YANN MINGARD "Chine" VERITE DE LA FOI & VERITE DE LA RAISON

YANN MINGARD "Chine" VERITE DE LA FOI  & VERITE DE LA RAISON

VERITE DE LA FOI & VERITE DE LA RAISON


CONFERENCES DE CARÊME

du Père Vincent-Paul Toccoli, sdb

Dimanche 25 février 2007
Vérité de la foi et vérité de la raison


La pratique scientifique ne se sépare jamais de la mise en œuvre de convictions. Et celles-ci cherchent à se rendre raisonnables. Qu’elles se servent d’observations empirico formelles ; qu’elles fassent appel aux travaux des sciences humaines ; ou encore qu’elles aient recours aux résultats de la recherche biblique &/ou théologique



La raison donne des normes : et c’est son rôle. Mais peut-elle pour autant s’ériger en l'autorité suprême en ce domaine ? Ce que la raison nous fait connaître est-il infranchissable ? Autrement dit, (ne) peut-on (pas) postuler un au-delà des champs accessibles à la raison et à son exercice ? En tant que système de principes, il est certain que la raison ne se laisse pas facilement dépasser par des prétentions à une connaissance supra ou méta rationnelle. Mais, à elle seule, elle ne nous fait rien connaître, si elle ne passe pas par l'expérience, car, sans être suffisante, l’expérience est nécessaire. Ainsi la matière même de l'expérience est-elle déjà une première limite à la raison. Mais nous ne pouvons pas non plus affirmer avec certitude que ce que nous pensons selon les règles de la raison soit a priori conforme à la réalité en soi. La réalité et ses lois peuvent souvent nous échapper en grande partie, si bien que la raison est confrontée à une résistance de la part d'une forme de non rationalité de la réalité : la normativité de la raison n'explique pas la totalité du monde.



La science et la raison scientifique nous donnent les moyens de parvenir jusqu'à un certain point - tout en allant toujours plus loin (progrès indéfini) -, à la connaissance du monde naturel, avec les limites mêmes que les domaines d’investigation imposent à son activité, et qui relèvent de cette non rationalité normative, spécifique d’un monde, qui, sans cesser d’être naturel, dépasse cette naturalité d’une « quelconque » façon ! Ce qui répugne extrêmement à la raison raisonnante, par définition !



Ces limites ne sont pas les mêmes en théologie, ou dans le domaine dit « spirituel ». En effet, dans ce domaine de connaissance, une autre activité de l’esprit s’exerce à l’évidence, et qui relève d’une rationalité « autre », dont la raison scientifique ne peut rendre compte de par sa propre nature, et qui existe cependant en dépit des résistances intrinsèques qu’elle oppose à qui veut la réduire ! La « foi » nous permettrait ainsi de dépasser, en l’intégrant, le donné naturel et de nous élever à une connaissance sur naturelle.



Certaines ruptures épistémologiques ont failli être fatales, et l’ont été en partie, dans l’avancée de l’homme vers une plus grande maîtrise des défis que son humanité même lui impose dans la complexité de ses manifestations et de son exigence de réponse. Ainsi en fut-il à l’orée de ce que les historiens ont baptisé « Temps Modernes » et qui ouvrent leur ère idéologique avec le « Cogito ergo sum » de René Descartes, ainsi qu’avec son « Discours de la Méthode » ( !) et ses Méditations Métaphysiques (1641), dans lesquelles on trouve toutes sortes de réflexions sur l'existence de Dieu (Méditation troisième et Méditation cinquième). Tout cela dans un contexte où se rencontrèrent des esprits aussi éminents quoique controversés parfois, et même souvent, que sont - rappelons le -, ceux de Galilée, de Copernic et de Giordano Bruno (ce dernier « terminant » véritablement « incendié », Campo dei Fiori, jouxtant le Palazzo Farnèse, destiné à devenir le siège de notre ambassade en Italie...). Contexte on ne peut plus déstabilisant où il n’est étonnant pour personne, que l'Église, encore enfermée dans une conception étroite de la pensée scolastique, se soit opposée à une conception de la croyance en Dieu qui s'appuyait par trop sur l'observation par l'expérience et sur les raisonnements scientifiques (lois de Kepler sur le mouvement des planètes, gravitation universelle, héliocentrisme...).

