cité consciencieusement déroule le
quadrillé rigide de son schéma urbain.

L’aspect terriblement imposant de ses ruines est un leurre, pourtant.

Timgad est passé à côté de l’histoire : il ne s’y passa rien !

C’était un des nombreux avant postes,

Sentinelles aux frontières indécises de l’empire,

Là où Rome était à peine Rome,

Et où la résistance indigène pouvait un jour ou l’autre
menacer sa paix des armes.

Il s’en trouvait des dizaines de la sorte,

Le long de l’infini limes de l’orient comme du septentrion :
de Trêves à Doura Europos !

Timgad n’était qu’une garnison, fondée par et pour les vétérans africains :

Espace de 355 mètres de côté, partagé en 4 par le carrefour
du cardo et du décumanus,

Quartiers divisés eux-mêmes en 36 îlots,
par des voies se coupant à angles droits :

La Kambalik de Gengis Khan, la Nouvelle York des États-unis d’Amérique,

Comme avant elles toutes, les villes portuaires de la grande Grèce anatolienne...

Le christianisme sous toutes ses formes orthodoxes et hérétiques

Se chargera de lui donner une mémoire,

Entre les persécutions de Dioclétien et les
contestations théologiques de Donat :

Les disputes d’Augustin avec Gaudentius résonnent encore

Parmi les orties et les sauterelles.

Les Byzantins la dotèrent d’une forteresse au temps de Justinien,

Où souffle désormais le vent des solitudes,

Qui s’engouffre, sous les grands ciels blancs
au-dessus des montagnes,

Dans les nobles colonnades qui jouxtent le forum !

Les deux Victoires et la Fortune, l’Arc de Trajan et les grands Thermes

Affichent la face de circonstance du contingent
blessé par l’Histoire,

Et les chapiteaux cyclopéens tombés au champ de
tous les honneurs,

Envient depuis leur tombe leurs frères restés
scellés aux colonnes capitolines.

L’apostrophe d’Augustin au bourgeois de Thagaste :

« Tu vivais, Romanius, en des maisons splendides,
Tu disposais de magnifiques bains,
Tu jouissais de mosaïques, dignes de la décence,
Passant ta vie en chasses, en jeux et en festins ! »

Rejoint la profession de foi trouvée sur une dalle du forum :

« Chasser, prendre des bains, jouer et rire : voilà qui est vivre ! »

On le voit, Timgad, tu savais vivre !

Tes mosaïques chantent en mille éclats ta dolce vita !

Rosaces, guirlandes de lauriers, rinceaux d’acanthe, piques et cœurs,

Ta grande nature morte aux reliefs de repas

Nous obligent à reconnaître qu’au moins tu existas !


MEMOIRE D’AUGUSTIN

Hippone, tu n’es plus sur la mer !

Tes chevaux ont cessé d’être des hippocampes !

Tes rivages ne sont plus que chiendent et scorpions !

Ton Augustin aurait souffert, comme moi bientôt dans Alger,

Et se serait écrié à la vue de sa ville vandalisée :

« C’est être petit que de regarder comme un grand mal,
ces écroulements de bois et de pierres,
et ces morts d’hommes mortels ! »

Où s’est-elle envolée ta triple gloire : crétoise, phénicienne et numide ?

Tu t’es jetée dans les bras de Donat, dont t’arracha ton fils le plus célèbre,

Qui trois fois convoqua les conciles salvateurs,

Juste avant que d’Espagne les Alains mêlés de Goths

Ne fondent sur ton peuple au bord du schisme :

dévastation, pillage, meurtres, supplices, incendies,

horreurs impitoyables envers le sexe, l’âge et la foi !

Ton Augustin mourut au cours du siège de sa ville cathédrale,

Livrée aux flammes et à la destruction.

Hippone, belle Hippone, tu ne te relèveras pas...

Oh ! On a bien relevé ici et là quelques colonnes,
signalé quelque emplacement !

Tes vestiges ne sont qu’amoncellements de
pierraille et de fûts :

Il faut savoir deviner, oser imaginer, presser sur la mémoire.

Il faut avoir appris à voir avec le cœur !

Tes mosaïques racontent mieux ta noblesse « Royale » :

Amours vendangeurs, Néréïdes, dauphins et coquillages.

Donatisme ni Arianisme ne t’ont jamais empêchée

De jouir du soleil ni de la mer !

