Les Enfants perdus d ‘Alpha

Les Enfants perdus d ‘Alpha

 

ou

Les harragas de l’esprit

 

 

Fondamentalismes et radicalismes

sont les produits d’arbres secs et l’expression des peurs

 de ceux auxquels on explique que tout va mal sans proposer de solution fût-elle farfelue.

Claude Christian Pierre

 

De l’endroit pastoral où je me situe et où j’évolue sur la Technopole Internationale de Sophia Antipolis et parmi les étudiants-chercheurs– milieux humains aux conditions de travail intéressantes mais difficiles, aux situations familiales compliquées, soumises aux perspectives politiques et professionnelles aussi troubles qu’incertaines ainsi qu’à tous les stress et à toutes les dérives de la vie chère et de l’inflation, (même, et c’est là le paradoxe, si nous ne sommes pas dans une situation d’inflation. La Banque Centrale Européenne y veille tant que nous souffr(ir)ons d’un Euro beaucoup trop fort. Les difficultés ressenties proviennent en fait plus d’une confiscation des revenus pour alimenter le fameux « modèle social » français qui, usé jusqu’à la corde, coûte de plus en plus cher à entretenir, aux perspectives politiques et professionnelles aussi troubles qu’incertaines.) - :  je dois constater que l’opinion qui prévaut se résume à trois réalités devenues malheureusement des clichés : horizons bouchés, jeunesse désorientée et en partie désespérée, vie citoyenne et ecclésiale bruyante, bavarde, mais superficielle sinon inexistante...Tous les ingrédients pour une tragédie ordinaire sont réunis.

À peine remis des attentats de New York, de Londres et de Madrid, le monde se retrouve plongé dans le cauchemar et la hantise d'une reprise généralisée du terrorisme fondamentaliste radicalisé avec les kamikazes de Casablanca et les voitures piégées d’Alger, sans compter les attentats quotidiens de Bagdad. Al Quaïda n’est plus seulement  une ombre qui pèserait sur le monde, mais est devenu une « manière de vivre », paradigmatique de toutes les autres ombres, idéologiques ou matérielles de la globalisation, qui rendent opaque la quête d’un sens pour vivre, comme citoyen et comme croyant, et nous condamnent, faute d’en trouver ou d’être aidés à en trouver un, à inventer, dans la colère, le sang et la fureur, voire la rage, un quelconque ré- enchantement du monde, même si c’est du toc !

De Washington à Moscou, et de Rome à Dharamsala, on occupe la scène comme on peut, ou comme on sait faire : Bush ne cesse d’inventer n’importe quoi pour soutenir qu’il a (toujours eu) raison en matière d’Irak ; Poutine ne peut (plus ?) supporter les journalistes ni aucune contradiction ; depuis un certain (long) temps, le Dalaï Lama semble s’être effondré dans une méditation nirvanique in(dé)finie; et notre pape théologien ne cesse d’écrire, et n’hésite pas à publier maintenant sous un double nom (1) !

La Chine, elle, attend patiemment son tour : elle sait que l’Occident ne sait plus comment faire, que l’Europe n’a plus d’ « idée », et que la civilisation chrétienne bégaie d’incapacité et baille d’ennui, en « croyant que le ciel t’aidera, même si tu ne t’aides pas ! » La Chine connaît la durée, le sacrifice, et la décision associée à l’opportunisme. Elle est le nouveau Bayard global: elle est fière (depuis plus de 4000 ans), pure (de tout scrupule et de tout remords, en tout cas depuis le sac du Palais d’Été les 7 & 8 octobre 1860), joyeuse (de tous ses bouddhas heureux auxquels elle n’a jamais cru) et conquérante (avec ses 10% de croissance annuelle). Même si ces 10% de croissance annuelle  (comme du reste celle de l’Inde) soient des croissances en trompe l’œil qui s’appuient d’une part sur un accroissement des facteurs de production mis en œuvre et non pas sur l’augmentation de la productivité des facteurs unitaires de production (théorie de Krugman) - seule croissance « durable » - , et en laissant d’autre part des pans entiers de la population à l’écart de cette croissance ce qui est un facteur de troubles intestins à prévoir. De toutes façons, les Fils du Ciel ne peuvent se payer le luxe spirituel d’être fragiles devant un dieu quelconque, et surtout pas devant un Jésus-Christ acceptant et soumis à une mort infâme : l’avenir est au cynisme à la Sun Tzé (2)

 

Croix dans lif 

 