Et puis le romantique 19ème siècle (comme Sǿren Kierkegaard, philosophe) « pensera » que c'est la foi, plus que la raison, qui est essentielle. L'expérience de la foi de Kierkegaard, vécue dans la souffrance, lui fait ressentir l'incertitude, alors que l'on pourrait croire que la raison apporte la certitude. En 1942 par exemple, le théologien Henri de Lubac va donner Kierkegaard comme exemple de foi dans le cadre de l'humanisme athée et de la catastrophe nazie. Mais il n'est pourtant pas nécessaire de faire cette expérience de souffrance pour faire l'expérience de la foi. La foi a ses limites, tout comme la raison : limites imposées, certes non par l’objet auquel on croit, mais par le sujet qui croit. Quand il s’exerce à vivre « hic et nunc »,



Imparfait ou déchu, l’homme est le grand mystère

Dans la prison des sens enfermé sur la terre !
(A. de Lamartine)



Parvenu à ces limites, nous n'avons plus de principe d'explication, et nous sommes confrontés à l'altérité radicale du monde. A la recherche de l'origine de cette altérité, les uns l'expliqueront par l'hypothèse d'un Dieu créateur, d'autres ne formuleront aucune hypothèse, d'autres encore nieront l'existence de tout principe divin.



Dans tous les cas, si la « croyance » que l'on choisit n'est déjà manifestement pas entièrement rationnelle, que dire de la "foi", qui se distingue de la croyance par son objet, qui est un être, une personne, un Autre, et non pas des mots, une chose, un dogme ?

Et il ne laisse pas d’être immense, l'écart entre les deux termes Foi & Raison, que le monde contemporain confie maintenant à l’investigation de la linguistique et de la sémantique !

"Je vois par exemple que deux fois deux font quatre, écrit Spinoza, et qu'il faut préférer son ami à son chien, et je suis certain qu'il n'y a point d'homme au monde qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois point ces vérités dans l'esprit des autres, comme les autres ne les voient point dans le mien. Il est donc nécessaire qu'il y ait une raison universelle qui m'éclaire et tout ce qu'il y a d'intelligence. Car si la raison que je consulte n'était pas la même qui répond aux Chinois, il est évident que je ne pourrais pas être aussi assuré que je le suis que les Chinois voient les mêmes vérités que je vois. Ainsi la raison que nous consultons quand nous rentrons dans nous-mêmes, est une raison universelle. Je dis quand nous rentrons en nous-mêmes, car je ne parle pas ici de la raison que suit un homme passionné. Lorsqu'un homme préfère la vie de son cheval à celle de son cocher, il a ses raisons, mais ce sont des raisons particulières dont tout homme raisonnable a horreur. Ce sont des raisons qui dans le fond ne sont pas raisonnables, parce qu'elles ne sont pas conformes à la souveraine raison, ou à la raison universelle que tous les hommes consultent."



Dans la recherche de la vérité, personne ne peut faire l’économie de l’expérience personnelle. Mais avant même cette expérience personnelle – que l’existence se charge de nous procurer -, une condition est nécessaire et suffisante à la fois, c’est la capacité que l’homme a ou n’a pas d’être sensible à s’interroger sur le sens de ce qui lui arrive ! C’est dans les situations limites que la preuve peut en être administrée et les résultats constatés. Car c’est être grandement amputé de son humanité, que d’être - ou d’avoir été rendu -, proprement incapable de s’étonner d’être plutôt que de n’être pas, ou de pouvoir cesser d’être.



La Raison et la Foi supposent, en effet, l’étonnement poétique, seul capable de nous introduire aux mystères conjugués de la nature et de la surnature , de l'intelligence et de la grâce :



Quand je vous parle des choses de la terre, vous ne vous « étonnez » pas !

Comment pourriez-vous vous « étonner », si je vous parle des choses du ciel ?
(Jn 3,12)

BON ANNIVERSAIRE

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(Vincent van Gogh, Lettre du 8 février 1883)











BON ANNIVERSAIRE



13 février 2007, c’est donc mon anniversaire ! Mon 65ème !

Comme chaque matin, j’ai médité sur les textes liturgiques du jour, et je me suis arrêté sur ce passage de Marc 8,14-21.

