La Brebis!

Mes amis,

je me suis senti tout "brebis" ce matin :
brebis perdue,
brebis recherchée
brebis retrouvée
brebis qui manquait!

J'avais le sentiment qu' Ezéchiel, David, Paul et Luc
ne parlaient que de moi!
Ce doit être ce qu'on appelle la paranoïa mystique!

Bonne journée!

vp

NB : c'est vrai que c'est le Sacré-Coeur aujourd'hui!


Livre d'Ezéchiel 34

C'est moi qui ferai paître mon troupeau,
et c'est moi qui le ferai reposer, déclare le Seigneur Dieu.
La brebis perdue, je la chercherai ;
l'égarée, je la ramènerai.
Celle qui est blessée, je la soignerai.
Celle qui est faible, je lui rendrai des forces.
Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître avec justice.


Psaume 23(22)

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le bon chemin
et me fait revivre ;
Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal!


Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5

L'espérance ne trompe pas!
Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ;
peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien.

 
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 15

Si l'un de vous a cent brebis et en perd une,
ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert
pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve ?
Quand il l'a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules,
et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins:
'Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !'

I AM BACK...

Mes chers amis,

Si je vous ai apparemment abandonnés depuis le 2 juin, c'est que je vous préparais des surprises : pour eux qui sont lointains, et qui ne me ont pas mooins chers que ceux sont proches. Je parle localisation!

En effet, je me préparais à 2007-2008, depuis qu'est tombée ma nouvelle nomination:

 
CHARGE DE MISSION AUPRES DE LA CENTRALE INTERNATIONALE DE MON
ORDRE (SALESIENS DE DON BOSCO ) A ROME (!!!)
AVEC RESIDENCE A CANNES (!!!)
nb : Internet et l'avion ne nécessitant ma présence  permanente dans le Ville Eternelle!

A mon tour je serai donc lointain et proche! 

1 - Tout d'abord, après la lecture de 2 ouvrages:

Philippe Engelghard, L'homme mondial, Arlea, et

Pico Iyer, L'homme global (The Global Soul) 

et un saut éclairà Hong Kong début mai, j'ai littéralement "pondu" en moins de 5 semaines, un nouvel ouvrages (le 25 ou 26ème, je ne sais plus!) qui aura pour titre "Icare et les Autruches ou La peur d'avoir peur"

Et vous pourrez lire à la suite les premières pages... en guise de mise en bouche! 

2 - Je me suis mis en quête d'activités pour l'an prochain, au-delà de tout ce que je fais déjà dans l'écriture et l'Internet, ma CYBER PAOISSE!

Et j'ai mis au point plusieurs choses: lisez donc!

 

  1. Un séminaire de réflexion pluri disciplinaire "Foi & Science " : le CPD, le Cercle des Penseurs disparus: 9 personnes de toutes obédiences, 27 spécialités! (bi trimestriel).
  2. Un séminaire de réflexion théologico exégétique : ICHTHUS, avec 4 animateurs laïques.
  3. Un ciné club d'approfondissement : CIN&SENS pour animateurs de cinéclubs : mon loft avec home cinéma se révèle un délicieux instrument de travail (avec fast food à proximité). (mensuel)
  4. Un cours à ATMAN Institut d'Ostéopathie, sur Sophia Antipolis, bi mensuel sur les spiritualités transversales Orient/Occident
  5. Un cours (15 leçons) sur la NOUVELLE ANTHROPOLOGIE : car je pense que notre vision de l'homme européocentriste et scolastico-marxienne est obsolète.
  6. Une "École du silence et du souffle", à partir de mes 2 derniers ouvrages sur mes expériences ignacienne de 1990 à La Baume les Aix des SJ, et zen de 1999 au monastère de Song kwang sa, Corée du Sud, de l'École bouddhiste traditionnelle Chogye (L'Échelle de perfection et Le Sourire Immobile, chez Parole et Silence/Embrasure) (j'ignore encore le rythme)
  7. Avec l'Académie Clémentine, (fondée Loi 1901 il y a 5 ans) : colloque en octobre sur le thème : RE ENCHANTER LE MONDE? , avec les profs J-Fr.Mattéi, Candau et Lavigne, philosophes, et anthropologues de l'UNSA (Université Nice Sophia Antipolis) au Miramar sur la Croisette, le s 13 & 14 octobre prochains
  8. Cercle Philosophia : qui rejoint l’AC, avec staffs autonomes et Loi 1901. Salle bérény, Fondation SA
  9. Activités pastorales pures : le Père Eple Pierre, curé du Cannet, ayant perdu ses deux coopérateurs coup sur coup, et devant desservir plus de 8 lieux de culte, fait appel à moi : messes, sacrements, préparations.
  10. Un séminaire à l'Université de Tunis, sur les mythes japonais et méditerranéens
  11. Enfin maintenance de mon Cabinet de Psychanalyse & Coaching , au 4 Bl d'Alsace à Cannes.