Indiscutablement – et pour m’occuper de ce qui me regarde -, la méthode employée par Rome     constitue un authentique tournant. On n'avait jamais assisté à la transformation de la chaire de St Pierre en chaire d‘Université : j’ai déjà écrit en, son temps (blog de l’époque) que Regensburg n’est pas un accident ! Regensburg est l’inauguration d’une autre façon d’être SSD (Servus Servorum dei) : le Vicaire du Christ est désormais un enseignant, à l’érudition insondable, à la spécialisation pointue et à l’expérience montaignienne, celle du « poêle » (le tour de son bureau de travail). Le nouveau vicaire du Christ était, est et sera toujours un Unversitätsprofessor ! Que ce soit la première encyclique du pontificat « Deus Caritas est », puis l’exhortation apostolique « Sacramentum Caritatis» : elle ne diffèrent en rien, sinon en la forme, du 1er tome de sa dernière œuvre Jésus de Nazareth (un premier tome de 450 pages va du baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain à la Transfiguration) qu’il signe "Joseph Ratzinger-Benoît XVI", se montrant par là double en un ! « C'est une première à bien des égards, commente Henri Tincq. Jamais un pape régnant n'avait publié un ouvrage qu'il qualifie lui-même de "quête personnelle", c'est-à-dire ne revêtant pas l'autorité de son magistère. Dans sa préface, il prend même soin d'indiquer que "chacun sera libre de (le) contredire". Tincq continue : « L'ouvrage de Benoît XVI puise dans sa nostalgie de jeune croyant lisant des auteurs (Daniel-Rops, Romano Guardini sont cités) qui ne séparaient pas encore le "Jésus de l'histoire" et le "Christ de la foi"...Il veut réconcilier l'histoire et la foi : "Le Jésus des Évangiles est une figure historiquement sensée et convaincante. Elle est plus logique et compréhensible que les reconstructions que nous avons dû affronter ces dernières années. La Crucifixion ne peut s'expliquer que parce qu'il s'est vraiment produit quelque chose d'extraordinaire, parce que la figure et les paroles de Jésus ont dépassé radicalement toutes les espérances et attentes de l'époque". Ce livre de Benoît XVI se veut un avertissement à l'humanité : "Nous déclarons Dieu mort, ainsi sommes-nous aussi Dieu ! Et les hommes ne sont plus propriété d'un autre, mais les seuls patrons d'eux-mêmes et les propriétaires du monde." Mais "là où Dieu est considéré comme une quantité négligeable que l'on peut écarter au nom de choses plus importantes, alors ces choses prétendument plus importantes échouent, conclut-il. L'expérience négative du marxisme n'est pas la seule à nous le démontrer." (3)

La tentation est forte d'incriminer la politique de réconciliation catholique menée par le successeur de Jean Paul II depuis son arrivée au pouvoir : il aura 80 ans lundi 16 avril (aujourd’hui où j’écris ce billet) et fêtera, trois jours plus tard, le deuxième anniversaire de son élection. Sans besoin de referendum (l’Église n’est pas une démocratie), il est en train d’offrir une véritable amnistie générale aux « terroristes » "repentis" de la phalange lefebvriste pour qu’ils réintègrent la vie catholique romaine !

Y a-t-il un lien entre cette clémence pontificale (toute personnelle ! L’Esprit Saint ?) et les désaffections en masse que je constate autour de moi, accompagnée d’une disqualification, en masse elle aussi, d’épiscopes issus des messianismes charismatiques de ces dernières décennies? J’assiste, impuissant, à des conduites suicidaires : chez les pasteurs comme chez les ouailles ! Cette question est âprement et tristement débattue de chez les catholiques les plus dévoués, ébranlés par ce désaveu de leur cohérence et de leur fidélité ! Beaucoup voient avec amertume - dans cette brusque et spectaculaire remanifestation de la peur atavique et du refus d’un avenir autre -, la preuve ou la confirmation que le chef de l’Église Catholique Romaine s'est fourvoyé en faisant preuve de mansuétude pastorale calculée, aux dépends de l’ouverture aux cultures du monde condamnées a priori par l ‘anathème du relativisme : en son nom - nouveau crime de lèse orthodoxie romaine-, voici exclu et excommunié tout ce qui n’est pas dans la suite rigide de l’histoire des dogmes (spécialité primordiale du pape bavarois).

Aussi imparfaite que soit cette politique de réconciliation catholique voulue par le maître de la nouvelle pensée unique romaine; aussi ambiguës que soient ses motivations profondes (où nazisme, hitlérisme et communisme des années 40 se mêlent, dans son histoire personnelle, avec les peurs issues des révoltes estudiantines de la Freie Universitäts Berlin des années 70 et  de la Rote Armee Fraktion du groupe Baader-Meinhof  des années 70 et 80-  ne s'agit-il pas plutôt de blanchir les forces de sécurité « grise » (Légionnaires du Christ, Opus Dei et Charismatiques divers) pour leurs excès fondamentalistes,  pendant toutes ses années passées (1981-2005) à la tête de l’ex Saint Office, et de faire descendre de tous les maquis de la prudence machiavélique, les combattants de la restauration et de la reconquête « catholique »!

Cela seul peut-il expliquer le nombre croissant de nouvelles recrues « super religieuses » ? Ces combattants d'un nouveau type n'appartiennent pourtant pas à la génération du Renouveau traditionnel, si on peut dire ; ils n'ont pas grand-chose à voir non plus avec ceux qui se sont battus dans es forces de « sécurité grise » dont je parle plus haut ! Sont-ils les enfants naturels de ceux qui se sont un temps laisser appeler la « génération JPII » ?  (Très) Jeunes pour la plupart, ces kamikazes cathos semblent être pour la plupart le pur produit des « dommages collatéraux » des fameux cours Alpha ? (4)

