23. Juin 2008
CATHOLICISME & MODERNITE
Colloque international de Paris
Jeudi 19 juin – vendredi 20 juin 2008
Grand Amphi, EHESS 105 Bd Raspail 75006 PARIS

J’ai eu l’opportunité de participer les jeudi et vendredi 19 et 20 juin au Colloque International de Paris, sur le thème Catholicisme et Modernité, dans le grand amphi de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Boulevard Raspail. Le Père Provincial m’a demandé d’en écrire un petit rapport pour sa Lettre Mensuelle. Ce que je fais volontiers.
Je me suis servi, outre mes notes et ma mémoire, des introductions aux diverses sessions, des documents d’annonce sur Internet, des articles de La Croix du vendredi 20 juin.
Ces lignes sont bien sûr de ma seule responsabilité. Mon souhait est qu’elles puissent servir à notre information et surtout à nos prises de conscience, en ces temps de globalisation et de rencontre des cultures.
En effet, confronté aux défis de la modernité, le catholicisme a entrepris dans la seconde moitié du XX° siècle une transformation considérable de son auto compréhension et de son organisation, cristallisée dans le concile Vatican II. Il oscille aujourd’hui – 40 ans après -, entre deux attitudes.
- La première est une forme affichée et revigorée d’intransigeantisme, que l’opinion publique - européenne d’abord par proximité, et mondiale par écho -, perçoit comme romaine. Différentes illustrations en sont offertes par les évolutions récentes du droit, en des domaines qui focalisent et crispent l’attention inquiète du magistère catholique (famille, bioéthique, euthanasie, …).
- La seconde tente des ajustements entre l’enseignement de l’Église et la culture moderne. Diverses recompositions dans le rapport au territoire, à l’autorité et aux autres religions, en donnent des exemples pertinents malgré les débats internes qu’ils suscitent, autour de grandes figures de théologiens, qui depuis la fin du Concile, ressentent la nécessité de pratiquer une nouvelle anthropologie pour rendre compte de phénomènes inédits.
Ces différences de positionnements doivent être appréhendées en lien avec la pluralité interne du champ catholique, souvent perçu comme monolithique. Les lignes de partage ne se laissent pas aisément tracer.
- Dans les pays de culture catholique, la diversité des options religieuses présentes dans l’espace public et, davantage encore, la montée de l’indifférence contribuent à relativiser le message de l’Église.
- En outre, la réduction drastique du nombre des clercs, de même que la baisse notable de la pratique religieuse (particulièrement marquées en France mais largement amorcées, l’une et l’autre, dans d’autres pays : pensons seulement au redéploiement salésien en Europe, jusqu’en Italie, et dans le monde) signent l’épuisement d’un certain projet catholique.
On pourrait hâtivement conclure que tout cela nourrit l’image d’un objet de recherches désuet sur lequel les sciences sociales n’auraient plus grand-chose à dire.
- Cependant, l’environnement social dans toutes ses composantes travaille le rapport au religieux.
- L’idée de changement n’est pas étrangère au catholicisme, tant en son sein qu’à travers la participation de ses membres aux mutations économiques, sociales et politiques.
Le colloque a eu pour objet
- d’une part, de dresser un panorama des évolutions catholiques les plus contemporaines en croisant les approches anthropologiques, historiques, sociologiques, politiques et géographiques.
- Plus largement, il a interrogé la dynamique paradoxale contradictoire changement/maintien de la tradition qui prévaut dans le catholicisme contemporain (et dans notre Congrégation).
Le colloque s’est adossé aux recherches menées depuis quelques années par l’équipe du CEIFR - et MOCA. Au-delà du cas français, une attention particulière a été également portée à d’autres configurations nationales, en Europe ou en Amérique du Nord (Québec), historiquement marquées par un catholicisme majoritaire aujourd’hui en voie de plus ou moins rapide exculturation. L’approche pluridisciplinaire et comparatiste a permis, de façon très satisfaisante, de confronter les acquis de recherches récentes, innovantes et encore éparses qui manifestent un regain d’intérêt pour cet objet d’études.
Déroulement
Je ne rapporterai ici que les communications qui me paraissent le plus à même de nous éclairer sur l’état de la question.
Danièle Hervieu Léger, présidente de l’EHESS, ouvrit le Colloque pour se retirer immédiatement, happée par des obligations administratives.