« Après un silence, loin de la rive et de ses miasmes, Jésus leur recommanda de se garder du levain des pharisiens et des partisans d'Hérode, tandis qu'eux-mêmes continuaient de maugréer les uns envers les autres à cause de la provision de pain qui allait s’épuiser! Jésus se rend compte qu'on ne l'écoute pas : "Mais qu'est-ce que vous avez à ronchonner comme ça?" Il suit leur regard braqué sur le sac à pain. "C'est à cause du pain ?" Alors il éclata : "Vous n'avez pas encore réalisé ? Mais décidément, vous ne comprenez rien à rien ! Vous êtes complètement bouchés ! Vous avez des yeux et vous ne voyez rien! Vous avez des oreilles, et vous n'entendez rien ! ... Vous avez oublié ? Quand j'ai partagé les cinq pains pour les cinq mille personnes, combien il restait de couffins ? - Douze ! - Et des sept pains pour les quatre mille? Combien ? - Sept ! - Et c'est toujours pas clair ?" Silence... (Transposition tirée de mon ouvrage « Relire le Testament, Tome 1 : Marc-Matthieu, Factuel, 2006)

Ce matin, ma méditation évangélique était accompagnée d’un texte de Vincent de Lérins, moine, mort en 445 (coïncidence, providence ? en tout cas concomitance !), tirée de son Commonitorium, 23.
Vincent était originaire d'une bonne famille gauloise. Il fait de bonnes études tant profanes que théologiques. Mais les choses religieuses ne l'attirent guère. Il avouera lui-même n'être arrivé que fort tard "au port de la religion" après avoir été entraîné longtemps "dans le tourbillon amer et incohérent de la vie du monde." En ce temps-là, Honorat avait fondé, dans une des îles de Lérins, au large de Cannes – où je vis désormais ! -, une petite communauté qui devint l'abbaye de Lérins. C'est là que Dieu appelle Vincent, dans "ce lieu écarté (la petite île s'appelle aujourd'hui Saint-Honorat) et, dans ce lieu, la cellule d'un monastère." Dans cette retraite, la culture acquise dans sa jeunesse trouvera à s'employer. Il rédigera plusieurs écrits : un recueil de morceaux choisis de saint Augustin et surtout, sous le pseudonyme de Peregrinus (l'étranger, le migrant), le "Commonitorium" ou aide-mémoire dont le but est de donner une règle sûre permettant "de distinguer la vraie foi catholique de l'erreur des hérésies." Ce fut longtemps une des lectures des hommes d’Église dans l'Occident. Elle mériterait de l'être encore dans notre monde moderne.
(http://www.salve regina.com/Theologie/Canon_saint_Vincent_Lerins.htm#_Toc23299677

« Dans l'Église du Christ, ne peut-il y avoir aucun progrès de la doctrine ?...
Mais certainement, il en faut un, et considérable !
Qui serait assez jaloux des hommes et ennemi de Dieu pour tenter de s'y opposer ?
Mais à condition qu'il s'agisse d'un véritable progrès de la foi, et non d'une altération...
Il faut donc que grandissent et que progressent fortement en chacun comme en tous, chez un seul homme autant que dans l'Église entière, au cours des âges et des siècles,
l'intelligence, la science et la sagesse ;
mais il faut qu'elles progressent chacune, selon sa propre nature,
c'est-à-dire dans la même doctrine, le même sens, la même affirmation...
La foi chrétienne doit suivre les lois du progrès pour qu'elle se fortifie avec les années, que le temps la développe, que l'âge l'ennoblisse.
Nos pères ont semé jadis le froment de la foi pour la moisson de l'Église.
Il serait injuste et choquant que nous, leurs descendants, au lieu du blé de la vérité authentique, nous y récoltions l'erreur frauduleuse de l'ivraie (Mt 13,24s).
Au contraire, il est juste et logique qu'il n'y ait pas de désaccord entre les débuts et la fin et que nous moissonnions ce blé qui s'est développé depuis que le même blé a été semé.
Ainsi, alors qu'une partie des premières semences doit évoluer avec le temps,
il conviendra encore maintenant de les fertiliser et d'en parfaire la culture. »

Entre cette stupidité crasse ses compagnons soulignée véhémentement dans Marc par l’homme Jésus, et le discernement informé de l’homme Vincent de ne retenir du « froment de la foi » que le « blé de la vérité », et non « l’erreur frauduleuse de l’ivraie »,... je ne peux pas ne pas considérer l’éventualité) qu’il y ait aujourd’hui, après vingt siècles de christianisme(s), quelque « désaccord entre les débuts et la fin », et que nous –l’Église -, ayons omis de comprendre - comme les premiers compagnons de Jésus -, et de permettre – comme Vincent de Lérins -, « qu'une partie des premières semences doit évoluer avec le temps » et qu’ « il conviendra encore maintenant de les fertiliser et d'en parfaire la culture. »