Nourris de symboliques anglo saxonnes et surtout néo conservatrices nord américaines (5), les enfants d’Alpha n'ont pas de repères culturels propres (cousins, par cela, des orphelins de Confucius nés après 1949) : ce sont des émigrés de l’inconscient collectif auquel ils appartenaient, des colonisés mentaux, implantés d ‘imaginaires incompatibles (comme le deviennent à leur tour les enfants du Shinto) ! Eux-mêmes se moquent bien des anciens groupes de pression woytiliens : loin de voir en eux les héros de la « guerre de libération » de leur Église (assimilée un temps à la Pologne !), ils les tiennent en fait pour des anciens combattants en perte de vitesse et de crédit, qui se sont maintenant « placés », après le décès grandiose du Santo Subito. Leurs modèles désormais ? Des hommes capables de tenir tête aux puissances qui s’opposent à leurs exigences de communautarisme identificatoire et de corporatisme confessionnel ! En France, il n'y a pas de groupe néo conservateur en soi, mais des individus qui se retrouvent dans un certain nombre de thèses des néo conservateurs US. Par exemple des gens qui ont, dans les années 1990, été favorables à l' "ingérence humanitaire" peuvent être, dans une certaine mesure, rapprochés des néo conservateurs (6) Et plus récemment, c’est-à-dire aujourd’hui - révélés par notre campagne présidentielle et « la vraie nature » de Benoît XVI -, de nouveaux leaders font surface. (7)

Pas de surprise à attendre : la règle non avouée du pouvoir ecclésiastique est de récupérer peu à peu le plus de terrain perdu possible. Seule (petite ?) incertitude - et  l'hypothèse n'est pas absurde - : combien de temps durera encore le pontificat de Benoît XVI ? Quel type de pape le Saint esprit se décidera-t-il à nous envoyer en suite?

Aucune solution de politique catholique n'est en vue. Avec tous les dangers que cela comporte. Même ceux qui composent avec le pouvoir se retrouvent tôt ou tard marginalisés, voire bâillonnés : parce qu'il redoute de se retrouver dans une situation analogue à celle de Jean XXIII et de Paul VI quand l’ouverture à l’avenir faisait naître à la fois et bouillonner  l’espérance et l’imagination  créatrices ! Le pouvoir veille au grain. Mais il le fait de la façon la plus maladroite qui soit, en neutralisant au passage toute velléité d’élaboration et de réception d’une nouvelle anthropologie pratique. Car vouloir considérer « le monde de ce temps » et  l’existence humaine conjoncturelle, non pas seulement du point de vue déductif de Sirius, mais en faisant patiemment l’analyse concrète des situations concrètes, serait opter avec détermination pour la vision d’un Grégoire le Grand (8), alliant la rigueur de l’analyse à la vigueur de l’action. Ce serait enfin faire montre d’une autorité spéculativo pratique, dont notre pontife manque souverainement, malgré les multiples analogies que son identité entretient avec celle de son illustrissime prédécesseur!

Les jeunes  rêvent comme jamais d'un ailleurs de plus en plus inaccessible, au fur et à mesure que notre Occident se referme sur lui-même. Chômage, injustice, mal-vivre, paupérisation matérielle et culturelle, humiliations diverses... Ceux qui ne font pas partie des nomenklaturas de l’argent et de la naissance tentent de « fuir » par tous les moyens. Le phénomène des harragas (9) de l’esprit, est en augmentation vertigineuse. L'Europe n'aura bientôt plus le monopole de ces fuites désespérées. Déjà, globalisation oblige, la jeunesse du monde dit civilisé est tout autant atteinte par ces tentatives forcenées d'émigration intérieure...

Si le désespoir est si profond, c'est que les perspectives de changement sont nulles. Chacun se sent forcé de s’avouer que la vie politique - qu’elle soit celle de la cité ou celle de l’Eglise, est un leurre.

Quels résultats ?

  • Le ressentiment et la frustration grandissent.
  • Pas ou peu de relations de confiance entre gouvernants et gouvernés, entre fidèles et pasteurs.
  • Les uns et les autres s'observent - de loin - avec méfiance.
  • C'est la règle du sauve qui peut : les uns et les autres, pour le pire.
  • Pas étonnant, dans ces conditions, que ceux qui sont au bas de la hiérarchie sociale, nationale comme ecclésiale, lorgnent, tôt ou tard, du côté des extrémistes. Qu'ont-ils à perdre ?
  • Dans ce terreau, jeune et prêt à tout, les manipulateurs ont de quoi puiser.
  • Et le gisement n'est pas près de tarir...

 

NOTES

(1) 8ème  Anathématisme : Si quelqu'un ne confesse pas que les deux natures ont été unies en Jésus-Christ en une seule personne ; qu'il soit anathème. (IIe concile de Constantinople, convoqué en 553 par l'empereur Justinien)

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(2) L’objectif de l’action et de l’existence étant de contraindre l’autre à abandonner la lutte, y compris sans résistance, grâce à la ruse, l'espionnage et une grande mobilité : il s’agit de s’adapter à la stratégie de l’autre, pour s'assurer la victoire à moindre coût.