Maintenant que vous savez, vous comprenez!

J'entame d'ailleurs ce matin la rédaction d'un nouveau livre dont le titre privisoire de départ est : La Blogsphère, ou De la vie des blog-trotteurs!

 Comme promis, voici les "bonnes pages" de ICARE ET LES AUTRUCHES ! Bon appétit!

 

SOMMAIRE

 

1.     Préambule : Pour dire pourquoi...

2.     Avant propos : Le cerveau et l’illusion oniriques

3.     Ouverture : La feuille de route

 

Chap 1 : Petit état des lieux et des acteurs  ou Le ministère de la peur

Chap 2 : L’Exil et la nostalgie ou Entre la pourriture de l’avenir et le mensonge de la mémoire

Chap 3 : Les nouveaux rites de passage ou Les invasions barbares

Chap 4 : Une humanité différente  ou … nil humani a me alienum puto

Chap 5 : Les nouveaux réactionnaires ou Le complexe d’effraie

Chap 6 : Ultramodernité du spirituel ou Les mues de l’âme

Excursus 1 : L’inconscient transformationnel

Chap 7 : Ajustage et Ajusteurs ou Du duodécimal au métrique

Excursus 2 : Extinction massive des espèces

Chap 8 : Du côté de la Chine... et de François Jullien

Excursus 3 : Détour d’un Méditerranéen par l’Empire du Milieu

Chap 9 : La stratégie de l’autruche ou On ne change pas une équipe qui… perd

Excursus 4 : Homo Sapiens Ethicus

Chap 10 : Les limites de l’humain /inhumain ou Lapus, Lepus, Lipus, Lopus,  Lupus?

Excursus 5 : Totalement inhumaine

Chap  11 : Ainsi, le temps du monde fini s’achève... ou Devenir enfin l’orient de l’orient…

Excursus 6 : La rencontre d’Apollon et de Dionysos

Chap 12 : Les domaines frontières ou No God’s Land

Excursus 7 : L’Eglise et son rapport à la vérité qu’elle professe

 

1.     Petite Anthologie des citations et exergues

2.     Galerie

3.     Bibliographie

4.  Du même auteur

Préambule

 

...pour dire pourquoi...

 

Icare, l’Homme Global et les autruches...

 

Sous ce titre de fable de La Fontaine, je me propose d’évoquer nos ambitions inconsistantes, nos peurs irraisonnées et notre situation précaire dans un monde massivement là, et pourtant encore inédit pour beaucoup. Ambitions et peurs inhibant notre capacité indubitable d’entrer dans ce monde, tel qu’il est

Il se trouve que je m’étais attelé à deux livres en même temps, et qui, quoique très différents quant à leur matière immédiate, ne sont pas loin de poursuivre un but analogue.

 

Miyazaki et Mishima

Le premier est déjà sur la table de l’éditeur. C’était (comme le temps passe…), c’est une sorte de clé herméneutique pour entrer dans le travail image et son de la nouvelle équipe gagnante des studios Ghibli de Tokyo: Hayao Miyasaki et Joë Hisaishi, et de leurs films que l’on nomme « animé », là-bas. Le lecteur a certainement en tête quelques titres de leurs réalisations qui ont ces derniers temps occupé les chroniques culturelles et cinématographiques de nos journaux et magazines : comme Nausicaa de la Vallée du vent ou Princesse Momonoke, ces derniers re-mis en pole position quand Le Voyage de Chihiro obtint l’Ours d’Or au Festival de Berlin de 2002. Miyazaki est un grand écologue. Depuis ses débuts. Dans Nausicaa, il imagine  une Mer de la Décomposition : tel est le nom d’un monde peuplé de nouvelles formes de vie, né sur un sol rendu désertique par la pollution due à des civilisations disparues. Ainsi, la surface terrestre tendait désormais à être recouverte d’une forêt de bactéries géantes qui répandaient des vapeurs empoisonnées, et où seuls survivaient des insectes. Et puis il y avait La vallée du Vent, une terre située dans une région reculée, et qu’un vent marin protégeait un peu des poisons de la Mer de la Décomposition. Mille ans après que les gigantesques civilisations industrielles ont sombré dans les confins de l’oubli, c’est la fin de l’âge de céramique.