Est-ce (seulement ?) à coup de statistiques - nécessaires, nul n’en disconvient !-, que les semences de la foi évoluent pour autant, se trouvent « encore maintenant » fertilisées et que leur culture en est ainsi bonifiée ? Me parviennent ce matin, par « le même courrier de la Providence » quelques données de l’annuaire pontifical 2007. (AP/ANNUAIRE PONTIFICAL/BERTONE-VIS 070212 (260))
Mon confrère SDB, le Cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d'État et Number 2 de l’Eglise, les a présentées au Saint-Père, hier 12 février.
• Quelques nouveautés : en 2006, 12 diocèses ont été créés, 9 sièges métropolitains et 1 administration apostolique, tandis qu'étaient élus 180 nouveaux évêques.
• De 2004 à 2005 les catholiques sont passés de 1 milliard 98 millions à 1 milliard 115 millions de personnes, les 1.098 millions, enregistrant une croissance de 1,5 % (1,2 % pour la population mondiale). Leur proportion est sensiblement la même que précédemment (17,20%).
• Ces deux dernières années (2005 &2006) le nombre des catholiques s'est accru en Afrique (3,1 %) pour une croissance continentale de 2,5 %. En Asie l'augmentation dépasse celle de la population globale (2,7 % et 1,18%). Même chose en Amérique (1,2 % contre 0,9 %). En Europe, on enregistre une légère augmentation pour une population stable.
• En 2004-05, l'Eglise comptait 406.411 prêtres contre les 405.891 précédents (en augmentation de 0,13%) avec des disparités continentales: les accroissements en 113.044 en 2004 à 114.439 en 2005 (plus 1,23%), et les vocations les plus nombreuses Afrique et en Asie (de 3,80% et de 3,55%) sont à opposer au 0,5% de diminution en Europe et Amérique, et au moins 1,8% de l'Océanie.
• Diocésains ou religieux, les candidats au sacerdoce sont en augmentation, passant de sont enregistrées en Afrique et Asie, tandis qu'elles reculent en Europe et en Océanie.

Je m’en réjouis de tout cœur. Mais à sa (re)lecture, je ne peux m’empêcher d’être saisi de ce « désaccord » dont parle notre moine de Lérins ! Désaccord entre
• une joie sincère, certes : la croissance du nombre des Catholiques est donc supérieure de 3 centièmes à celle de la population mondiale ; « nous » augmentons partout : Afrique, Asie, Amérique ! Et même en Europe ! Le nombre des prêtres aussi augmente (de 0,13%, seulement il est vrai !), et celui des religieux en Asie et Afrique (respectivement de 3,80% et de 3,55%)...
• Et le constat quotidien de l’inadéquation des discours et actes de l’Église avec les besoins spécifiques des hommes d’aujourd’hui, qu’ils soient chrétiens ou non !

Ou alors je dois me rendre à l’évidence : je serais irrémédiablement aveugle, perversement négatif et dangereusement paranoïaque. Parce que je dis et répète que « l'intelligence, la science et la sagesse » exigées par Vincent de Lérins font défaut depuis un certain temps « chez nous », et que la religion, comme au temps de l’homme de Nazareth, a pris le pas sur la foi. Et qu’à vouloir n’être que « catholiques romains », nous en sommes devenus à n’être plus tout à fait chrétiens !
Oui, bien sûr, on pourra toujours traiter mes réflexions de jérémiades !
Oui, bien sûr ! Comme Jérémie – mais moins « célèbrement » que lui !-, je me vois obligé par « vocation » d’ « arracher l'illusion pour planter l'espérance » !
« Le drame de la vie de Jérémie n'est pas seulement dans les événements auxquels il fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer et il a été envoyé prédire surtout le malheur. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, contre tout le peuple. Il en était devenu « homme de querelle et de discorde pour tout le pays. » Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? », et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né… » et la suite.... Mais cette souffrance lui aura épuré l’âme en l’ouvrant au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c'est la religion intérieure et cordiale qu'il a pratiquée avant de la formuler dans l'annonce de la Nouvelle Alliance. Cette religion personnelle l'a conduit à un approfondissement de l'enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, il rend à chacun selon ses actes ; l'amitié avec Dieu est rompue par le péché qui sort du cœur mauvais... La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n'a cessé de grandir après sa mort par sa doctrine d'une Alliance Nouvelle, fondée sur la religion du cœur...En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l'âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d'abnégation et de souffrance au service de Dieu fait de Jérémie une figure du Christ. » (http://www.ephphata.net/quand-le-Ciel-parle/Jeremie.html) !