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(3) Henri Tincq, Le Monde du 15.04.07

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(4) Voilà ce qu’on peut lire sous la plume de Anne-Marie Laidet dans Références: Témoins, n°136, septembre octobre 2001 : « Quelle église pour les nouveaux chrétiens? Après avoir suivi les cours Alpha, les nouveaux nés dans la foi poussent les églises à se mettre en question et souvent à changer leurs habitudes. Le révérend Sandy Millar de l'église Holy Trinity à Brompton en Angleterre précise qu'il est impossible au Chrétien de rester seul dans la nature, il lui est indispensable de rejoindre une église. Reste à examiner dans quel genre d'église nous les intégrons. Les pratiques traditionnelles sont parfois bien différentes de ce qu'attendent ceux qui sont fort éloignés de tout concept religieux. Retournons aux sources. Quel genre d'église Jésus recommande-t-il? Une église généreuse et aimante, une église d'adorateurs et de serviteurs car l'Église est l'épouse du Christ. Que veulent ceux qui entrent dans une église pour la première fois? Ils veulent savoir si Dieu existe vraiment, s'Il est vivant. D'où la recherche de fraîcheur, de spontanéité, de liberté en liturgie afin que nous ayons tous l'occasion de dire à Dieu combien nous L'aimons. Mais tout changement prend du temps et a besoin d'être expliqué et sous-tendu par un objectif pour l'église. Jeunes et anciens doivent collaborer, unis par le réel désir de faire entrer les autres dans le Royaume de Dieu et soutenus par une intercession mutuelle. Reste à supprimer le rigide, le hiérarchique, le non-pratique et par dessus tout en étant obéissant à l'Esprit. Dans ce processus de changement, la bonne nouvelle est que Jésus intercède pour nous et, comme dit le révérend Sandy Millar avec beaucoup d'humour, la mauvaise nouvelle est que nous allons à coup sûr avoir besoin de Son intercession! »

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(5) L'axe central de la pensée des néo conservateurs est une revitalisation des valeurs patriotiques à l'intérieur des États-Unis et une politique dynamique à l'extérieur : les États-Unis d'Amérique doivent être respectés à travers le monde et reconnus comme la nation phare des droits de l'homme et de la démocratie, un principe politique que les néo conservateurs s'évertuent à promouvoir activement.  Traduction « en français » : « Revitalisation des valeurs catholiques à l’intérieur de l ‘Église Catholique et un engagement dynamique à l’extérieur : l’Église Catholique Romaine doit être respectée à travers le monde et reconnue comme la seule Religion révélée et vraie, un principe religieux que les enfants d’Alpha s’évertuent à promouvoir activement »

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(6) Le nom a été forgé par Jean-François Revel, dès 1979. L'idée d'ingérence humanitaire est réapparue durant la Guerre du Biafra (1967-1970). Le conflit a entraîné une épouvantable famine, largement couverte par les médias occidentaux mais totalement ignorée par les chefs d'États et de gouvernement au nom de la neutralité et de la non-ingérence. Cette situation a entraîné la création d'ONG comme Médecins sans frontières qui défendent l'idée que certaines situations sanitaires exceptionnelles peuvent justifier à titre extraordinaire la remise en cause de la souveraineté des États. Le concept a été théorisé à la fin des années 1980, notamment par le professeur de droit Mario Bettati et l'homme politique Bernard Kouchner.

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(7) « Pour convaincre les populations européennes, là où les responsables politiques ont échoué, les néo-conservateurs ont fait appel à Benoît XVI et à l’Église catholique. Les dirigeants de la Conférence épiscopale des États-Unis et ceux de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne se sont réunis du 21 au 23 septembre à Bruxelles pour soutenir le « Nouvel agenda transatlantique ».À Washington, les néo-conservateurs ont décidé d’adapter leur dispositif organisationnel à leur nouvelle stratégie. Le groupe qui, au sein de l’American Enterprise Institute, avait été chargé de rédiger le programme de la présidence G. W. Bush, le Project for a New American Century (Projet pour un nouveau siècle américain), a été discrètement dissout il y a deux semaines. Il a été remplacé par un American Committee for a Strong Europe (Comité américain pour une Europe forte). Par « Europe forte », il faut comprendre, une Europe capable de suppléer les troupes US dans le monde et de vaincre les résistances anti-globalisation dans sa population. Ce Comité, qui évitera d’intervenir trop ouvertement dans la politique de l’Union, a immédiatement sollicité des « amis de l’Amérique » pour le faire en son nom. Ainsi, l’Arabie saoudite a-t-elle répondu présent pour financer les prochaines campagnes électorales de Nicolas Sarkozy en France et permettre aux néo-conservateurs d’en finir avec Dominique de Villepin. Des mesures similaires ont été prises pour chaque grand État membre de l’Union. » Thierry Meyssan, Journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire (voltairenet.com)

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(8) Le 3 septembre 590, Grégoire 1er devient pape, malgré ses protestations, par la volonté des Romains, qui veulent mettre un terme à la décadence des moeurs ecclésiales. Le choix populaire s'avère excellent. Le nouveau pape affirme sa suprématie sur les autres évêques tout en se qualifiant humblement de servum servorum Dei («serviteur des serviteurs de Dieu»).Il entreprend la conversion des Barbares. Dans les instructions que donne le pape aux missionnaires, il insiste sur la nécessité de respecter les coutumes locales et de faire confiance au temps pour amener les païens au christianisme. C'est ainsi qu'avec Grégoire le Grand, la chrétienté d'Occident sort de sa léthargie et entreprend d'évangéliser les populations païennes.

