Rastibonne ne doit rien au hasard

Alors osons un mot (enfin, quelques mots...) sur le « coup de Ratisbonne ».
J’ai entendu et lu tellement de choses que je me dois, disent mes amis, d’oser à mon tour!

Alors je vais procéder sous la forme d‘un dialogue, comme celui que « le docte empereur byzantin Manuel II Paléologue, peut-être au cours de ses quartiers d'hiver en 1391 à Ankara, entretint avec un Persan cultivé sur le christianisme et l'islam et sur la vérité de chacun d'eux. »

• Le Pape Benoît est-il toujours le Professeur Joseph ?
Réponse : OUI !

• Le Professeur en lui pouvait-il laisser passer l’occasion de renouer avec sa carrière interrompue par son élection au pontificat suprême ?
Réponse : NON !

• Avait-il le droit de choisir un thème de son choix ?
Réponse : OUI !

• Quand on n’est plus professeur, mais pape, peut-on choisir n’importe quel thème ?
Réponse : OUI !

• Mais en position de pape, le professeur peut-il traiter le thème choisi, comme s’il n’était que professeur et non pas pape ?
Réponse : NON !

• Pourtant ce pape ex professeur avait-il cependant le droit de traiter ce thème ?
Réponse : OUI !

• « La foi et la raison » est-il un thème important - disons d’actualité -, aujourd’hui ?
Réponse : OUI !

• Fallait-il appuyer l’argumentation sur un étai médiéval ?
Réponse : Pourquoi pas ? Mais qui s’y connaissait, en dehors de lui-même, et, on peut le croire, peu de ses auditeurs de Ratisbonne, pour pouvoir, le cas échéant, écouter d’une oreille scientifiquement critique ?

• Etait-il opportun, judicieux - et, pour tout dire prudent -, de traiter de l’islam et de la violence, à ce moment-là et en ce lieu universitaire, ce jour anniversaire de la destruction du WTC ?
Réponse : Le pape Benoît a-t-il pris conseil - pour le choix du thème, en ce lieu et en ce jour -, auprès des cardinaux Sodano ou Bertone - ses secrétaires d’état sortant et entrant, ces mêmes jours ? Si oui, quel conseil en a-t-il reçu ? Si non, est-ce témérité, provocation ou naïveté ?

• Fallait-il qu’il se rétractât à plusieurs reprises, personnellement et par Cardinal Bertone interposé ?
Réponse : S’il a jugé nécessaire de se rétracter, c’est qu’il s’est rendu compte, que tout ex professeur et pape qu’il est, il « n’en est pas moins homme », et qu’en matière de prudence, il semble qu’on ne l’est jamais assez !

• Quels textes écrits officiels avons-nous donc jusqu’ici du pape Benoît ?
1. Une encyclique, sa première (Deus Caritas) qui est une sublime méditation mystique, une surprise alors qu’on s (‘) attendait (à) un « texte programme »,
2. et ces derniers jours une leçon universitaire d’historien de la dogmatique sur « Foi & Raison »– qui est une de ses spécialités - (dont il a d’ailleurs décidé de publier l’intégrale en allemand, avec les notes et l’apparat critique) :
soit 2 textes qu’il n’est pas nécessaire d’être pape pour les concevoir, les écrire ou les donner ! Que nous reste-t-il à faire encore ?
Réponse : Attendre le 3ème texte pour se faire une idée !

• Existe–t-il, sinon un terrorisme idéologique interdisant toute parole critique vis-à-vis de l’Islam (à cause d’une susceptibilité musulmane qui craint de se voir basculer dans l’islamisme), du moins une grande peur de la part des non musulmans de subir toutes sortes de sanctions par un groupe ou l’autre des fondamentalistes islamiques.
Réponse :
1. OUI, car notre fonctionnement culturel socio-mental occidental – et fondamentalement chrétien -, permet la critique de l’autre, essaie de comprendre l’autre, présente des excuses ou pardonne et exclut désormais le meurtre comme solution aux problèmes. Cette attitude et ce comportement ont mis 20 siècles à se constituer en nous : nous n’avons pas toujours été « comme çà ». Souvenons-nous-en !
2. En revanche le monde catholique chrétien, ou nos démocraties occidentales - aussi imparfaits soient-ils l’un et les autres -, présentent néanmoins un fonctionnement structuré en un centre et une périphérie : ce qui permet sinon de tout contrôler, du moins de savoir qui détient la dernière parole d’autorité. L’Islam et les islamismes fondamentalistes, en, revanche, sont constitués d’autant de confessions d’une part et de groupuscules extrémistes que les conjonctures socio-politiques en peuvent produire, d’autre part : ce qui ne permet jamais aucune solution d’ensemble aux problèmes tant religieux que géopolitiques.