Quelle belle compagnie, ce matin, inaugurateur de mon 3ème âge : Marc, Vincent de Lérins, Tarcisio Bertone et, pour finir, Jérémie. De l’aube de l’Église à son 21ème siècle !

C’est avec eux que je vais boire le champagne de l’espérance qui finira par l’emporter – c’est ma foi !- sur les fata morgana de l’illusion !

LES ABÎMES DE L'ÂME

LES ABÎMES DE L'ÂME
LES ABÎMES DE L'ÂME
LES ABÎMES DE L'ÂME

LES ABÎMES DE L'ÂME

Les abîmes de l’âme

« J’ai gazé les Juifs,
j’ai tué des Kurdes,
j’ai anéanti des Arméniens,
j’ai bombardé les Arabes,
j’ai vendu des Nègres,
j’ai empalé des Indiens,
j’ai torturé des résistants,
j’ai égorgé des enfants,
j’ai ouvert des ventres de femme avec leurs fœtus à l’intérieur,
j’ai coupé des têtes et des membres à la hache,
j’ai mangé du vagin de fillette,
bu du sang de trisomique,
j’ai brûlé vivants des tziganes et des homosexuels,
j’ai déporté des Albanais,
j’ai tiré sur le pape,
j’ai poignardé Abel,
j’ai accusé Socrate,
j’ai livré Jésus aux grands prêtres,
je l’ai lapidé,
mutilé,
supplicié,
je l’ai cloué sur la croix,
je lui ai transpercé la poitrine
et j’ai pouffé de rire en voyant le Roi des Juifs crever comme un chien ! »
(Eric Bénier-Bürckel, Un peu d'abîme sur vos lèvres)

Confession torrentielle - démente à la Antonin Artaud et dé-paysante à la José Luis Borgès -, réflexion
• sur le mal (absolu ?),
• sur les abîmes que chacun recèle en soi (Ich bin das einzige Opfer eines Massenmordes : Je suis l’unique victime d’un massacre de masse !),
• sur notre incapacité (inaptitude ?) à aimer !
Confession d’un homme et de tous les hommes !

L’actualité de ces dernières semaines nous a fait surfer sur les rouleaux monstrueux de réalités fictions où le virtuel, - cet « autre » réel -, ne laisse pas d’importuner notre désir de silence et d’attiser notre appétence de mort !

• Voilà qu’on met en scène, comme pour une répétition générale d‘un scénario connu (l’assassinat de Robert Kennedy à Los Angeles, le 6 juin1968, pendant la campagne du partir démocrate pour la nomination présidentielle) le vrai faux assassinat de l’actuel président (voir le document
idéo L'assassinat fictif de George W. Bush) !

• Voilà que le NOUVELOBS.COM | 05.02.2007 rapporte que selon les statistiques de l'UNPS, un suicide survient toutes les 40 minutes. Plus de 10.500 personnes se tuent chaque année. En 2003, d'après les chiffres du ministère de la Santé, 10 660 décès par suicide ont été enregistrés dont 7 940 pour des hommes et 2 720 pour des femmes.

• Voilà que © genethique.org du jeudi 18/01/07 (on peut consulter par le soulignement) nous révèle que nous comptons en France : 1 avortement toutes les 2,5 minutes. "On peut estimer pour chaque année que sont commis entre 207 000 avortements (chiffres INED pour l'année 2002) et 210 664 avortements (chiffres SAE pour l'année 2004) ce qui veut dire que toutes les 2,5 minutes se produit un avortement en France", soit 576 avortements par jour. Et le communiqué conclut : "Cela fait de l'avortement, avec le cancer, la première cause de mortalité en Europe bien au-delà des autres causes de mortalité "externes" tels que les suicides, les accidents de la route, la drogue, l'alcool, le sida, etc., ainsi que des décès par maladie".

• Quant à Éric Le Boucher pour Le Monde, Chronique LE MONDE | 24.01.07, citant Klaus Schwab : "Un monde schizophrénique nous fait face, écrit le fondateur du Forum économique mondial de Davos. Il est de plus en plus complexe et de plus en plus difficile à comprendre." Et de décrire les défis ("challenges"), selon le vocabulaire davosien, classés en quatre chapitres :
1. les forces économiques émergentes (Chine, Inde, Brésil, Russie comptent pour 40 % de la croissance mondiale) ;
2. la géopolitique dangereuse (Proche-Orient, armes atomiques, pétrole) ;
3. la technologie (qui brise les liens sociaux classiques) ;
4. l'environnement mouvant du business (l'impératif écologique, la montée des consommateurs).
Pour conclure tout simplement : Si le monde est schizophrénique, la France l'est au carré.