- La Première Session fut consacrée aux Ajustements du catholicisme et fut présidée par Anne-Sophie LAMINE (Université Marc Bloch, Strasbourg).
Philippe Portier (EPHE - GSRL) entama la série des quelque 15 interventions aussi passionnantes qu’épuisantes, vu leur intensité et leur densité, qui allaient se succéder sur les deux journées.
Le catholicisme français entre unité et pluralité
On peut parler d’un mouvement significatif - sinon d'un nouvel engouement -, de la recherche en sciences sociales des religions. Une nouvelle génération de chercheurs s'intéresse aux religions. Leur choix reflète les préoccupations du temps: la religion intéresse probablement davantage qu'il y a une trentaine d'années. De multiples disciplines se penchent d'ailleurs sur elle, pas uniquement la sociologie ou l'histoire, mais aussi la science politique, l'anthropologie, le droit...
On peut mesurer cet intérêt par des données quantitatives, notamment. En histoire contemporaine, une vingtaine de thèses sont consacrées chaque année à des questions touchant centralement la religion. En science politique, six ou sept, chaque année. Soit, dans ces deux disciplines, 5 % environ du total des thèses soutenues. L'une d'elles, remarquée dans les deux disciplines, a porté sur le militantisme féminin au début du XXe siècle, montrant combien les associations féminines catholiques, quoique conservatrices à l'origine, ont suscité des comportements émancipateurs chez leurs membres, construit en somme une manière de citoyenneté sans le vote. On ne peut parler cependant d'un raz de marée. Les chercheurs pourraient être encore plus nombreux au regard de l'importance de ces questions dans la société actuelle. Le problème reste le très faible nombre de postes d'enseignement et de recherche créés dans ce domaine : les chercheurs savent qu'en s'engageant dans cette voie, ils prennent un risque. Mais c'est aussi un effet de l'exculturation des jeunes générations: le religieux les intéresse incontestablement. Ils s'en sentent souvent trop loin intellectuellement pour se lancer dans l'étude de leurs systèmes de sens et d'action.
C’est pourquoi l'École pratique des hautes études à la Sorbonne, avec sa section de sciences religieuses (créée sous la IIIe République), constitue un foyer central de recherche.
Jusqu'à la fin des années 1970, lorsqu'il s'agissait d'étudier la France, les travaux ont été focalisés principalement sur le catholicisme : on comprend pourquoi. Le protestantisme et le judaïsme suscitaient aussi, à moindre titre, des études. Petit à petit, la société devenant pluraliste, les thèmes se sont diversifiés : l'islam, dans les années 1980, les nouveaux mouvements religieux au début des années 1990. L'an dernier, par exemple, une thèse a été présentée sur le religieux diffus que véhiculent des revues comme Psychologies, sorte de spiritualité du bien-être. On observait volontiers, hier, une certaine homologie entre le type de recherche menée et le milieu d'où provenait le chercheur : chacun avait tendance à prospecter du côté de sa confession d'origine, ce qui n'a jamais empêché d'ailleurs une grande scientificité dans les enquêtes. On assiste plus souvent aujourd'hui, chez les jeunes chercheurs, à un décalage plus net entre l'appartenance religieuse (plus floue, du reste) et le territoire exploré.
Le catholicisme est bien sûr resté objet d'études. Le nombre des travaux qui lui sont consacrés progresse au même rythme que pour les autres religions, mais la manière dont il est étudié a changé : sur le plan de la méthode, on le saisit volontiers maintenant en le rapportant
- aux mutations de la société globale,
- aux processus notamment d'individualisation et de pluralisation.
- Dans de nouveaux champs, comme les mutations de fonctionnement interne de l'Église (paroisses, synodes, rapports prêtres laïcs),
- ou les transformations de l'activisme externe de ses membres.
- sur les chrétiens et le dialogue interreligieux,
- ou les chrétiens et l'alter mondialisme.
L'idée sous-jacente à ces recherches est, contre l'ancienne version du paradigme de la sécularisation, que le catholicisme ne s'exténue pas, mais se recompose.
D'une manière générale, les laïcs engagés sont très ouverts pour répondre aux enquêtes : ils sont même demandeurs!
Le traitement change, cependant, avec les mouvements charismatiques :
- les contacts individuels peuvent se passer très bien,
- mais les responsables sont souvent plus réticents. À leurs yeux, les sciences sociales ne sont pas réellement légitimes pour parler de la foi.
