"Prenez un maître de maison..." Mt 24, 45-51

Je me suis levé ce matin avec ces paroles de l’homme de Nazareth, comme si elles sortaient d’un rêve dont je ne me souviens pas !

Et puis sous ma douche, me sont revenues quelques lamentables nouvelles qu ‘on me rapportait hier depuis le lieu de l’imposture et de l’infamie : appropriation et dilapidation de biens communautaires, harassement et persécution de serviteurs fidèles et loyaux, subordination de sbires sans foi ni loi pour asseoir un lobby de « copains et de coquins », règne éhonté de l’arbitraire, triomphe du dévoiement mental et spirituel, abomination du sacré parée de l’immunité du système !

Lien de cause à effet, je présume !

Ces paroles, les voici : [dans ma transposition de l’évangile de Matthieu 24, 45-51 (Relire le Testament, Editions Factuel/Dô, 4 tomes, 35 €, chez moi ou FNAC)]

"Prenez un maître de maison qui a engagé un employé sur qui il veut se reposer, en lui confiant la marche de toutes les affaires domestiques. Heureux cet employé si son patron le trouve à l'improviste en train de faire ce pour quoi il l'a engagé ! Il lui confiera encore plus, et sa confiance en lui augmentera encore... Mais supposez que cet employé profite de l'absence, brève ou prolongée, de son patron pour se mettre à maltraiter les autres employés, ou au contraire pour gaspiller avec eux les biens de la maison ! Que se passera-t-il si le patron arrive, comme ça, sans prévenir ? Que feriez-vous, à sa place ? Eh bien, vous châtieriez l'imprudent impudent, en le maudissant à la mesure de votre déception."

Que s’accomplisse la Parole de Dieu en ce temps de l’Avent qui commence ! Nous chantions jadis (peut-être le rechanterons-nous bientôt, puisque le latin – que j’adore ! – serait de nouveau très « tendance » ! ) :

« RORATE COELI DESUPER
ET NUBES PLUANT JUSTUM »

[CIEUX OUVEZ-VOUS ENFIN
ET FAITES PLEUVOIR LE JUSTE !]


Clystère


À propos de Jean-François Revel, Pierre Assouline, citait dans son blog du 30 avril 2006, sous le titre « Mort d’un humaniste laïc », un P.S. d’une lettre à lui adressée :

"Quand vous me demandez ce que ça fait d’avoir eu raison avant les autres, je réponds avec une naïveté qui peut paraître vaniteuse. Il eût été plus habile, et plus vrai, de répondre que je n’ai pas eu de mérite à avoir raison avant d’autres, mais que le véritable problème est d’expliquer pourquoi ces autres ont eu tort, malgré l’accumulation des évidences, et ont refusé si longtemps de voir ce qui crevait les yeux…"
http://passouline.blog.lemonde.fr/category/philosophie/

Comment, en ce matin du 19 novembre 2006, je suis tombé sur ces textes, je ne sais ! Mais ce que je vis depuis... toujours, - j’en ai l’impression -, c’est quelque chose d’analogue ! C’est d’ailleurs cette valeur d’expérience qui m’a aussitôt renvoyé d’une part à une réflexion du président Edgar Faure, à propos de ses relatifs échecs institutionnels :

« On a toujours tort d’avoir raison trop tôt ! »

et d’autre part à un verset du Psaume In exitu Israel de Egypto :

Oculos habent et non videbunt / Aures habent et non audient.

Le Psalmiste parlait des idoles pharaoniques qui ont des yeux pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pas entendre.

Il me prend ces derniers mois des vapeurs nauséabondes certes, mais tellement conformistes et partant sécurisantes, de trouver « normal », juste et souhaitable ce Zeitgeist mortifère
1. où l’on exerce le pouvoir de façon discrétionnaire,
2. où on se prend pour qui on n’est pas ou plus,
3. où on jette à l’eau le bébé avec l’eau du bain,
4. où les décisions veulent retourner à un passé qu’on croyait révolu mais que d’autorité on déclare comme étant la chance de l’avenir ;
5. où le civil courage est considéré comme une effronterie, une rébellion voire une attitude diabolique ;
6. où la veulerie devient la carte de visite et le mode d’emploi des Rastignac de tout poil ;
7. où l’incompétence est le label le plus sûr pour obtenir un emploi ;
8. où les gens en place s’entourent de collaborateurs nuls et sans scrupule pour se les attacher à force de prébendes...

Dois-je continuer ?

Je pourrais mettre plusieurs noms comme exemples à (ne pas) suivre si on (ne) veut (pas) se rendre conforme à l’esprit du temps ! Mais alors, ce blog signerait ma propre condamnation à mort ! Et vu la précarité qui me sert d’assiette...

Alors comme Jérémie, je me « borne » à poser les questions qui fâchent, tâchant de titiller ce qui reste chez mes contemporains de proximité de sens de la justice, du bien et du beau ! Leur rare compagnie est de toute façon la seule qui ne me donne pas envie de vomir au point de quitter la salle...
• Qui a dit que les yeux servent à voir, et les oreilles à entendre ?
• Qui a dit qu’il est préférable d’avoir raison même au prix de sa place, plutôt que tort et d’être considéré ?
• Qui a dit qu’il faut le dire, quand le roi est nu ?
• Pourquoi le pouvoir, si minime soit-il, rend-il (comme) nécessairement, « muet, aveugle et sourd » ? (Alfred de Vigny)
• Qu’est-ce qui est donc pourri au Royaume de Danemark ? (Shakespeare, Hamlet)

En relisant ces dernières lignes, j’imagine ces questions choisies comme sujets du bac, en philosophie éthique, par ex. !

Merci donc à Pierre Assouline de m’avoir à son insu administré ce clystère, qui me permet de me sentir mieux ce matin !