Il réorganise l’Église romaine, fixe la liturgie, réforme la discipline ecclésiastique, envoie des missionnaires en Angleterre. Devant l'affaiblissement de l'empire d'Orient, il prend en main la défense de l'empire contre les Lombards, puis il décide de faire la paix avec eux, s'attirant l'hostilité de l'empereur romain d'orient. « J'attends plus de la miséricorde de Jésus de qui vient la justice que de votre piété. » écrit-il à l'empereur Maurice. Le pape se tourne alors résolument vers les royaumes barbares de l'Occident, rompant le lien entre christianisme et romanité. Le dimanche 3 septembre 2006 (ZENIT.org), Benoît XVI déclarait : « La vie du pasteur d’âmes doit être une synthèse équilibrée de contemplation et d’action, animée par l’amour qui ‘atteint des sommets très hauts lorsqu’il se penche, miséricordieux, sur les maux profonds des autres’ » en citant Grégoire le Grand.

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(9) Ces embarcations précaires où l'on s'entasse pour une périlleuse et souvent mortelle traversée de la Méditerranée.

 

Jour Anniversaire du Pontife Romain

Joseph Cardinal Ratzinger - Pape Benoît XVI

V-P.Toccoli, sdb

DGODB, Rome

 

 



Pâques...


Mes amis,


Non, je ne mourrai pas:
il m'a frappé, le Seigneur, il m'a frappé, mais sans me livrer à la mort.
Je te rends grâce : tu es pour moi le salut. (Psaume 118,1.14-21)


Ressuscité de grand matin, le premier jour de la semaine, Jésus se manifesta sous un aspect inhabituel en chemin. (Marc 16,9-15)

 

Cette troisième chute, à Apollonia (Susa), le port de l’antique Cyrène de Libye, en ce jour de Pâques 2007 – après la chute aux Eucalyptus de Juan les Pins, quelques jours avant mon envol pour Tokyo, le 29 septembre 2006, et après la chute à Termessos de Turquie, près d’Antalya, le 28 juillet 2005, à la fin de mes investigations sur les déesses mères de Çatal Höyük – cette troisième chute donc me donne la clé pour passer du second au troisième âge.

 

Car frappé, je le fus par trois fois ! Lui s’imposant à moi sous un aspect inhabituel !

 

Il fallait que je sois demeuré aveugle et sourd aux signes qu’il m’envoyait depuis un certain temps, (pré)occupé que je devais être de ma propre « gloire » ! Oui, trois signes –je les vois maintenant !- dont chacun portait en soi l’ordre de repartir vers un pays qu’il me montrerait !

  • La défection de mon curé « pour cause d’ambition » ;
  • « l’invasion du Renouveau », la nature ayant peur du vide ;
  • et le parachutage d’un épiscope potentat pour verrouiller définitivement le Soleil !

 

Et je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu ! Alors, Il m’a jeté à terre : par trois fois. Ce fut une jambe en Turquie, un bras en France, un œil en Libye... C’est physiquement qu’il m’a frappé, comme Jacob après la lutte dans le gué du Yabok : Jacob appela ce lieu du nom de Peniel : car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée. Le soleil se levait, lorsqu'il passa Peniel. Jacob boitait de la hanche. (Genèse, 32 30-31)

 Cabo San Vicente

« J’ai vu Dieu face à face ! » Quelle prétention ! En tout cas, quelle différence avec la façon dont Il a choisi de se manifester au prophète Elie à l’Horeb (1R, 19, 1-15) :

 

Et voici que Yahvé passa.
Il y eut un grand ouragan si fort qu'il fendait les montagnes
Et brisait les rochers !
Mais Yahvé n'était pas dans l'ouragan.
Et, après l'ouragan, un tremblement de terre,
Mais Yahvé n'était pas dans le tremblement de terre.
Et, après le tremblement de terre, un feu,
Mais Yahvé n'était pas dans le feu.
Et, après le feu, le bruit d'une brise légère.
Dès qu'Elie l'entendit, il se voila le visage avec son manteau,
Il sortit et se tint à l'entrée de la grotte.

 

À moi, il aura fallu l’ouragan, le tremblement de terre et le feu ! On ne choisit pas !... Mais maintenant je sais !

 

Alors je sais quoi ?

  1. D’abord que je passe une porte de l’âge : cela paraît évident, mais tant que le corps n’intègre pas...
  2. Ensuite que je ne suis vraiment pas, que je n’ai jamais été un homme de l’Institution en général et des institutions en particulier : cela aussi semblait clair, mais j’ai toujours essayé de faire mon possible  pour m’y intégrer ! Impossible ! (Je comprend toujours plus pourquoi c’est à 33 ans, et non pas à 65 ans que Jésus nous a quittés : comment aurait-il pu supporter ce que nous avons fait de son message!)
  3. Que je n’ai pas assez bien « entretenu » mon corps : « j’ai bien voyagé loin, mais sans ménager la monture ». Il me faut maintenant faire très attention ! « Errare, etc... »
  4. Que je ne pourrai plus faire tout ce que je voudrais : les quelques 15 (???) années qu’il me reste à servir, devront être plus sédentaires (quoique...), peu importe la destination de la mission (Montréal, Istanbul, Rome, Cannes-Sophia Antopolis, ou l’Asie de Singapour, de Tokyo et de Beijing...)
  5. Que je continuerai d’offrir la première eucharistie du mois pour tous ceux qui me veulent du bien, et la seconde pour tous ceux qui me veulent du mal : comme cela, je n’oublie personne !
  6. Enfin, last but not least : que Dieu m’a toujours bien traité, comme je le méritais ! Parfois de façon surprenante ! Il m’a donné sans compter ni sans que je demande ! Mon seul espoir est que cela continue comme cela !