Quant aux évêques, une grande part d'entre eux se montrent très ouverts : il faut bien sûr leur expliquer le projet, gagner leur confiance, mais ils accompagnent volontiers la recherche en cours, tout en refusant parfois aux chercheurs l’accès à tel ou tel fonds d'archives.
Les 4 communications qui suivirent
- Alfonso Pérez-Agote (Universidad Complutense, Madrid): « Les trois logiques de la religion en Espagne »
- Luca Diotallevi (Université Rome III): «Old and new challenges for Catholicism. Some remarks from an Italian perspective »
- Solange Lefebvre (Université de Montréal) : « Effets de la diversité religieuse sur le catholicisme québécois. Enjeux culturels et institutionnels »
- Barbara Frère (Université Libre de Bruxelles - CIERL) : « Processions: le retour ? »
nous ouvrirent à des problématiques et à des thématiques à la fois éclairantes sur nos différences, et riches de témoignage de la diversités des intérêts et des préoccupations de l’heure, conditionnées par l’histoire récente et ancienne de ces Eglises dans leurs champs nationaux : culturels et humains
- accélération quasi exponentielle de la désaffectation de la catéchèse, et de la pratique religieuse en Espagne, encore victime des séquelles du franquisme et de l’autoritarisme clérical ;
- décalage entre la vie nationale italienne et ce qui peut être considéré comme une ingérence de l’Eglise à la fois et se révèle comme un acte prophétique, sinon un recours
- invention et imagination intenses au Québec, pour recomposer un champ et une image ecclésiales en correspondance avec les mutations démographiques et culturelles
- regain, enfin, des processions bruxelloises par les rues de la ville, comme pratiques de piété, mais de plus en plus comme moyens et lieux d’expressions pour le sans voix de la mondialisation : sdf, sans papier, minorités, etc...
- La deuxième session fut consacrée au Recompositions institutionnelles du catholicisme : elle fut présidée par Philippe Portier (EPHE - GSRL)
Successivement
- Jean-René Bertrand (Université du Maine) La place des diacres dans l'Eglise catholique en France fit part des résultats d’une enquête sur le sens et l’avenir de cet état, avec les mutations propres au sein d’une corporation, qui prétend désormais tantôt au mariage, après l’ordination, et à une pratique de plus en plus sacerdotale de leur exercice, par nécessité et appétence.
- Nicolas de Bremond d’Ars (CEIFR) : Un synode pour changer ? Le défi des synodes diocésains. Les diocèses de France font depuis plus de vingt-cinq ans l'expérience du synode. Dans la majorité des cas, il s'agit d'une mobilisation des catholiques, des plus pratiquants aux sympathisants, invités à s'exprimer, soit autour de questions précises posées par l'évêque, soit autour de thèmes. Parfois, il a été choisi de parler d'une simple démarche synodale; la mobilisation y concerne surtout l'encadrement local des communautés chrétiennes. Il s'agit là, en fait, d'une nouvelle forme de gouvernement, dont il est difficile de mesurer les effets, tant sont divers les buts poursuivis et les résultats obtenus. Les participants
o expriment tous leur joie d'avoir ainsi participé à des carrefours de discussion très libres,
o mais il est plus délicat d'évaluer la portée réelle de ces manifestations.
Répondent-elles
- aux attentes exprimées par l'évêque,
- à celles des participants,
- et, surtout, offrent-elles des débouchés aux questions qui se posent au catholicisme en France?
Un synode porte au moins trois enjeux:
- maintenir l'intérêt d'une concertation qui prend son temps,
- gérer la transformation de l'autorité,
- apporter de vraies réponses aux questions du peuple.
- Les processus du déroulement synodal constituent un premier enjeu (ou défi) pour le gouvernement des catholiques. Lorsque le synode est une mobilisation sur plusieurs années, les organisateurs sont amenés à gérer une multiplicité de facteurs, que la durée rend moins maîtrisables: après une phase de lancement qui suscite une dynamique événementielle, la longueur des processus de concertation et de gestion des groupes et délégués divers peut donner aux catholiques l'impression d'une interminable médiation. Or la dimension événementielle, assumée dans les manifestations publiques {liturgies locales ou diocésaines), est un facteur clé de réussite. Optimiser la durée d'un synode est une façon d'arbitrer entre l'urgence eschatologique (changer, vite !) et la viscosité rédemptrice de l'histoire humaine.