Difficile pour moi de ne pas (me) en rapprocher La Mer de la Fertilité, de Yukio Mishima, œuvre en 4 parties, et dont la dernière a pour titre : L’ange en décomposition ! [1]

 

Mer de la Décomposition

Mer de la Fertilité

Vallée du Vent

Ange en décomposition 

 

Ce chiasme me parle, même si je ne sais pas de quoi exactement. Nausicaa est la première œuvre de Miyazaki, La Mer de la Fertilité est la dernière de Yukio Mishima. Ambivalence de la mer, berceau de l’humanité; vent/esprit et fertilité/avenir comme alternative. J’y vois comme une prémonition,  à la fois, et un avertissement.

 

Breughel et Icare

Et puis s’est en quelque sorte imposé à moi le tableau de Pierre Bruegel (1558), intitulé Paysage avec la chute d’Icare[2]. Ovide [3] raconte :

Dédale exhorte Icare à le suivre ; il lui montre l’usage de son art périlleux ; il agite ses ailes, se détourne, et regarde les ailes de son fils. Le pêcheur qui surprend le poisson au fer de sa ligne tremblante, le berger appuyé sur sa houlette, et le laboureur sur sa charrue, en voyant des mortels voler au-dessus de leurs têtes, s’étonnent d’un tel prodige, et les prennent pour des dieux. Déjà ils avaient laissé à gauche Samos, consacrée à Junon ; derrière eux étaient Délos et Paros. Ils se trouvaient à la droite de Lébynthos et de Calymné, en miel si fertile, lorsque le jeune Icare, devenu trop imprudent dans ce vol qui plaît à son audace, veut s’élever jusqu’aux cieux, abandonne son guide, et prend plus haut son essor. Les feux du soleil amollissent la cire de ses ailes ; elle fond dans les airs ; il agite, mais en vain, ses bras, qui, dépouillés du plumage propice, ne le soutiennent plus. Pâle et tremblant, il appelle son père, et tombe dans la mer, qui reçoit et conserve son nom. (...) La perdrix, sur un rameau, fut témoin de la douleur de Dédale, lorsqu’il plaçait dans le tombeau les restes de son fils. Elle battit de l’aile, et par son chant elle annonça sa joie. C’était alors un oiseau unique dans son espèce, on n’en avait point vu de semblable dans les premiers âges. Nouvel hôte de l’air, il devait à jamais, ô Dédale, instruire de ton crime l’univers.

 

 

 

Devant le tableau, dans une vue plongeante, le regard s’arrête d’abord sur les personnages : un paysan qui laboure son champ, un berger appuyé sur son bâton, un pêcheur de dos qui tend son fil. Le rouge de la blouse du laboureur et de l’écharpe du pêcheur attire l’attention sur leurs occupations. Quand les yeux peuvent s’en détacher, on découvre la profondeur de l’espace quasi infini. A l’horizon, le soleil forme un disque qui irradie et unit le violet du ciel à l’émeraude de la mer. Les montagnes qui bordent celle-ci paraissent irréelles, blanches et légères, comme le port qui s’éveille dans une lumière rose. 

L’esprit se plaît à admirer ce paysage harmonieux et paisible mais l’œil, irrésistiblement revient au rouge sang du premier plan, vers ce paysan absorbé par sa tâche. Nous le voyons de biais, la scène étant construite en diagonale et l’impression d’un travail continu, méthodique, en train de se faire, en est accentuée. Derrière lui, les tâches claires des brebis guident le regard vers les voiles beiges du navire qui passe. Il est temps alors de découvrir les détails de cette scène quotidienne.

Près du bateau, justement, devant le rocher, la mer se ride... et deux jambes s’agitent. C’est que Icare est en train de se noyer dans l’indifférence de l’entourage et de la nature ! Icare, coupable de s’être approché un peu trop près du soleil, Icare qui a cru braver les lois de la gravitation et de la condition humaine, plonge dans le vert émeraude profond et personne ne le remarque. Pas même la perdrix dont le regard vague et lointain rappelle celui du berger qui tourne le dos au drame.