 laigle

Deo gratias !

vp

 

 

 

 

C'EST LE DIMANCHE DE LA PASSION Antonello da Messina

C'EST LE DIMANCHE DE LA PASSION Antonello da Messina

C'EST LE DIMANCHE DE LA PASSION...

 

C’est le dimanche de la Passion. Demain j’embarque pour la Libye : je célèbrerai les jours saints à bord de l’Adriana, affrété par (la !) Terre Entière.

Je viens de lire les textes de la liturgie d’aujourd’hui..., en écoutant la Passion selon St Jean de Jean Sébastien Bach sur France Musique! Et je me demande pourquoi ce dernier (Bach) n’a pas écrit de passion selon saint Luc. Vous êtes-vous posé la question ? En aurait-on perdu le manuscrit ? Luc ne  serait-il suffisamment ‘réformé’ ? Ou bien sa ‘vision’ ne correspondait-elle pas à celle du Kapelmeister de Leipzig? En relisant Luc ce matin, j’en appréciais la plasticité dramatique, en même temps que la lassitude de quelqu’un (Jésus) qui sent qu’il n’est pas compris, au moment même où s’accomplit ce pour quoi il est venu ! J’en éprouvais jusqu’à de l’exaspération et de la hâte d’en finir, alors que tout commence, et qu’il faudra aller du jardin à la cour, des servantes à Pierre, des Juifs chez les Romains, de Pilate à la soldatesque, de la caserne au Golgotha, de la croix au tombeau, et puis... - croient les Chrétiens -, de la mort à la vie !

Je veux vous envoyer ce petit signe ce matin ! Je pensais pouvoir être plus serein...

Mais je me demande si je ne partage pas ces affres du Galiléen qui me donnent à penser qu’il est permis d’avoir (comme lui ?) le sentiment d’ ‘être venu pour rien’ ! De parler pour rien, de travailler en vain, de crier dans le désert.

Le sentiment que ce sera toujours Caïphe qui l’emportera, et qu’on trouvera toujours un blasphème à reprocher à celui qui annonce la foi à la place de la religion !

Le sentiment que la ‘passion’ est un passage obligé, et que rien n’est gagné tant qu’on ‘n’est pas re-venu’ à la vie ; qu’il faut être vaincu par les hommes, pour pouvoir l’emporter par Dieu, et que, à l’image du Maître, le disciple doit perdre sa vie pour la gagner !

Je le sais, tout cela ! Mais j’en ai un peu assez ! A mon âge !

Peut-être, si j’étais, moi aussi, mort à 33 ans, n’aurais-je eu juste le temps de m’en apercevoir, d’acquiescer, de douter l’espace d’une agonie, de remettre mon âme à Dieu, et d’attendre qu’il me rappelle !

Voyez-vous, je frôle déjà le blasphème : quelque âme fragile pourra même en prendre prétexte pour me tuer encore auprès d’une quelconque autorité en place !

 

Ce n’était pas à la Loi de te sauver, puisqu’elle ne t’avait pas créé, ni aux prophètes... C’est à moi seul... chante Romanos le Mélode (1), à qui je laisse le soin de m’enchanter, puisque je suis proprement désenchanté !

 

Alors, quoi ? C’est QUAND MÊME Joyeuses et Saintes Pâques que je nous souhaite ! Tant que je pourrai espérer un petit peu, je continuerai, malgré mon sentiment d’ ‘être venu pour rien’, de parler pour rien, de travailler en vain, de crier dans le désert ! C’est comme ce blog à qui je confie ma foi criblée de doutes : qui sait ‘quelle chèvre récalcitrante’ aura, derrière mon lointain cri de douleur, entendu comme l’écho assourdi de la voix bienfaisante du Fils de l’Homme !

 

Je vous laisse avec Romanos !

vp


      (1) Porté sur ton trône dans le ciel, ici-bas sur l'ânon, Christ qui es Dieu, tu accueillais la louange des anges et l'hymne des enfants qui te criaient : « Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam »…

      Voici notre roi, doux et pacifique, monté sur le petit de l'ânesse, qui vient en hâte pour subir sa Passion et pour enlever les péchés. Le Verbe, la Sagesse de Dieu, monté sur une bête, veut sauver tous les êtres doués de raison. Et l'on pouvait contempler sur le dos d'un ânon celui que portent les Chérubins et qui jadis enleva Élie sur un char de feu, celui qui « de riche qu’il était, s’est fait pauvre » volontairement (2Co 8,9), celui qui en choisissant la faiblesse donne la force à tous ceux qui lui crient : « Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam »
      Tu manifestes ta force en choisissant l'indigence… Les vêtements des disciples étaient une marque d'indigence, mais à la mesure de ta puissance étaient l'hymne des enfants et l'affluence de la foule qui criait : « Hosanna -- c'est-à-dire : Sauve donc -- toi qui es au plus haut des cieux. Sauve, Très-Haut, les humiliés. Aie pitié de nous, par égard pour nos palmes ; les rameaux qui s'agitent remueront ton coeur, ô toi qui viens rappeler Adam »...