• Finalement le pape Benoît a-t-il eu tort ou raison d’aborder « la question du fanatisme et de la raison. »
Tout bien examiné,
- il l’a décidé (quelles que soient ses raisons, avec ou sans conseil) : et de parler et d’en parler ;
- il a choisi le cadre universitaire, sans songer peut-être assez qu’il y a toujours deux niveaux de réception en communication : ce que l’on dit et ce qui en est compris ;
- il l’a fait les jours anniversaires de la destruction du WTC, pendant un voyage quasi privé dans sa patrie bavaroise natale et a cru que tout et tous se devaient de lui faire montre de bienveillance inconditionnelle (alors que « l’esprit est prompt, mais que la chair est faible « et que « personne n’est prophète dans son propre pays ni dans sa propre maison ») ;
- il est bon, tout compte fait - et malgré toutes ces circonstances ambiguës, tant pour les conditions spatio-temporelles que les formulations de l’argumentation -, que cette question ait été abordée, et le soit encore et encore dans les jours qui viennent (ne serait-ce que pour faire cesser l’irénisme stagnant et inopérant de cet « esprit d’Assise » lancé par le « santo subito », et qui n’a jamais été la ‘cup of tea’ ni le ‘Maβ Bier’ de son collaborateur et maintenant successeur) ;

Désormais, en tout cas, personne ne pourra dire que le pape Benoît n’a pas
- parlé
- nommément indiqué où la bât blesse
- appelé un chat un chat
- et montré la voie pour que n’ait pas lieu « the clash of civilizations »,
- c’est-à-dire :

• CE QUI VA CONTRE LA RAISON VA CONTRE DIEU.
• CE QUI DERUIT L’HOMME NE SERT PAS DIEU.
• LA FOI NE DOIT PAS ÊTRE IMPOSEE PAR LA FORCE.
• LA LIBERTE DE CROIRE EST FONCTION DE LA LIBERTE DE PENSER.

Mais sans oublier pour autant que

- la parole d’un pape pèse, quoi qu’il dise (alors que les paroles d’un professeur, si émient soit-il, s’envolent !) : Joseph Ratzinger est le pape, plus un professeur de théologie ;
- le pape est une puissance politique (qu’il le récuse ou en ait conscience) : avec ses nonces ambassadeurs et envoyés spéciaux ;
- à notre époque de la globalisation toute parole –maladroite ou non, (et la maladroite en particulier quand elle est capable de soulever la sensation) -, fait le tour de la terre à la vitesse de la lumière : l’Eglise est la maîtresse de l’universalité ;
- il faut, le plus possible, ne rien dire ni faire que des fanatiques ne puissent déformer, exploiter ni détourner : d’où la nécessité du conseil de proximité ;
- pour cela, il faut cesser de se méfier de tout et de tous, et de ne se fier qu’à son seul flair et à son goût de la dispute intellectuelle : on ne naît pas pape, on le devient.

RATISBONNE NE DOIT RIEN AU HASARD !



(aucun titre)


Modèles & Transcendance
Colloque Mouans Sartoux 8-10 sept 2006
Vincent-Paul Toccoli, sdb


SOYEZ PARFAITS COMME VOTRE PERE CELESTE EST PARFAIT !

Que signifie ce « comme » à imiter ?
1. Dans la quantité : autant que… : mission impossible (Pascal : « … la distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est sur-naturelle, cad d’un autre ordre)
2. Dans la méthode : à la manière de… : un modèle de transcendance (Dieu) pour un être d’immanence (l’Homme) ?

Il s’agirait donc de
1. suivre l’exemple des Bienheureux et des Saints (placé sur les autels)
2. en imitant Jésus-Christ (ayez les mêmes sentiments qui animaient NSJC, Paul)

Mais c’est aussi se demander
1. où le démiurge homme va bien pouvoir trouver ses modèles à lui, et
2. à quelle image Dieu a-t-il bien pu créer l’homme.