On a beaucoup écrit sur le sens de cette représentation du mythe d’Icare et les interprétations divergent. Au 16ème siècle, le mythe trouve un écho dans ce pays sous domination étrangère : c’est l’appel de la liberté et le rêve d’évasion... La vie continue, oui mais les questions restent posées : toute tentative libératrice est-elle voué à l’échec ? N’y a-t-il plus place pour le rêve ? L’indifférence n’est-elle pas l’écueil le plus dangereux pour l’aventure humaine et le progrès ?

Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture :
Est-il plus beau dessein, et plus riche tombeau ?

Philippe Desportes1546-1606, Icare

 

Comme souvent, le peintre prend l’inverse de la tradition, l’envers des choses et distille discrètement son ironie. Si les personnages d’Ovide sont représentés pour la première fois, l’essentiel est inversé : les gens à l’aube d’une journée de travail n’ont pas de temps à perdre avec l’ambition d’un fou ou d’un rêveur. Il faut ensemencer et pêcher, il faut retendre les cordages afin que le navire, comme la vie, avance vers la lumière ou l’or philosophal, selon une lecture ésotérique. A l’avant-plan, l’épée et la bourse, posées près du laboureur, renvoie au proverbe populaire : Épée et argent requièrent mains astucieuses (van Lennep).

Stoïcien et humaniste, Breughel exprime l’accord de l’homme avec les lois du cosmos dont il n’est qu’une petite partie. Condamnation ironique de la vanité d’Icare, critique de l’indifférence populaire, échec d’une tentative d’évasion, séparation en diagonale du rêve et de la réalité ? A chacun d’en décider ! La charrue est toujours féconde et la naissance est une moisson.

Trois regards en relation avec les trois éléments du paysage. Trois degrés dans l’existence formant une hiérarchie à l’image de la verticalité de l’arbre ou du mât du navire. Passer du monde humain au monde supérieur ou inférieur équivaut à l’ascension ou à la chute...

 

A vouloir se frotter de trop près au soleil (monde supérieur) sans y être préparé, on risque la chute dans les eaux (monde inférieur). Ou encore que la chute est une étape nécessaire et préalable à la remontée des eaux inférieures (monde infernal) vers les eaux supérieures (monde céleste). Gravir les différents degrés de l’existence et ses multiples états d’être passe par une initiation longue et difficile.

 

Récapitulons les thèmes évoqués, et qui donnent à ma réflexion, consistance et relief.

  1. Le jeune Icare, devenu trop imprudent dans ce vol qui plaît à son audace, veut s’élever jusqu’aux cieux, abandonne son guide, et prend plus haut son essor
  2. C’est l’appel de la liberté et le rêve d’évasion... La vie continue, oui mais les questions restent posées :
  • toute tentative libératrice est-elle vouée à l’échec ?
  • N’y a-t-il plus place pour le rêve ?
  • L’indifférence n’est-elle pas l’écueil le plus dangereux pour l’aventure humaine et le progrès ?
  1. Icare
  • est en train de se noyer dans l’indifférence de l’entourage et de la nature ! Icare,
  • coupable de s’être approché un peu trop près du soleil, Icare qui
  • a cru braver les lois de la gravitation et de la condition humaine,
  • plonge dans le vert émeraude profond et personne ne le remarque.
  1. Les gens à l’aube d’une journée de travail n’ont pas de temps à perdre avec l’ambition d’un fou ou d’un rêveur
  • Condamnation ironique de la vanité d’Icare,
  • critique de l’indifférence populaire,
  • échec d’une tentative d’évasion,
  • séparation en diagonale du rêve et de la réalité ?
  1. Deux compréhensions.
  • A vouloir se frotter de trop près au soleil (monde supérieur) sans y être préparé, on risque la chute dans les eaux (monde inférieur).
  • Ou encore que la chute est une étape nécessaire et préalable à la remontée des eaux inférieures (monde infernal) vers les eaux supérieures (monde céleste)
  1. Deux conclusions.
  • Passer du monde humain au monde supérieur ou inférieur équivaut à l’ascension ou à la chute...
  • Gravir les différents degrés de l’existence et ses multiples états d’être passe par une initiation longue et difficile.