- De plus, les synodes ont été conçus pour favoriser la communication entre l'évêque et son clergé - souvent en poste en des lieux éloignés. Mais la grande nouveauté, en rupture avec ce passé, est l'association du peuple. Cette réponse en apparence démocratique de l'Église catholique aux défis de son gouvernement n'est pas sans effet sur ce dernier. En effet, alors que les synodes étaient prévus pour favoriser le travail du clergé, ce dernier s'est trouvé marginalisé par l'ampleur de l'expression laïque. Ils transforment les rapports d'autorité qui prévalaient autrefois, en légitimant l'irruption à tous les niveaux hiérarchiques des laïcs et des diacres : équipes d'animation pastorale (EAP), conseils entourant l'évêque. Le clergé n'est plus un corps intermédiaire obligé, ce qui induit une nécessaire révision de son statut dans le gouvernement du peuple catholique.
- Troisième défi à relever, la gestion de la parole. Nombre de comptes rendus rapportent les inquiétudes du peuple confronté à des tensions :
-
- organisation du culte,
- personnel ecclésiastique,
- vie du groupe,
- image publique du catholicisme
- et, plus délicat, gouvernement lui-même.
Toutes ces expressions ont vocation à être traduites en nouvelles orientations diocésaines, avec un risque de frustration :
- les inquiétudes et suggestions sortent parfois du champ de discussion souhaité par l'évêque,
- et le processus de traitement par des relecteurs les transforme en propositions éloignées de la pensée des auteurs.
Or, une triple demande remonte des carrefours.
- D'une part, il est réclamé à la hiérarchie catholique de tenir compte des nouvelles manières d'être en famille - au premier chef, les échecs conjugaux.
- Ensuite, on remarque un désir de privilégier les relations locales el horizontales - à l'image de l'expérience synodale elle-même -, en réaction à une Église jugée pesante et hautaine.
- En troisième lieu, on décèle une mise en cause du clergé: on réclame pêle-mêle
-
- la possibilité d'un clergé marié,
- quelquefois celle d'ordination de femmes (notamment pour le diaconat),
- un partage des tâches qui ne cléricalise pas les laïcs.
- On se plaint aussi de liturgies «froides»,
- et l'on demande des liturgies animées,
- aux homélies «proches de la vie quotidienne »,
- prenant appui sur les Écritures.
Brémond d’Ars ajoute que l’on pourrait conclure sur la réussite de la dimension consultative:
- le peuple catholique vit de façon neuve la cohésion entre clergé et fidèles.
- Paradoxalement, cette libération de la parole conduit l'Église diocésaine à risquer de décevoir le peuple par les réponses.
- Les évêques sont dorénavant en face du peuple qu'ils ont tenu à consulter.
- L'avenir dira quels sont ceux d'entre eux qui auront pris la mesure de cette exposition.
- La troisième session fut consacrée au triple thème Corps, genre, intimité et fut présidée par Philippe Boutry (CARE), dont la capacité de synthèse et de clarification dans les reprises et les enchaînements a fait de ce moment un plaisir quasi esthétique.
Nous eûmes droit à 6 communications passionnantes
- Denis Pelletier (EPHE - GSRL) Les catholiques et la république de l’intime. En posant la question de la place du corps dans la construction des identités sexuées, la société française est renvoyée à ses incertitudes sur la frontière entre le public et le privé, qui est une dimension importante de l’histoire de la laïcité. Les polémiques autour de ce thème ont révélé, au-delà de la rencontre avec d’autres religions - l’islam et le voile, par exemple -, les incertitudes de la laïcité mise à l’épreuve de la sécularisation. Laïcité et sécularisation sont deux termes de registres différents. Le 1er appartient au registre juridico-politique ; le 2ème est un phénomène de longue durée de prise d’autonomie du politique, de l’éducation, de la santé… par rapport au religieux.
Pendant un certain temps, il y a eu un engrenage entre laïcité et sécularisation : la sécularisation de la société française permettait à la laïcité de s’imposer. Donc pendant longtemps cela allait de pair.