      --Ô créature de ma main, répondit le Créateur..., je suis venu moi-même. Ce n’était pas à la Loi de te sauver, puisqu’elle ne t’avait pas créé, ni aux prophètes, qui étaient comme toi mes créatures. C’est à moi seul qu’il appartient de t’affranchir de ta dette. Je suis vendu pour toi, et je te libère ; je suis crucifié à cause de toi, et tu échappes à la mort. Je meurs, et je t’apprends à crier : « Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam ».

      Ai-je autant aimé les anges ? Non, c'est toi, le misérable, que j'ai chéri. J'ai caché ma gloire et moi, le Riche, je me suis fait pauvre délibérément, car je t'aime beaucoup. Pour toi, j'ai souffert la faim, la soif, la fatigue. J'ai parcouru montagnes, ravins et vallons en te cherchant, brebis égarée ; j'ai pris le nom de l'agneau pour te ramener en t'attirant par ma voix de pasteur, et je veux donner ma vie pour toi, afin de t'arracher à la griffe du loup. Je supporte tout pour que tu cries : « Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam ».

 

Saint Romanos le Mélode (?-vers 560), compositeur d’hymnes
Hymne 32 (trad. SC 128, p.31s rev)

DERNIERS TEMPS D'UNE CAMPAGNE


En ce dimanche de la Passion et à la veille de mon embarquement pour des fêtes pascales en haute mer vers la Libye, j'accueille volontiers ici Pierre de Charentenay, sj, Directeur de la revue des Etudes, et son éditorial de la livrée d'Avril.

Sa mise au point à la veille des élections présidentielles constitue une saine, complète et vigoureuse  exhortation à la conscience vigilante et engagée.

 

Derniers temps d’une campagne

 
 

Tout au long des mois passés, nous avons voulu revenir sur les questions essentielles de nos sociétés : questions sociales, éthiques, politiques... Rappelons quelques-unes de ces propositions, même si la liste est un peu fastidieuse :
- Débat sur les institutions avec Jean-Louis Quermonne sur la Ve République, en septembre.
- Débat social sur le développement des services à la personne avec Pierre Grapin en octobre ; sur la politique de l’emploi avec Bernard Bruhnes en novembre, et sur les blocages de l’Etat en avril; sur les prisons avec Michel Hunault en janvier; sur la justice après Outreau avec Philippe Houillon en mars; sur la fiscalité avec François Villeroy de Galhau en avril.
- Débat politique sur la campagne elle-même avec Stéphane Rozès en février.
- Débat théologique avec la contribution de Christoph Theobald, « Lire les signes des temps », qui place notre participation à la vie démocratique dans une perspective théologique.
Nous avons publié d’autres articles qui ont un lien indirect avec cette campagne, et qui viennent alimenter des motifs de choix: le Tiers-Monde, l’Europe, l’Organisation des Nations Unies, le pétrole, les évolutions de la famille, le développement durable, etc.
Nos éditoriaux ont également suivi pas à pas les évolutions de cette campagne.

De toutes ces propositions nous ne déduisons pas d’options partisanes, ni de raisons de voter pour tel ou tel candidat; il revient à chaque lecteur de se décider avec ses propres informations, sa propre manière de comprendre la situation actuelle, les motivations qui l’animent et les fins qui sont les siennes.
Mais il importait au plus haut point que nous proposions ces réflexions, afin de signaler quelques enjeux importants, d’apporter un éclairage éthique, philosophique et théologique, même si tout ne pouvait être traité. La culture contemporaine, au sens le plus large, est faite de ces options, de ces décisions et de ces choix institutionnels.
La campagne électorale, qui dure depuis des mois, n’est pas terminée; elle entre dans sa phase décisive, où les coups bas sont fréquents, avec des tensions de plus en plus vives. Elle a pourtant présenté des caractéristiques particulières. Elle a permis à une nouvelle génération de personnalités politiques d’émerger, en contournant les partis traditionnels - au moins pour deux d’entre eux. Si ceux que l’on nomme « les éléphants » ont été de nouveau convoqués pour appuyer les candidats, ceux-ci ont démarré en solitaires, dans un état de tension avec les appareils, voire contre eux.
L’opération de contournement ayant été réussie, les partis politiques se sont ressaisis et fonctionnent aujourd’hui de manière traditionnelle, tentant d’ajuster les propos dans la fidélité à un héritage politique, mais en s’adaptant aux nouveautés que chaque candidat veut apporter.
Les mois passés nous donnant déjà une idée des formes particulières de cette campagne et de ses méthodes, nous pouvons d’ores et déjà remarquer deux orientations, qui posent question et demanderaient correction.

