04. Janvier 2009
Le Roi est mort, vive le Roi…
Matthieu évoque uniquement ces mages, mais il n'en fait pas des rois, ne leur donne pas de noms et ne précise pas combien ils sont. Ils sont guidés par l'éclat d'une étoile et prévenus par l'annonce d'un ange et trouvent le lieu de naissance de Jésus. Ils offrent des cadeaux au Christ :
Entrant alors dans le logis, ils virent l'enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l'or, de l'encens et de la myrrhe. (Matthieu2, 11)
Matthieu signale aussi que ces mages venaient d'Orient. Il devait donc s'agir de membres d'une classe sacerdotale importante, comme il en existait alors chez les Perses, ayant à la fois un rôle politique, religieux et scientifique. Autrement dit des païens
Si Matthieu ne mentionne pas leur nombre, il énumère en revanche trois cadeaux apportés par eux (or, encens et myrrhe). Selon une interprétation théologique traditionnelle, ils se rapportent à trois aspects de Jésus,
- qui est roi (l'or),
- qui est Dieu (l'encens, utilisé pour le culte),
- mais qui est aussi véritablement homme, et donc mortel (la myrrhe servait à embaumer les morts).
Ainsi les rois mages venant adorer le Christ peuvent symboliser la reconnaissance du christianisme comme religion conforme à la Tradition primordiale (à l'origine de toutes les religions), les mages venant d'Orient représentent les trois pouvoirs :
- pouvoir royal (l'or),
- pouvoir sacerdotal (l'encens),
- et pouvoir spirituel (la myrrhe).
Ces trois pouvoirs correspondent aux trois mondes représentés par les trois couronnes sur l’antique que portaient les papes. Les mages se prosternant devant le Christ signifient que les trois pouvoirs reconnaissent l'orthodoxie du christianisme par rapport à la Tradition primordiale.
Le dernier verset de l’épisode est intéressant :
Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
On n’est plus le même sur le chemin du retour : tout dépend comment on était avant de partir, qui on a rencontré en chemin, et ce qui s’est passé sur la route.
Au retour de la captivité à Babylone (-587-538) le peuple n’est plus le même. Les « autres » existent, et leur dieu est le dieu de tous. Alors, debout ! C’est le temps de la globalisation qui est lancé
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d'au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations. Des foules de chameaux t'envahiront, des dromadaires de Madian et d'Épha. (Isaïe 60,1-6)
C’est ce que précise Paul aux Ephésiens entre autres :
Ce mystère du Christ - dont je ne cesse de vous parler dans mes lettres, c'est que les païens sont associés au même héritage que nous, au même corps que nous au partage de la même promesse, dans ce Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile. Eph 3,5-6

Qu'avait cette étoile au-dessus des autres, qui annoncent dans le ciel la gloire de Dieu ? demande Bossuet. Qu'avait-elle plus que les autres, pour mériter d'être appelée l'étoile du Roi des rois, du Christ qui venait de naître, et d'y amener les mages ? … Quoi qu'il en soit, une étoile qui ne paraissait qu'aux yeux n'était pas capable d'attirer les mages au Roi nouveau-né : il fallait que […] la lumière du Christ soit levée dans leur cœur . À la présence du signe qu'il leur donnait au-dehors, Dieu les toucha au-dedans […]. L'étoile des mages est donc l'inspiration dans les cœurs. Je ne sais quoi vous luit en dedans : vous êtes dans les ténèbres et dans les amusements, ou peut-être dans la corruption du monde : tournez vers l'Orient, où se lèvent les astres ; tournez-vous à Jésus Christ qui est à l'Orient, où se lève comme un bel astre l'amour de la vérité et de la vertu. (J. B. Bossuet (1627-1704), évêque de Meaux, Élévations sur les mystères, Semaine 17, n°2)
Je trouve très significatif que ce même jour la liturgie fête deux personnes que la fête des Rois risque de passer sous silence : il s’agit d’un homme et d’une femme qui en leurs siècles, jouèrent les rôles de la globalisation
C’est d’abord Odilon de Cluny, Cinquième abbé de Cluny - énorme abbaye de Saône et Loire, près de Taizé -, qui vivait eu tournant du millénaire précédent (962-1048).
L'abbaye de Cluny avait alors un rayonnement sur toute l'Europe. Odilon était considéré comme le ‘pape’ des bénédictins et exerçait une grande influence sur le Pape et l'Empereur. Lors de la grande famine de 1006, il vendit tous ses biens et mendia avec les mendiants. C'est lui qui instaura la fête des défunts le 2 novembre.
Et ensuite Angèle de Foligno y naquit, à 5 km d’Assise (1245-1309) – juste après la mort de François, en 1226. Elle fut mariée très jeune :
c’était une viveuse, se fichant éperdument de ses devoirs d'épouse et de mère, elle se jetait goulûment dans les plaisirs du monde, avec tous ses excès et ses désordres. Et puis un jour, au milieu du tourbillon qui l'emportait, elle sentit l'aiguillon de la grâce : elle se rendit compte bientôt du vide de sa vie mondaine et dissipée, et comprit le danger qu’elle courait. L'Ennemi du genre humain tenta en vain d'entraver sa prise de conscience. Mais une fois revenue de ses extravagances, elle s'élança avec la même fougue sur la voie de la perfection, à la suite de St François d'Assise, dans le Tiers Ordre.
Comme tout cela sonne très moderne : nous sommes vraiment des tardifs, vis-à-vis de ces femmes et de ces hommes, qui n’ont pas attendu Internet, l’atome et l’€ ou le $ pour mener une vie pleine, riche et globale !
Luc (17, 20-25) nous rapporte cet épisode où les Pharisiens demandent à Jésus quand viendrait donc le règne de Dieu. On fait répondre à Jésus :
le règne de Dieu est au milieu de vous.
ἡ βασιλεία τοῦ θεοῦ ἐντὸς ὑμῶν ἐστιν.
Si vous rencontrez aujourd’hui un roi digne de sa fonction, de son rôle été de sa responsabilité, il vous dira quelque chose comme
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History says :
Don't hope
On this side of the grave.
But then, once in a lifetime
The longed-for tidal wave
Of justice can rise up
And hope and history rhyme.
So hope for a great sea-change
On the far side of revenge.
Believe that a further shore
Is reachable from here.
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L'histoire dit :
N'espère rien
De ce côté-ci de la tombe:
Mais, une fois au cours d'une vie
Le raz-de-marée si ardemment désiré
De la justice peut s'élever
Et l'espoir rimer avec l'histoire.
Alors espère en un grand retour des eaux
De l'autre côte de la vengeance.
Crois qu'un autre rivage
Est encore à ta portée.
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Seamus Heaney, The Cure at Troy:
Version of Sophocleses' Philocpetes, London, 1990