Mais la « dés-orientation » va beaucoup plus loin (si l’on peut parler de distance dans un monde einsteinien où il n’y a plus de centre) : brouiller les frontières du bien et du mal ne suffit pas, ne suffit plus, même pas leur dépassement (Jenseits des Guten und des Bösen, Friedrich Nietzsche) ! Robert Solé, nous fait à la fois rire et pleurer dans sa chronique du 24.01.07 dans LE MONDE. « Royal Nepal Airlines a dû présenter ses excuses au Pérou pour une confusion regrettable : son affiche de promotion touristique, intitulée « Avez-vous vu le Népal ? », reproduisait une photo des ruines incas du Machu Picchu. Une erreur géographique de quelque 11 000 kilomètres ». Bien sûr, continue-t-il justement, sur le mode humoristique : « Que dirions-nous si British Airways utilisait la tour Eiffel ou le Mont-Saint-Michel pour vanter les mérites de Londres ou de l’Écosse ? Mais il ne faut pas être frileux et mesquins, bêtement nationalistes. Nous sommes à l’ère de la mondialisation. Pourquoi le Machu Picchu ne serait-il pas au Népal et Katmandou au Pérou ? » Castigat ridendo mores : (la comédie est censée) « châtier les mœurs par le rire »

Oui, pourquoi le Machu Picchu ne serait-il pas au Népal et Katmandou au Pérou dans u n système qui ne serait plus ni euclidien ni copernicien ?
Oui, pourquoi l’assassinat ne pourrait-il pas être considéré comme l’un des beaux-arts, comme le propose Thomas de Quincey (« De l'assassinat considéré comme l’un des beaux-arts) ?
Pourquoi ne pourrait-on pas crier dans les aula magna des universités : Vive la mort ! comme le fit paradoxalement Miguel de UNAMUNO, lors du désormais historique « Discours de Salamanque », le 12 octobre 1936 : « Je viens d’entendre le cri nécrophile « Vive la mort » qui sonne à mes oreilles comme « A mort la vie ! » Et moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes qui mécontentaient tous ceux qui ne les comprenaient pas, je dois vous dire avec toute l’autorité dont je jouis en la matière que je trouve répugnant ce paradoxe ridicule. Et puisqu’il s’adressait au dernier orateur (le général Millan Astray) avec la volonté de lui rendre hommage, je veux croire que ce paradoxe lui était destiné, certes de façon tortueuse et indirecte, témoignant ainsi qu’il est lui-même un symbole de la Mort. » Millan Astray est l'auteur du cri de ralliement franquiste pendant la guerre d'Espagne : « Viva la muerte ! » Puis : « A mort l'intelligence ! », cri de guerre prononcé en octobre 1936 contre le philosophe Miguel de Unamuno à l’Université de Salamanque dont il était le recteur.

« Hannibal ad portas !» hurla-t-on dans Rome « quand le chef borgne monté sur l’éléphant gétule » (José Maria de Heredia) fit retentir son barrissement de haine envers l’Urbs !
« Les invasions barbares » titrait dernièrement le film euthanasique de Denys Arcand (2003).
Il ne faudra pas s’étonner si bientôt « La Métamorphose des Cloportes » (Jimmy Smith. Real. P. Granier-Defferre, 1965) sera fin prête pour « L'invasion des Profanateurs de Sépultures » (Denis Zeitlin, Real. P. Kaufmann, 1978) !

Nous savons que nous sommes capables de tout : « pervers polymorphe » suivant Sigmund Freud, ecce homo !
Dans « L'homme révolté », Albert Camus explore certaines conséquences du relativisme moral, lié à la position matérialiste : "Mais cette réflexion, pour le moment, ne nous fournit qu'une seule notion, celle de l'absurde. À son tour, celle-ci (la notion de l’absurde) ne nous apporte rien qu'une contradiction en ce qui concerne le meurtre. Le sentiment de l'absurde, quand on prétend d'abord en tirer une règle d'action, rend le meurtre au moins indifférent et, par conséquent, possible. Si l'on ne croit à rien, si rien n'a de sens et si nous ne pouvons affirmer aucune valeur, tout est possible et rien n'a d'importance. Point de pour ni de contre, I'assassin n'a ni tort ni raison. On peut tisonner les crématoires comme on peut aussi se dévouer à soigner les lépreux. Malice et vertu sont hasard ou caprice. (...) Dans ce dernier cas, faute de valeur supérieure qui oriente l'action, on se dirigera dans le sens de l'efficacité immédiate. Rien n'étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la règle sera de se montrer le plus efficace, c'est-à-dire le plus fort. Le monde alors ne sera plus partagé en justes et en injustes, mais en maîtres et en esclaves. Ainsi, de quelque côté qu'on se tourne, au coeur de la négation et du nihilisme, le meurtre a sa place privilégiée."