Tout d’abord, nous espérons que les dernières semaines de la campagne conduiront à un renversement de méthode.
Plus que jamais on a vu se développer des débats directs entre candidats et électeurs, que l’on a recouverts un peu vite en invoquant l’avènement de formes nouvelles de démocratie. Méfions-nous des faux débats participatifs, où l’intérêt général disparaît au profit des avantages acquis, de l’expression des désirs personnels, voire de la promotion d’idées défendues par des lobbies organisés. Le contournement des élus par cette démocratie directe n’a manifestement pas encore trouvé une forme satisfaisante et stable.
Les émissions très suivies (comme « J’ai une question à vous poser ») font disparaître le journaliste au profit des contacts directs avec l’électeur. De telles formules permettent en effet d’« écouter les gens », mais encore faut-il ensuite transformer cela en programmes, dont il convient de discuter. Par moments, cette campagne a donné l’impression de s’arrêter à l’écoute.
Sur Internet, où se développent les « blogs » et les discours personnels, le débat est comme pulvérisé en de multiples conversations privées, échappant au contrôle des experts et des journalistes. Apparemment, on pourrait se réjouir de ce développement de l’expression de chacun, mais cet engouement risque de tourner au populisme s’il n’est pas régulé par un certain rapport à la vérité et à l’intérêt général. Internet est le media des rumeurs, parfois volontairement mises en scène, sans que le moindre contrôle soit possible.
Dans le dialogue avec les candidats (comme sur Internet), s’exprime avant tout la défense des intérêts particuliers, personnels ou catégoriels. La méthode induit cette dérive. Activée par une présence médiatique très forte, animée par la course aux évolutions données chaque jour par les sondages, la tentation sera forte de ne raisonner que dans l’émotion du moment.
Où sont les options de fond, les grands débats de société, les orientations qui donnent à penser? Les Français qui sont là ne s’intéressent-ils pas, aussi, à la construction de la paix, au développement du Tiers-Monde, au rôle de la France dans le monde, à la qualité de la culture ?
Des débats contradictoires entre les principaux candidats sont nécessaires, afin que ceux-ci puissent s’exprimer sur les grandes options à faire pour l’Europe et dans le monde. Car le Président devra bien en poser sur la guerre en Iraq, la bombe en Iran, la relation aux Etats-Unis, la construction européenne. Cette dimension internationale n’a pas, jusqu’à présent, tenu le devant de la scène ; elle est pourtant décisive.

Un autre renversement est nécessaire, celui du discours des candidats. Voulant attirer les voix, ils sont allés de tout côté pour écouter les plaintes et recevoir les doléances. Certains se sont présentés comme une sorte de Père Noël politique prêt à répondre à toutes les demandes immédiates. La promesse répétée « plus de travail, plus d’argent » peut faire rêver ; est-elle la meilleure invitation pour constituer une communauté politique digne de ce nom ?
Les candidats du PS et de l’UMP vont jusqu’à utiliser des enjeux graves, portant sur des questions d’éthique fondamentale, pour ramasser quelques voix catégorielles. Sur l’euthanasie, ils ont pris des positions inacceptables non seulement en leur fond, mais aussi dans ce qu’elles manifestent d’erreur et de mépris pour le travail considérable accompli depuis tant d’années sur la fin de vie 1. Ces propos à l’emporte-pièce dévaluent les efforts réalisés depuis longtemps. L’éthique est ainsi prise en otage, sans offrir une réflexion susceptible de permettre des solutions.
Le discours politique semble être aujourd’hui orienté directement vers l’obtention de voix ; il n’est plus une proposition de programmes s’affrontant aux grands défis qui attendent notre pays -et toute l’Europe avec lui. Les temps de rigueur sont devant nous, pour deux raisons au moins : la dette publique, d’une part, qui vient diminuer nos capacités d’action ; le développement durable, d’autre part, qui va demander un effort considérable pour adapter notre civilisation au réchauffement climatique.
Or, au lieu de parler d’un sursaut national, d’un effort de chacun pour affronter tous ensemble ces difficultés à venir, les candidats distribuent des chèques à tous ceux qui les demandent. En faisant cette remarque, nous ne voulons pas dire que certaines catégories de population ne méritent pas effectivement un soutien particulier et nouveau, mais nous soulignons l’orientation générale d’une campagne insuffisamment centrée sur le bien commun et l’avenir. Après avoir commencé sous les auspices d’un nouveau rôle du politique 2, elle rabaisse le statut du président de la République au niveau d’un Premier ministre, gestionnaire du quotidien et dispensateur de l’ordre public. Il est encore temps de lui redonner sa portée, qui dépasse la conjoncture.

Pierre de Charentenay s.j.

Notes :
1. Voir l’article de Marie de Hennezel dans Le Monde du 1er mars 2007, réagissant à ces propos en soulignant qu’une loi existe déjà sur la fin de vie. Voir également l’éditorial de Dominique Quinio dans La Croix du 7 mars 2007 : « Laissons à la loi de 2005 une chance d’être expérimentée puis évaluée », dit-elle en conclusion.
2. Voir l’article de Stéphane Rozès, « Présidentielle 2007 : retour de l’imaginaire politique », Etvdes, février 2007.