Ce lien étroit aujourd’hui n’a plus la même évidence, comme le montrent plusieurs réflexions : la question de la sécularisation des corps : les progrès techniques (biogénétique, statut des cellules, des tissus, de l’embryon) concernent le caractère sacré ou non de ce qui nous constitue en tant que corps, individu.
- La question de la sécularisation de l’intime, de l’intimité : a appartenu pendant longtemps à l’ordre de la nature, de la providence ; de plus en plus elle est de l’ordre du politique, de la naissance à la mort (procréation médicalement assistée, avortement, accompagnement à la mort sont pris en charge, via les médecins, par le politique). De même, l’ordre naturel de la famille laisse place à l’ordre contractuel de la famille (PACS).
- la question du genre et du rôle des femmes en politique : la loi de 1905 sépare le religieux du politique à une époque où les femmes sont exclues de l’espace politique public ; elles ne le sont plus aujourd’hui (question du voile aujourd’hui, porté par des femmes).
- Ainsi la sécularisation remet en question certains fondements de la laïcité.
- Isacco Turina (Université de Bologne) : Corps et catholicisme. Nous ne pouvons pas atteindre une meilleure compréhension de la place des corps dans les phénomènes religieux, si nous ne prêtons pas plus d’attention à l’esprit aussi : toute religion prévoit une série de règles et de doctrines qui créent des liens spécifiques entre le corps et l’esprit. L’hypothèse est encore à vérifier et à développer, que beaucoup de gens qui se placent volontairement sous l’emprise d’une religion, cherchent en fait une forme de cohérence entre leurs actions, leurs sentiments et un sens spirituel.
- Brigitte Bleuzen (CEIFR) : Communalisation catholique et souci de soi. Passer d'une situation de relative domination institutionnelle à celle de simple partenaire associatif, dans un monde devenu pluriculturel et pluriconfessionnel, cela implique, pour des religieux investis en banlieues, la recherche constante de communautés pertinentes pour l'action collective: ce furent leurs œuvres (1940-1950), puis les syndicats et partis politiques en période de plein-emploi (1965-1983), enfin les associations de chômeurs et les petits collectifs d'engagement (depuis 1990).
- Les religieux oscillent entre l'inscription dans une mémoire collective et la mise en valeur de leur propre singularité (problème actuel pour nous SDB ! Il suffit de voir la pauvreté des propositions de notre dernier et récent Chapitre Général 26 !). Le travail sur la mémoire leur permet d'identifier des ressources symboliques qui justifient leurs orientations: des lignées de témoins émergent alors, pour produire un nous pluriel qui constitue la mémoire collective des religieux.
- Sur un plan personnel, de nombreux exercices favorisant la réflexivité constituent le quotidien des religieux: oraison, révision de vie, examen de conscience, supervision par un supérieur, retraite en silence dans un monastère, ou encore l'écriture de plus en plus fréquente de leur témoignage de vie. Au travers de cette introspection, verbalisée ou non, se profile un énoncé de plus en plus ajusté de leur soi en tant qu'homme, religieux vivant au XXe-XXIe siècle.
- Que signifie alors cet énoncé de soi quand il est communiqué ? Est-ce une connaissance progressive de soi ? Ou bien le discours de l'ajustement de la pensée avec ses actes, ses discours et ses engagements ? Par l'énoncé, le religieux s'implique avec toute la complexité de son vécu. Il construit ce qui fait sens, pour lui, dans l'exercice de l'autorité religieuse. Il redéfinit son engagement dans le monde et la place qu'il donne à l'Autre.
- Une sociologie de la subjectivation a permis d'élaborer une typologie de la manière dont des religieux ont pu construire leur autorité :
Ø L'être pour l'histoire: l'autorité se construit sur la base de l'antagonisme, dans le but de créer un homme nouveau.
Ø L'être pour le monde : elle se construit en intégrant l'altérité et le paradoxe.