Dur, Camus, dur le Nobel pied-noir ! Si cette position ne « plaît » pas, pas plus que celle du génial viennois, il faut alors en adopter une autre, mais de manière cohérente, conséquente.

Si on examine la vision du monde judéo-chrétienne et le matérialisme touchant la manière de voir l'homme, le contraste est frappant. CS Lewis, auteur chrétien et copain de JRR Tolkien, affirmait (in Green & Hooper 1979: 204) : (et ce sera le pot de la fin, ce matin) :

« There are no ordinary people. You have never talked to a mere mortal. Nations, cultures, arts, civilisations - these are mortal... But it is immortals whom we joke with, work with, marry, snub, and exploit... Next to the Blessed Sacrament itself, your neighbour is the holiest object present to your senses…
Il n’y pas de gens ordinaires. On ne s’adresse jamais à de simples mortels. Nations, cultures, arts, civilisations : tout cela est mortel !... Mais ils sont immortels ceux avec qui nous jouons, oeuvrons, nous marions, rabrouons, exploitons... Après le Saint Sacrement, notre voisin est la présence sensible la plus sainte ».

On ne peut que répéter avec Dostoïevski: « Si Dieu n'existe pas, tout est permis. »



AVEC LES CHIOTS ET LES ETRANGERS

LE JEUNE HOMME RICHE ET L ETRANGERE
ou
La compagnie des chiots

« ...Il entra dans une maison, pensant qu'on ne l'y connaissait pas encore : impossible ! Dans l'instant, une femme, apprenant qu'il est dans les parages, court se jeter à ses pieds : elle a une fille, encore toute petite, qu'un mauvais esprit habite. C'est une Grecque, originaire de Syro Phénicie, une étrangère pour tout dire. Elle supplie Jésus de guérir sa fille ! Jésus la regarde un instant et lui déclare, -au grand scandale de ses compagnons d'ailleurs, qui ne s'expliquent pas (encore) son attitude : "Laisse donc les enfants de la maison se rassasier d'abord : ça ne se fait pas de leur arracher le pain de la bouche pour le jeter aux chiens, sous la table !" La femme ne se démonte pas et lui répond du tac au tac (Jésus n'en attendait certainement pas moins d'elle ! Et maintenant les compagnons ont compris et ils soupirent d'aise !): "Oui, Seigneur, tu as raison. Mais les chiens, sous la table, mangent les miettes que leur jettent les enfants de la maison !" Alors Jésus lui déclare, haut et clair : « A cause de ce que tu viens de dire : va, ta fille est guérie. » La femme courut en hâte chez elle et elle trouva sa fille, calmement allongée sur son lit, le démon l'avait laissée ! » (Marc 7,24-30).

Parfois je me demande si je ne suis pas en train de glisser sous la table avec les chiots auxquels les enfants de la maison s’amusent à jeter miettes, bouts de gras et os à ronger... moins pour les nourrir, que pour s’amuser : parce que les enfants s’ennuient vite à table, et n’ont qu’une hâte, la quitter pour aller jouer ! Elle était grecque donc, et d’origine syro phénicienne, une étrangère, quoi ! Et ne connaissait certainement « ni les anciens prophètes ni les récents miracles de Jésus, ni ses commandements ni ses promesses, et de plus repoussée par lui ! » (Bède le Vénérable, vers 673-735, moine, docteur de l'Église, Homélies sur les Évangiles I, 22 : CCL 122, 156-160 ; PL 94, 102-105). Elle sait qu’elle n’est pas « de la maison ». Mais elle pense qu’elle y a quand même droit, à ce Jésus, à cet homme qui peut l’aider ! Alors, quel qu’il soit, et quelle qu’elle soit, c’est en (la seule) vertu de sa qualité d’être humain, qu’elle demande et persévère.