• Le modèle, le patron, le pattern ne peut être que d’ordre psychosomatique - « pneumo-spermatique », n’hésiterait pas à écrire Paul, le judéo-grec, pour signifier - cette entité qu’on appelle humaine, et qui,
• intégrée dans la compréhension hébraïque, devient
• analytique dans la saisie de l’anthropologie hellénistique.
• C’est de cette dernière dont nous avons hérité pour (en) parler ! C’est-à-dire que nous nous sommes
• coupés de l’origine biblique hébraïque qui a donné corps et épaisseur à l’expérience transcendantale d’un monde judéo-chrétien devenu, par les conquêtes militaire, économique et culturelle,
• un monde gréco-romain.

• Nos modèles théoriques relèveront donc désormais
• de l’ordre juridique,
• d’un espace de droit et de convention,
• d’une logique de la démonstration et de la dispute.

• Plus tard, le modèle sera
• grammaticalisé (Charlemagne & l’école),
• « canonisé » (Frédéric II von Hohenstaufen et les universités de droit de Padoue et de Naples),
• théologisé (Thomas d’Aquin à La Sorbonne) et enfin
• catholicisé (Trente au Concile) et
• rationalisé (Descartes et le ‘Cogito ergo sum’).

• Les modèles devront être labellisés et certifiés conformes : il n’y a plus de transcendance qui ne soit « normalisée ».

A - Ce court rappel historique pour révéler que la constante de la transcendance
• désertait de plus en plus une âme mentalement colonisée par les modèles de type politique et économique, voire le judiciaire et le policier
• pour activer d’autant le corps et l’expression par le corps (corpus animale = le corps animé de souffle, pour parler selon Thomas) et créer des modèles de créativité et non d’application.


« LE TRANSCENDATALEMENT CORRECT »
A EN FAIT ABOUTI
A UNE MODELISATION ARTIFICIELLE DES MONDES VISIBLE ET INVISIBLE,
EN CONFECTIONNANT DES MODELES DE TYPE METAPHYSIQUE
certes,
mais qui inhibaient l’exercice de l’unique condition de possibilité de la transcendance :
la trangression


B - On peut ainsi dire que la transcendance, - ô paradoxe ! – va s’exercer
• dans le « travail »
- du corps et
- sur le corps
• pour entrer dans la sphère du visible & du « donner à voir »!

C - Il est remarquable de considérer les apparences physiques de ceux qu’on appelle « les grands convertis », de quelque religion ou culture qu’ils relèvent, avant et après la « trangression » :
• Siddhârta
• Augustin
• François
• Ignace
• Charles de Foucault.
On ne peut que constater que leur corps même s’est constitué et EST désormais le lieu de la transcendance à laquelle ils ont atteint par leur « conversion » « métanoïa »: la modélisation corporelle a crû en témoin visible de l’activité transcendantale

D - Je prendrai 2 exemples contemporains pour illustrer cela :
• le Ballet de Lausanne Maurice Béjart, pour l’Occident
• le Théâtre Butô Akaji Maro
« Ils dansent sans poser de questions.
Ils dansent sans donner de réponse.
Ils dansent seulement à cause de la danse promise ». (Akaji Maro)

Je traduirai seulement pour les êtres en voie de la transcendance au sens du Dasein heideggerien) :

« Ils sont là sans se poser de questions.
Ils sont là sans donner de réponse.
Ils sont là seulement parce qu’ils sont là ! »

Le corps devient le lieu de la manifestation de ce qui le dépasse.
D’ailleurs le « nihil est in intellectu quod prius non fuerit in sensu » des aristotélico thomistes trouve ici encore une application.

E - C’est pourquoi j’ai truffé mon titre de toutes sortes de clichés :
SARL : société anonyme à responsabilité limitée (le syndrome Moon)
Assimil : le PPCD de la communication (le syndrome SMS)
Kits : montez-le vous-même (le syndrome Ikea)
Clones : eins, eins, eins…(le syndrome du Wall de Parker)

Sainteté & Transcendance, SARL
Assimil, Kits & Clones en gros
Attention aux contrefaçons