A Calama Guelma, Esculape et Neptune disent assez,

Dans le silence monumental et cyclopéen de leurs simulacres du théâtre,

Comme le Triomphe de Vénus,

Combien ces terres étaient jadis l’enjeu de toutes les aventures,

Dont celles de l’esprit et de l’étude.

La statue d’écolier, baptisée « Augustin enfant » nous conduit à Madaure...

MADAURE

Alors ? Madaure !

Est-ce Apulée l’écrivain, Maxime le grammairien ou Augustin,l’avocat-évêque?

Tous trois ont donné à Madaure la mauve

De n’être pas une simple et belle ruine,

Mais une Oxford berbère

Dans la solitude et le silence pour l’étude et la méditation,

Fameuse pour la qualité et l’universalisme de ses professeurs

Et ses élèves suprêmement doués.

Vieille ville numide, érigée pour les vétérans
au milieu des terres des hautes plaines,

- Dégradé de toutes les couleurs : oliveraies, amanderaies, figueraies et vignobles jusqu'aux piémonts du djebel Bou-Sessou -

Vite élevée au rang de colonie,

Vouée à romaniser des populations
avides depromotion et de réussite sociales.

Le forum est une terrasse, entourée de portiques
et bordée de la basilique judiciaire :

« Je me souviens que sur ton forum, Mars a deux statues,
l’une nue, l’autre armée ;
une statue humaine leur fait vis-à-vis et allonge trois doigts
pour réprimer la malveillance dont le démon est animé envers les citoyens »

écrivait Augustin à son ami Maxime.

Le théâtre, le seul en Africa Nova, à l’instar d’Ostie,
possédait une entrée centrale qui s’ouvrait au niveau de l’orchestre.

Les sanctuaires abondaient, avec les thermes d’été et les thermes d’hiver,

Tandis que les huileries réputées se mêlaient aux arcs de triomphe.

L’enfant Augustin n’aura pas connu la basilique byzantine,

Formidable, avec ses trois nefs aux doubles rangées de colonnes.

Augustin, je l’avais rencontré
dans les patios de la Bouzareah et les couloirs de Kouba

Au temps de mes études algéroises:

C’était avant mon propre exode pour l’Europe « et ses vieux parapets ».

Les « Confessions » étaient toujours à mon chevet !

Le jeune berbère de Thagaste,
je le retrouvai dans un de mes compagnons de classe :
Julien Oumedjkhane, de Souk Ahras.

Nous partagions de conserve

Les « great expectations » d’un de nos ancêtre sur cette terre africaine :

Pour moi, le magyar gréco-italien du limes du nord,

Et pour lui, le kabyle du limes du sud,

Augustin devenu notre contemporain !

J’ai laissé mes compagnons,

Et je m’en suis allé errer dans les ruelles, loin des axes,

À la recherche de ce que seul mon instinct atavique pouvait me révéler.

Aux sauterelles j’ai confié ma nostalgie, dans le hasard des calades en lacis,

Un instant j’ai songé sur les gradins du petit théâtre.

Et j’ai fermé les yeux, m’abandonnant à la brise mélancolique
de cette fin d’après-midi...

Et aux bribes de rêverie dérobées à ce bonheur éphémère...

Il fut bientôt - déjà, - le temps de repartir...
Les pierres m’ont parlé, ce soir... J’ai même cru voir...

ALGER

Gnadenschuß, coup de grâce, dirait Yourcenar !

Je l’ai reçu à Alger !

Tayeb, notre guide, fut tout simplement extraordinaire,

Par tous les quartier du centre, de l’est et de l’ouest,

Et des hauts d’Alger la Blanche...

Il connaissait les noms français de tous les lieux

Où mon enfance et mon adolescence avaient battu le pavé,

Surtout l’ouest, où ils résonnèrent dans mon cœur encore accroché à
quelque nostalgie :

Mais comme le dit Signoret, elle n’est plus ce qu’elle était !

Je tressaillis ainsi à ces noms de mon enfance algéroise :

Le Ruisseau, Kouba et Hussein Dey, Le Ravin de la Femme Sauvage
(jamais je ne m’étais rendu compte de ce nom étrange !),
La Route Moutonnière, Belcourt et Le Hammah,
et puis El Biar, Staouelli ou Ben Akhnoun !

J’aurais pu écouter sans fin Tayeb me raconter
le dictionnaire de ces quartiers !

Traverser Alger après 46 ans d’absence est à la fois
une aventure, une épreuve et un rendez-vous.
Ce sera le dernier!