Il est des hommes qui appartiennent, comme çà, à tout le monde, et on va les voir parce qu’on sait que même s’ils nous surprennent, ils vous viendront en aide. Il en est d’autres, dont c’est le métier pourtant d’« être là pour les autres », et que personne ne va voir, car on sent de suite que ce sont des imposteurs : ils usurpent des postes pour lesquels ils ne sont pas faits, mais qu’ils occupent pour leur plus grand confort personnel! L’étrangère l’aurait immanquablement senti : mais si elle insiste, c’est qu’elle va de suite plus loin que l’épreuve apparente ! Elle est sa vraie disciple, au fond : Si quelqu’un te demande ta chemise, donne-lui aussi ton manteau, et s’il te demande de faire une lieue avec lui, fais-en deux !

Elle a de suite compris qu’il lui faut toujours aller plus loin, et que si sa demande est claire (Viens guérir ma fille !), il lui est demandé en même temps de la dépasser, de renoncer jusqu’à ses droits, et d’accepter la grâce même en miettes! Son E/esprit lui vient en aide : étrangère ou pas, elle relève le défi : C’est vrai, je ne vaux pas plus qu’un chiot ! Et lui se souvient qu’il a dit ailleurs : Si mon Père s’occupe de nourrir les moineaux, comment pourrait-il oublier ses enfants et les laisser mourir de faim !

Car c’est de faim et de soif qu’il s’agit ! Désirs et demandes, faims et soifs insatiables de bonheur et de santé (Bonne Année ! Bonne Santé !) témoignent de notre appétit infini d’éternité. En Chine - dans le Guangdong et à Hong-Kong en tout cas -, en guise de Bonjour, on vous dit « Chi fan ! », c’est-à-dire « Vous avez mangé ? 吃饭 ! » J’aime ces cultures qui parlent d’abord de la terre avant de 'cérébraliser', de dogmatiser et de théologiser ! Quand je vous parle des choses de la terre, vous ne m’écoutez pas, comment pourriez-vous m’entendre si je vous parlais des choses du ciel ? Jésus n’est décidément pas européen, ni occidental ni cartésien ! Jésus est de la race des chiots : de nous il ne reçoit habituellement, accepte et transcende que « miettes, bouts de gras et os à ronger » !
L’étrangère, la grecque syro-phénicienne a révélé un peu plus le fils d’Israël בני ישראל à lui-même : car, « grâce » à leur échange du tac au tac, il se rend bien compte que « son royaume n’est pas de ce monde » ! Il le suggèrera bientôt à un jeune homme venu naïvement lui demander « la clé du royaume ». Et quand il avait osé lui proposer la « compagnie des chiots » (Va, vends tout, donne le produit aux pauvres ! Puis, viens avec moi !), l’adolescent s’était rembruni : il était déjà trop riche de la table toujours servie au paternel foyer (Victor Hugo), cela avait fini par le rendre incapable d’ entendre l’appel de la ‘nada’, l’appel de l’ ‘obscur désir’ (Jean de la Croix) qui se nourrit de l’élémentaire premier, des restes, du rebut, car il sait une autre boisson à laquelle il se prépare en renonçant jusqu’au milk of the human kindness, au lait de la tendresse humaine (William Shakespeare).

Au bout de cette méditation matutinale (il est 6h), je ne me le demande plus : si je n’y suis déjà, c’est sous la table qu’est définitivement ma place, avec tous les chiots de la terre auxquels les enfants des establishments et du consumérisme institutionnel croient faire du bien et être charitables, en leur jetant pour s’amuser « miettes, bouts de gras et os à ronger...»

Quel travail, mon Dieu, pour passer du jeune homme riche à la grecque syro phénicienne !
Alors, « xénophile* ou philoxène** », laisse-moi sous la table, avec les chiots et les étrangers !

* &** : = qui aime les étrangers ou/& que les étrangers aiment (comme pour « théophile ou philothée » = qui aime Dieu ou/& que Dieu aime !)


SOUS LA TABLE

SOUS LA TABLE

De la frugalité...

Chers amis,

Si le coeur vous en dit, venez goûter quelques saveurs

De la frugalité

Vendredi 9 février 2007, entre 12h15 & 13h45
Fondation Sophia Antipolis, Place Sophie Laffitte, Salle Bérény,
SOPHIA ANTIPOLIS

Vous êtes invité/e, comme chaque vendredi ....
A vendredi, peut-être...
Vincent Paul Toccoli
La frugalité contient toutes les vertus (Cicéron)
« Oser la sagesse » nous dit Horace (père du « Carpe diem »).
Comme disait Roland Barthes, "le stéréotype, c'est ce qui commence à me fatiguer".

Histoire de garder le contact...

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