Ø Enfin, l'être pour être : le religieux construit son autorité à partir d'une fidélité à lui-même, quels que soient les circonstances et les évènements
§ Corinne Valasik (CEIFR) : Éthique, catholicisme et militantisme. Le regain du religieux ne se manifeste pas par un retour de la pratique, ou alors par des pratiques nouvelles (JMJ, pèlerinages...). Les fidèles sont séduits par ces événements car ils sont libres d'y aller, ils le choisissent. Ils vont vivre quelque chose d'intéressant et de fort émotionnellement pendant 3 ou 4 jours, mais ce n'est pas pour autant qu'ils retourneront dans les paroisses. Tout cela marque un désintérêt pour les pratiques religieuses traditionnelles. Nous sommes dans une société individualiste où chacun veut se sentir libre et construit sa vision du monde en s'inspirant parfois de plusieurs religions. Il n'y a pas de statistiques officielles et chacun définit son appartenance religieuse. La France est de culture catholique. Alors si plus de 60 % des individus se disent catholiques, ils ne sont pourtant que 10 % à pratiquer. D'autant qu'aujourd'hui, être catholique pratiquant est bien différent d'autrefois. Il ne s'agit plus de prier quotidiennement mais seulement une à deux fois par semaine. Et puis les Français s'intéressent de plus en plus aux nouvelles religions comme le Bouddhisme. En effet, la France est le pays d'Europe ou le bouddhisme (bouddhisme tibétain) est le plus développé. On estime à 400 000 le nombre d'adeptes (la notion d'adeptes est une notion floue). Et encore, c'est une fourchette basse.
De plus, dans notre pays depuis la Révolution française, la religion est considérée comme suspecte. La religion appartient à la sphère privée. Les principales difficultés se rencontrent lors du passage du privé au public. Il y a une sorte de droit d'usage pour les églises mais il existe une disproportion entre les lieux de cultes catholiques et protestants et ceux des autres religions. C'est une difficulté que l'on retrouve aussi au niveau des cimetières car selon sa croyance, la façon d'enterrer ses morts est différente. Il semblerait que de plus en plus de musulmans pratiquent alors que les catholiques pratiquent de moins en moins : les catholiques vivent leur religion de façon individuelle ou alors dans des moments collectifs. Pour la plupart, ils ne se reconnaissent pas, dans les discours des prêtres ou du pape. Alors ils s'investissent dans le bénévolat ou dans des associations catholiques. Par contre, pour certains musulmans, la construction de leur identité s'effectue en grande partie grâce à l'islam.
§ Sabine Rousseau (CHEC Université Blaise Pascal Clermont Ferrand) : Femmes prêtres : exigence, revendication, contestation. Ce fut un historique à la fois des mouvements de femmes dans cette direction, et des étapes du rejet répété de Rome pour en reconnaître le bien fondé et la légitimité. La nécessité d’une nouvelle anthropologie, réclamée par ailleurs, n’est pas à l’ordre du jour au Vatican.
§ Céline Béraud (Université de Caen - CEIFR) Des petites filles à l'autel ? Catholicisme, genre et liturgie Très clairement - et non sans humour, car les raisons peuvent paraître cocasses ! -, il fut rappelé et réaffirmé la position et les raisons que Rome a et oppose à tout changement de sa pratique séculaire.
- Respecter ce que la Tradition de l’Eglise a établi à propos du service de l'autel, c’est se prémunir de tomber dans des situations équivoques ou inextricables en ce qui concerne l’ordination des femmes au sujet desquelles il a été précisé : l’ordination sacerdotale des femmes ne saurait être acceptée, pour des raisons tout à fait fondamentales. Ces raisons sont notamment:
· l’exemple rapporté par la Sainte Ecriture du Christ qui a choisi ses apôtres uniquement parmi les hommes ;
· la pratique constante de l’Eglise qui a imité le Christ en ne choisissant que des hommes et a soutenu que l’exclusion des femmes du sacerdoce est en accord avec le plan de Dieu sur l’Eglise.
- Puis une réaffirmation de l’égale dignité entre les sexes : le fait que la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Eglise, n’ait reçu ni la mission spécifique des apôtres ni le sacerdoce ministériel montre clairement que la non admission des femmes à l'ordination sacerdotale ne peut pas signifier qu’elles auraient une dignité moindre ni qu’elles seraient l’objet d’une discrimination ; mais c’est l’observance fidèle d’une disposition qu'il faut attribuer à la Sagesse du Seigneur de l'univers. Car c’est à la sainteté des fidèles que se trouve totalement ordonnée la structure hiérarchique de l'Eglise.
- Enfin les arguments pastoraux du Magistère : - Voilà pourquoi, rappelle la Déclaration Inter Insigniores, le seul charisme supérieur, qui peut et doit être désiré, c'est la charité » (I Corinthiens 12, 1