Nous fîmes un stop un peu plus long Place du Gouvernement.

Je me dirigeai sans tarder vers l’antique cathédrale
rendue à son culte premier.

Je ne me suis jamais formalisé qu’elle redevînt mosquée,

Mais qu’elle se soit transformée en un sanctuaire fondamentaliste radical !

Je vis quelque prêcheur en sandales embarbé,

Le sarouel court flottant comme une himation mal taillé,

Grimper quatre à quatre les marches que j’avais gravies moi-même jadis

Cérémonieusement et tant et tant de fois

À la tête des choristes que je dirigeai dès l'âge de quinze ans

Pour les pièces grégoriennes du culte cathédral...

Je restai en bas de l’envolée du grand escalier, sans comprendre, stupéfait,

Ou plutôt contrarié comme un enfant victime innocente

D’une injustice qu’il n’admet pas !

Je me retournai alors vers l’ex-archevêché,

Une grande maison arabe au patio de finesse exquise

Dont les carreaux de céramiques polychromes
n’avaient rien à envier

Aux azulejos de toutes les Espagnes.

La première porte lourde et défoncée baillait...

Je la poussai...

Un homme, un planton, attendait, assis, désoeuvré, inutile.

Je ne sais pourquoi, j’eus besoin de lui dire : Je rentre chez moi !

Interloqué, il resta coi tandis que je montai les 5 marches de marbre

Qui mènent à la seconde porte qui donne dans le patio :
elle était ouverte, j’entrai...

C’est exactement là que le Gnadenschuß, le coup de grâce, me fut donné !

Abandon, délabrement, saleté :

Le merveilleux palais qui rivalise avec la Ziza de Palerme

Avait pris figure d’entrepôt, macabre et pathétique !

J’avançai jusqu’au cœur de la cour, jusqu’au jet d’eau hors service,

Jusqu’au point où je ne pus retenir ma peine plus longtemps.

Je rassemblai toute mon émotion et ma colère mêlées,

Et lançai vers le ciel un Ave Maria mozarabe du 12ème siècle andalou !

Le patio soudain se métamorphosa : et je me retrouvai, les yeux fermés,

Sous le charme des neumes déroulant d’eux-mêmes arsis et thésis,

Et remontant le temps

Quelque part avant 58, certain dimanche de mai,

Quand nous descendions à pied de la Bouzareah,

Pour animer la messe épiscopale de Mgr Léon-Etienne Duval,
archevêque d’Alger et de Julio-Césarée.

À la hauteur du « Et nunc et in hora mortis nostrae,
Maintenant et à l’heure de notre mort ! »

J’entrouvris les yeux :

Deux personnes étaient accoudées à la balustrade intérieure de l’étage.

Pétrifiées de surprise et d’émotion, elles écoutaient
une hymne à la Vierge Marie,

Chantée par un prêtre catholique romain, ancien séminariste algérois,

Dans un bâtiment officiel de la République Islamique Algérienne,
siège de la conservation archéologique du pays.

Quand j’eus chanté l’Amen,

Ils étaient descendus par l’escalier intérieur
que j’avais utilisé tant de fois à mon époque.

C’était le conservateur en chef et son assistante.

Ils s’approchèrent timidement de moi :
« Monsieur, dit-il... ». Il hésitait. Je ne disais mot.
« Monsieur, s’enhardit-il enfin, vous venez de réveiller l’âme du lieu... »

Je me retournai : quelques membres de mon groupe
m’avaient suivi à l’intérieur à mon insu.

Une émotion épaisse et presque obscène nous avait tous saisis :

Gorges serrées, mains crispées, yeux embués,

Chacun me regardait, attendant de moi je ne sais quelle parole

Pour rompre le charme malsain qui nous tétanisait.

Je ne savais que dire, je n’avais pas de formule,

Sinon un nœud dur qui m’encombrait le ventre,

Et dans la bouche, une salive amère, celle qui précède les vomissements.

Je saluai mes hôtes d’un simple signe de tête,

Et sortis devant mes compagnons véritablement commotionnés.

Je regagnai le pullman : autour de moi,

Tout n’était que saleté, puanteur et surpeuplement,

Laideur, abandon et délabrement !

Je rejoignis mon siège, fermai les yeux, et m’assoupis !

Je sais que ce jour-là j’ai perdu mon pays.

Algérie

Algérie
Algérie