 

Ce sont ces réflexions qui m‘ont porté pendant deux ans, depuis l’accession au trône romain du cardinal bavarois, après que j’eusse déjà consacré deux ouvrages à cette succession dans le monde de ce temps.[4] Icare 1er ?

 

Pierce, Cohen et l’homme autruche

 

 

Quant aux autruches, une étude de près de 200 000 d’entre elles, pendant plus de 80 ans, ne rapporte aucun cas où on aurait vu une autruche se mettre la tête dans le sable.... peut-être parce que l’œil d’une autruche est plus gros que son cerveau. !

Ce qui n’empêche nullement C.S. Peirce[5] affirmer avec un humour péremptoire : L’autruche, lorsqu’elle enfonce sa tête dans le sable à l’approche  du danger, tient vraisemblablement la conduite qui la rend la plus heureuse. Elle ne voit plus le danger et se dit tranquillement qu’il n’y en a pas, et, si elle est parfaitement sûre qu’il n’y a pas de danger, pourquoi lèverait-elle la tête pour voir ?

Implacable logique !

 

 

 

Et pour demeurer dans le registre du rire sain(t), libérateur et pédagogique, laissons enfin la parole à Raphaël Cohen et à son site web délicieusement ravageur : sous le titre L’autruche kasher, bien cachée dans son inconscience, il assène quelques vérités à ses coreligionnaires :

Il faut bien reconnaître que la facilité est du côté de l’autruche,  qui cache sa tête dans le sable, et qui évite de se poser la moindre question sur elle-même et sur son devenir. Qu’il est beaucoup plus confortable de considérer que l’on détient la valeur, et qu’il n’est nullement utile de chercher quoi que ce soit. Ce sont les autres qui doivent chercher et améliorer leur conduite, autour des différentes obsessions juives. Concrètement, c’est un processus de profonde décadence qui est révélé, et mis à nu. L’habitude est prise dans les lieux qui sont censés être foyers d’étude et de réflexion, de ne s’intéresser qu’à ces vétilles que sont les règlements, sans aucunement se passionner pour l’essence même de la Tora, qui est considérée comme n’ayant aucune importance.

 

Comment voulez-vous que je ne rapproche pas ces deux réflexions ! Lisez-les deux fois : une fois en continu, une deuxième fois en alternance ! C’est l’impression, mieux le sentiment –mais je crois vraiment que c’est ma conviction ! -, que me donne globalement l’affligeant spectacle de l’épiscopat français ![6] Un troupeau d’autruches !

 

L’autruche,

 

lorsqu’elle enfonce sa tête dans le sable à l’approche  du danger,

 

 

 tient vraisemblablement la conduite qui la rend la plus heureuse.

  • Elle ne voit plus le danger
  • et se dit tranquillement qu’il n’y en a pas,
  • et, si elle est parfaitement sûre qu’il n’y a pas de danger,
  • pourquoi lèverait-elle la tête pour voir ?

C.S.Pierce

Il faut bien reconnaître que la facilité est du côté de l’autruche,

 qui cache sa tête dans le sable, et qui évite de se poser la moindre question

  • sur elle-même
  • et sur son devenir.

 Qu’il est beaucoup plus confortable de considérer que l’on détient la valeur,

  • et qu’il n’est nullement utile de chercher quoi que ce soit.
  • Ce sont les autres qui doivent chercher et améliorer leur conduite.

Processus de profonde décadence

  • L’habitude est prise de ne s’intéresser qu’aux règlements,

R.Cohen

 

D’où mon titre : Icare et les autruches ou La peur d’avoir peur !

 

 

Jésus conclurait [7]:

Voilà pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre. Car leur cœur s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouchés les yeux, pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur cœur. Et je les aurai guéris !

