FROG
A méditer, ce matin, mercredi 22 août 2007
Liturgie du jour : Livre des Juges 9, 6-15
Les notables viennent de proclamer comme roi à Sichem Yotam, rival d’Abimélek, fils de Gédéon. Yotam vient se poster au sommet du mont Garizim et crie de toutes ses forces :
- Écoutez-moi, notables de Sichem, et Dieu vous écoutera !
Un jour, les arbres se mirent en campagne pour se donner un roi et le consacrer par l'onction.
Ils dirent à l'olivier : 'Sois notre roi !' L'olivier leur répondit : 'Faudra-t-il que je renonce à mon huile, qui sert à honorer Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?'
Alors les arbres dirent au figuier : 'Viens, toi, sois notre roi !' Le figuier leur répondit : 'Faudra-t-il que je renonce à la douceur et à la saveur de mes fruits, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?'
Les arbres dirent alors à la vigne : 'Viens, toi, sois notre roi !' La vigne leur répondit : 'Faudra-t-il que je renonce à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?'
Alors tous les arbres dirent au buisson d'épines : 'Viens, toi, sois notre roi !' Et le buisson d'épines répondit aux arbres : 'Si c'est de bonne foi que vous me consacrez par l'onction pour être votre roi, venez vous abriter sous mon ombre ; sinon, qu'un feu sorte du buisson d'épines et dévore jusqu'aux cèdres du Liban !'
Ornant la fable d'Ésope (du grec)
Les vers de tête sont d'Isaac de Benserade (1612-1691) et les quatre vers du bas sont du traducteur anonyme.
Une poutre pour roi faisait peu de besogne ;
Les grenouilles tout haut en murmuraient déjà ;
Jupiter à la place y mit une cigogne.
Ce fut encore pis, car elle les mangea.
Les grenouilles se lassèrent de vivre en république. Jupiter, s'écrièrent-elles un jour, donnez-nous un roi qui sache nous gouverner. Le dieu rit de leur impudence, et leur refusa longtemps ce qu'elles lui demandaient: mais enfin, étourdi de leurs cris, il se résolut, quoiqu'à regret, de les contenter, et lança dans leur marais un soliveau. Le bruit qu'il fit en tombant intimida si fort les grenouilles, qu'elles se plongèrent au fond de leurs marécages, demi-mortes de frayeur. Mais quelque peu de temps après, une des plus hardies mit la tête hors de l'eau, et d'abord n'osa considérer que de loin le nouveau roi, puis s'en rassura jusqu'à s'en approcher; enfin le voyant sans mouvement, se mit à sauter et resauter sur lui. Elle fut suivie d'une seconde, la seconde d'une troisième, et celle-ci de toutes les autres, qui, fort mal satisfaites de leur prince immobile, s'en plaignirent à Jupiter, et lui en demandèrent un autre qui fût plus agissant. Le dieu leur envoya la cigogne, qui, en fort peu de temps, en croqua la moitié. Et celles-ci crièrent plus fort que jamais, et demandèrent à Jupiter qu'il les délivrât de leur tyran. Mais il ne voulut plus les entendre: puisque vous n'avez pu, leur dit-il, souffrir votre bon roi, souffrez maintenant le méchant, de peur qu'il ne vous en vienne encore un pire.
S'en tenir à son roi, tel que le ciel le donne,
C'est ce qu'Ésope ici sagement nous ordonne :
Tel peuple las du sien, le changea follement,
Qui bientôt regretta l'ancien gouvernement.
Phèdre I, 2
Ranae uagantes liberis paludibus
Clamore magno regem petiere ab Ioue,
Qui dissolutos mores ui compesceret.
Pater deorum risit atque illis dedit
Paruum tigillum, missum quod subito uadi
Motu sonoque terruit pauidum genus.
Hoc mersum limo cum iaceret diutius,
Forte una tacite profert e stagno caput
Et explorato rege cunctas euocat.
Illae timore posito certatim annatant
Lignumque supera turba petulans insilit.
Quod cum inquinassent omni contumelia,
Alium rogantes regem misere ad Iouem,
Inutilis quoniam esset qui fuerat datus.
Tum misit illis hydrum, qui dente aspero
Corripere coepit singulas. Frustra necem
Fugitant inertes, uocem praecludit metus.
Furtim igitur dant Mercurio mandata ad Iouem,
Afflictis ut succurrat. Tunc contra deus :
« Quia noluistis uestrum ferre » inquit « bonum,
Malum perferte ». « Vos quoque, o ciues », ait
« Hoc sustinete, maius ne ueniat, malum ».
Traduction de Henri Tournier
Les grenouilles errant libres dans leurs marais
À grands cris réclamaient à Jupiter un roi
Qui réprimât leurs mœurs dissolues par la force.
Le roi des dieux sourit, puis leur jette un bâton ;
Celui-ci en tombant bruyamment dans l'étang,
Troublant ses eaux, fit peur à l'engeance craintive.
Comme il restait longtemps prisonnier de la vase,
L'une s'en vient, sans bruit, sort la tête de l'eau,
Observe bien le roi, appelle ses compagnes.
Elles oublient leur peur, accourent à la nage ;
La troupe sans respect grimpe sur le bâton ;
Après l'avoir souillé de multiples outrages,
D'envoyer chez Jupin chercher un autre roi :
Celui qu'elles avaient leur semblait inutile.
Alors il leur envoie une hydre aux dents cruelles
Qui les dévore à tour de rôle ; en vain, sans forces,
Elles essaient de fuir : la peur les rend sans voix.
En secret donc Mercure est chez Zeus dépêché,
Pour qu'il les vienne aider. Mais le dieu leur répond :
« Vous n'avez pas voulu garder votre bon roi,
Supportez le méchant. » Vous aussi, citoyens,
Tolérez votre mal, de peur qu'en vienne un pire.
Jean de LaFontaine, Livre III : Les Grenouilles qui demandent un roi
Les grenouilles se lassant
De l'état Démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir Monarchique.
Il leur tomba du Ciel un Roi tout pacifique :
Ce Roi fit toutefois un tel bruit en tombant
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, dans les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau ;
Or c'était un Soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui de le voir s'aventurant
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant.
Une autre la suivit, une autre en fit autant,
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du Roi.
Le bon Sire le souffre, et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue.
Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir,
Et Grenouilles de se plaindre ;
Et Jupin de leur dire : Eh quoi ! votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre Gouvernement ;
Mais, ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fût débonnaire et doux :
De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire.