*** J’ai été frappé par deux choses ces dernières années où je vaquai entre Ignace de Loyola et Siddhârta (un double livre doit sortir en automne sur le sujet) :
• Ignace au fait des batailles et de l’artillerie (il était capitaine dans l’armée de sa majesté très catholique) et blessé méchamment (à la bataille de Pampelune contre François 1er : il boitera le restant de sa vie) laissa le corps libre de sa position lors des Exercices, à l’encontre de toutes les méthodes de méditation de son époque. Il fallait - et il faut toujours - que le corps exprimât – exprime - l’âme à la façon de la danse.
• Siddhârta de son côté avait opté pour l’immobilité cadavérique (ce qui ne déplaisait pas à Ignace, pour qui le vœu d’obéissance exigeait que l’on obtempérât ‘perinde ac cadaver’, ‘à la manière d’un cadavre’ dont on peut disposer puisqu’il n’y a plus de volonté propre !
• Il n’y a ainsi qu’une opposition contrapunctique entre les deux, comme les abscisses et les ordonnées d’un même système, ou les images de part et d’autre d’un même miroir.
• Il y a du Nietzsche chez Ignace (je ne pourrai croire qu’en un dieu qui danse), et du St Paul chez Siddhârta (castigo corpus meum et in servitutem redigo : je châtie mon corps et le réduis en servitude)
• Quoi qu’il en soit c’est du corps qu’il s’agit : d’abord. Car « Le corps ne trompe jamais »

*** Une nouvelle anthropologie spirituelle devrait par exemple balayer de son faisceau tous les domaines où se manifeste ce corps transcendant.
Un colloque, je ne sais plus lequel, avait catégorisé un certain nombre de ces recherches, je m’en inspire pour ce qui suit :

1. Corps fantastique et psychisme : trans-figurations modèle baroque
• L'érotisation du corps dans l’expérience mystique de soi (La Thérèse du Bernin, à Santa Suzana de Rome)
• L’imaginaire fantastique comme « psychographie » (Le Christ ressuscité de la Sixtine de Michelangelo, ou bien ses Ignudi, sur la corniche tout autour du plafond)

2. Le corps fantastique au sens de « corpus »
• Le Corps et Livre maudits : source d’espoir et de désespoir (Le Moïse assis et les Tables de la Loi, Michelangelo, à St Pierre aux Liens, Rome)
• Corps simulés, corps imaginés : la projection mystique (Le christ couché, descente de croix, de Mantegna, Galeria Brea, Milan, ou celui de Naples, statue de la Chapelle Sansevero, par Giacomo Sammartino)

3. Le corps fantastique dans le cinéma intérieur
• Le corps spectralisé (les silhouettes transparentes d’Odilon Redon)
• Humain/inhumain : la question de l’œil devant l’invisible (tout l’œuvre de Francis Bacon, en particulier ses triptyques du Golgotha)

4. Folles chimères et vaines imaginations
• Exotisme et érotisme: les représentations du corps (Le Douanier Rousseau, Gauguin)
• Du fantastique au fantasmatique: morcellement, décomposition et recréation du corps (Kusama et Belmer)
• Corps et corpus (manger le livre, Apocalypse; la manducation de la parole, Marcel Jousse ; la dévoration du manuscrit empoisonné dans Le nom de la Rose)

5. Le corps morcelé (Le portrait de Dorian Gray)
• Corps fantastique, âme fantasmée : D.G. change d’âme sans changer de corps
• Corporéité, existence et monde fantastiques : D.G. mène une existence virtuelle, en la prenant pour son existence réelle (2 niveaux de réalités)
• Les limites du corps vaincu(es) ? Prolongement de la vie et immortalité en science-fiction. D.G. expérimente les limites entre virtualité et réel, sans pouvoir aller de l’un à l’autre : le temps rattrapant ce qui s’est fait sans lui.

6. Sur-nature et sous-nature du corps : les figures antithétiques (de nouveau Le Portrait de Dorian Gray)
• Le corps fantastique : Le centaure (Richard Cœur de Lion ; le nom d’animal totem des tribus indiennes et des scouts ; toutes les métaphores à thème animal
• L’hybride comme œuvre d’art : La Belle et la Bête (Homme et Bête)
• L’Imaginaire inavoué, la fable inavouable : Vampires et Loup Garous
• Fantastique et Science-fiction, ou l’ambiguïté de deux genres : l’androgyne primordial (Homme et Femme, il LE créa, Genèse) ?
• Inventions de genres et hybridations (Les géants, Les Fils des Hommes et des Géants, Genèse)

7. La terreur et le sacré :
• les frontières du fantastique physiologique : le corps divinisé en la beauté dans ‘Mort à Venise’ de Mann

8. Du fantastique en philosophie et de la philosophie dans le fantastique (peut-on considérer Borgès comme un philosophe, ou un « simple » écrivain fantastique)
• La reformulation fantastique (l’Apocalypse de Jean, La Légende des Siècles de Hugo)
• Image de soi et image de l’autre (Gustave Flaubert et Mme Bovary)
• Images du monstre (La Métamorphose de Franz Kafka)

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J’ai conscience d’être passible de l’accusation de lèse-philosophie pour le mieux, et de lèse-théologie pour le pire.