 

 

Pico Iyer et l’homme global (global soul) : mystique et globalisation. Si je présente Pico Iyer[8] un peu plus longuement, c’est que ce type de citoyen du monde est paradigmatique d’une manière d’être qui, sans être encore – loin de là, je le sais, Dieu le sait ! -, le fait de la majorité des hommes, est l’aboutissement du chemin qu’ils sont en train de prendre depuis Silicon Valley et Bill Gates : nous sommes les enfants immédiats d’une puce et de Windows ! Les peurs insensées des autruches et l’ubris paranoïde d’Icare sont les symptômes de la course à l’abîme des institutions – et des individus -, qui confondent tradition et stagnation, fidélité et répétition, mutation et relativisme, innovation et mode, histoire et événement, péril et mort.[9] S’attacher à un lieu, à un temps, à une habitude, à une idée, à une pensée, à un  rite... relève structurellement de la névrose obsessionnelle et inhibe significativement la liberté d’imaginer et de créer. Pico Iyers se met sous le patronage à la fois de Simone Weil : Il est indispensable de ne pas être « moi » et encore moins d’être « nous ». La ville nous donne le sentiment d’être chez soi. Nous devons prendre le sentiment d’être chez soi dans l’exil. Nous devons nous enraciner dans l’absence de lie ; et de Friedrich Nietzsche : La philosophie est proprement nostalgique : l’aspiration à être présent partout chez soi. Dans L’Homme Global[10], il déclare tout de go :

 

L’homme global se caractérise davantage par le fait de se situer entre les catégories : enfant des frontières estompées et de la mobilité mondiale...J’ai grandi aussi avec un sens aigu des bienfaits de la non affiliation : cela signifie que chaque endroit ou presque est nouveau et étranger pour moi, tout comme je suis nouveau et étranger pour lui, et cela m’a permis d’avoir toujours devant lui un sentiment d’émerveillement et de détachement. (En outre, étranger à cette possibilité rare entre toutes de pouvoir utiliser les équipements d’un lieu donné sans avoir à payer de taxes et d’en apprécier tous les avantages sans être entièrement soumis à ses lois). Capable, du moins je l’espère, de vivre au-dessus de tout esprit de clocher, je me réjouis particulièrement de pouvoir porter sur tout un regard souple.

 

Ce qui pourrait passer pour un flottement relativiste est en fait le résultat d’une expérience existentielle touchant à la fois les sources de nos génotypes (que veut dire à nos époques la fameuse purezza de sangre ?), nos modes d’être au monde (né en un lieu, éduqué dans un autre, grandi ailleurs encore, éduqué ici et la, marié à la surprise des rencontres, établi ici, puis là, demain encore ailleurs...), les bombardements incessants des influences significatives de par nos déplacements ( religions, cultures, civilisations, spiritualités...) : Le fait est que les hommes n’ont jamais connu auparavant cette forme de mobilité et de déracinement. Nous vivons dans les incertitudes que nous en portons avec nous. Il devient difficile de se sentir un engagement quelconque sans avoir le sentiment d’appartenir à une communauté. L’homme global peut voir une même question sous un si grand nombre d’angles qu’il lui est impossible de s’appuyer sur de fermes convictions. Pour quelle raison ?  : Ce qui complique encore davantage cette confusion de l’homme global, c’est que le monde autour de nous bouge aussi vite que nous bougeons autour de lui.

 

Alors, tout se vaudrait ? Ici ou là, ceci ou cela ? Valeurs, principes, convictions : des illusions ? Face à tout cela, la tentation est grande (comme l’avait pressenti ce grand analyste de la condition moderne qu’était Graham Greene) de jeter l’ancre n’importe où, même dans une foi à laquelle on ne croit pas totalement, uniquement pour avoir un chez-soi et sentir une terre ferme sous ses pieds. Ne pas avoir de centre,[11] somme toute, pourrait bien signifier manquer de quelque chose d’essentiel, inhérent à la condition humaine. Comme l’a dit Simone Veil, cette condisciple de Graham Greene comme lui catholique fervente : L’enracinement est peut-être le besoin le plus important est le plus méconnu de l’âme humaine.

 

Il est clair que la confrontation est inévitable entre ces hommes des avancées qui célèbrent la fin de toutes ces vieilles distinctions impériale d’Orient et d’Occident, de haut et de bas,  et les hommes des reculs qui en traquant l’esprit global qui se dessine, () entendent faire ressortir davantage la résilience de Dieu, du Verbe et des absolus de toute Antiquité, même à une époque de fluctuation. Et si l’on parle à leur sujet de fondamentalistes, c’est essentiellement parce qu’ils en appellent à une prise en compte des fondamentaux – besoins et aspirations humains élémentaires – en un temps où nombre d’entre eux semblent ne plus avoir cours.  La question est de taille : ces fluctuations, normales comme à la bourse des valeurs, n’impliquent nullement que ce qui na plus cours culturellement, est obsolète intrinsèquement ! Ce n’est pas la lumière qui est obsolète : c’est de se servir pour s’éclairer de lampe à acétylène et non pas de l’électricité ! Ce n’est pas le voyage qui est obsolète : mais de choisir la diligence quand on a l’avion. A moins d’une volonté délibérée de jouer au bon vieux temps ou de prendre romantiquement son temps !

Ce qui est de plus sûr c’est que d’une part, Chacun est un étranger qui se rend ailleurs, et autre part : Personne ne sait d’où vient l’autre. Alors : Toutes nos angoisses cartésiennes se réveillent. Cette expérience non plus n’est pas anodine : elle est même la condition de possibilité d’inventer des nouveaux modes d’être au monde (comme dirait Martin Heidegger !): Nous pouvons goûter aux charmes insaisissables d’un lieu où tout le monde peut être n’importe qui l’espace de quelques instants. Mais tout cela cache une vulnérabilité, ce sentiment d’être à nu que nous éprouvons chaque fois que nous nous retrouvons dans un endroit qui nous est incompréhensible. On me demande souvent : Où trouver les lieux favorables à éprouver un étonnement devant l’être (je suis, et je pourrais tout aussi bien ne pas être). Ah ! Cette vulnérabilité de l’être [12] ! Ils sont là, ces lieux : il ne s’agit plus ni de monastère ni de désert, ni de montagne isolée, ni de pleine mer... Il s’agit de ce vide bienfaisant que l’on aménage en soi pour s’y donner rendez-vous avec la Nada de Jean de la Croix ou la sunyata du Bouddha, suivant votre goût. Oui, il s’agit d’exercice, de technique, de training, de mystagogie : ainsi ont fait Benoît, Ignace, de Foucauld...

 

Les oiseaux envolent, ils ne se trouvent pas un entre deux endroits, il les emporte avec eux. Nous ne nous demandons jamais où ils vivent : ils sont chez eux dans le ciel, en vol. Le vol est leur façon d’être au monde [13].

 

La ville est comme une salle de transit : la cité digitale du futur. La colonie perpétuelle restait un artefact étrange : non pas tant la capitale d’un empire que l’empire d’une capitale qui, avec cette faculté d’adaptation propre aux survivants, s’était employé à changer d’identité afin de coller aux changements des marées de l’Histoire.... Hong-Kong a bâti son identité sur tout ce qu’elle n’était pas. Une nouvelle abstraction spirituelle aux lignes de possibilités mouvantes et capable de favoriser des rencontres en permanente élévation : Sentiment d’abstraction qui donne l’impression d’évoluer dans une ville faite entièrement d’idées et d’images, où les visages se fondent dans le décor et où les personnes deviennent les unités d’une équation d’un degré supérieur (et invisible).

 

 

Hong Kong-Monterosa, 03 mai 2007

Cannes-Le Provençal, 10 juin  2007




[1] Je me demande même si Miyazaki n’a pas eu une intuition analogue !

[2] Collection du musée des Beaux-arts de Bruxelles.

Sagesse...

Voici ce que je lis ce matin dans le 

Livre de l'Ecclésiastique 51,12-20.

Je veux te rendre grâce et te louer, je veux te bénir Seigneur.

Quand j'étais jeune encore et que je n'avais pas erré çà et là, j'ai cherché ouvertement la Sagesse dans la prière.

Devant le Temple, je priais pour la recevoir, et jusqu'au bout je la rechercherai. Depuis qu'elle était en fleur comme le raisin qui mûrit, elle a été la joie de mon coeur.

Mon pied s'est avancé sur le droit chemin ;depuis ma jeunesse, je marchais sur ses traces. Il m'a suffi de tendre un peu l'oreille pour la recevoir, et j'y ai trouvé de grandes leçons.

Grâce à elle, j'ai progressé ;je rendrai gloire à celui qui me la donne. J'ai résolu de la mettre en pratique, ardemment j'ai désiré le bien, et jamais je n'aurai à le regretter.

Avec elle, j'ai vaillamment combattu, j'ai mis beaucoup d'exactitude à pratiquer la Loi. J'ai levé mes mains vers le ciel, j'ai déploré de la connaître si mal.

J'ai marché tout droit vers elle, c'est dans la pureté que je l'ai trouvée. Avec elle, dès le commencement, j'ai trouvé l'intelligence, c'est pourquoi je ne serai jamais abandonné.

Bonne journée!