Mais je ne peux pas non plus ne pas considérer
• que les bases théoriques de l’anthropologie héritée de la scolastique et du rationalisme ne supportent plus rien de pertinent
• dans un Zeitgeist nouveau, héritier lui, à la fois
- de l’esprit viennois : celui des trois trios Klimt-Kokoschka-Kirchner, Freud-Ferenczy-Jung et Malher-Berg-Webern au tournant du siècle, pour qui l’épais sensualisme de l’existence, tant par la désintégration de la couleur et de la forme, la psychosomatique douloureuse du quotidien que la résonance quasi animiste de l’univers acoustique, se présente comme la voie, la mode, la méthode pour (faire) accéder à une transcendance tragique et quasi prophétique ;
- & de la Shoah, où le corps est détruit par l’interdit de tout sensualisme, sinon celui de la perversion, de l’imposture et de la mort par le feu (l’holocauste).

Conclusions et thèmes de réflexion

1. Le 20ème siècle a introduit une discontinuité définitive dans l’idée même de transcendance, une embrasure dans laquelle s’engouffrent par effraction et détournement les extrémismes idéologiques qui prônent, à la suite et à la mode de la solution finale, la mort du kamikaze et de ses victimes, les glorifiant comme le sommet de la transcendance de la vie. Le métier de vivre (il mestiere di vivere) devra passer désormais par la nécessaire capacité de regarder les yeux grands ouverts toute l’horreur physique du monde, sans perdre de vue la perspective de la transcendance, comme disent à la fois Gramci et Edoardo Sanguineti (le plus grand poète italien contemporain) : comme la jeunesse et la vertu, il faut les perdre pour les trouver !

2. La confusion sexuelle : celle du genre et du sexe, la remise en question du célibat ecclésiastique dans l’Eglise romaine, l’exigence de reconnaissance civile et civique de tous les modes d’association sexuelle, etc... peuvent prendre pour le moment encore l’allure du chaos. Il n’empêche que les chemins du dépassement de soi, qui est un autre cousin de la transcendance, ont redistribué les cartes et brouillé les pistes : de même que devant les Indiens d’Amérique et les Noirs d’Afrique, l’Europe a du s’interroger sur l’essence de la nature humaine et de ses manifestations il lui a fallu « transcender » l’image du corps « connu », en l’assumant comme du « possible inattendu, sauvable par les mérites du Christ ».

3. La globalisation et la transversalité des expériences en matière de spiritualité, de culture, de religions et de civilisation, (où le corps est traité de tant de façons diverses – depuis le corps métrosexuel de Tony Blair, jusqu’au corps mutilé des petits filles chinoises hier, et des petites filles africaines encore aujourd’hui ); la (re)découverte de la place éminente et substantielle du corps dans les spiritualités extrême orientales (yoga, zen, etc...) ; la conséquence d’une re-juvénisation de la société qui refuse et repousse en même temps jusqu’à l’idée même de mort et de déchéance physiologique ; les expériences de cryogénisation et de clonage, prophétisant part défaut un ersatz d’éternité... tout cela doit être pris en charge et en compte par une nouvelle définition anthropologique de l’aspiration de l’animla humain à la transcendance.

Non plus Lamartine :
Que ne puis-je laissant ma dépouille à la terre
Vague objet de mes vœux m’élancer jusqu’à toi !

Mais tout simplement ce que nous serine Le Livre :

Ps 42,3 : quand irai-je et verrai-je la face de Dieu
Ps 63,2 : après toi languit ma chair
Ps 65,3 : jusqu’à toi vient toute chair
Sir 44,20 : dans sa chair il a établi son alliance
Is 49,26 : et toute chair saura que moi, Yahvé, je suis son sauveur
Is 66,23 : et toute chair viendra se prosterner devant ma face, dit Yahvé

Et le plus explicite :

Quand viendra donc le jour où de mes yeux de chair je verrai mon créateur ?

La nouvelle méthode pour une nouvelle transcendance, c’est le corps revisité!

Les murs désertés des monastères torrides chaulés de blanc de la vieille Castille résonnent toujours du désir insensé, c’est-à-dire de l’exigence la plus résolue du Siècle d’Or espagnol :
un cri poussé par un moine carme, fils d’une juive et d’un certain Yepès, Juan de la Cruz !

Et ce cri, c’est : VER A DIOS ! Voir Dieu !

Cannes, le 10 septembre 2006
Vincent-Paul Toccoli, sdb