DE QUI SOMMES-NOUS LES CONTEMPORAINS?

 

 

Job, notre contemporain

 

 

 A Françoise Mies…

 

Bénir ou maudire Dieu, c’est ce qui, un jour ou l’autre, frappe la foi au long cours …

Se plaindre de Dieu, c’est pousser un cri : à la fois un reproche et une demande de sens

Job, sur sa paillasse, se plaint avant tout de Dieu… à Dieu !

 

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Dieu l'avait créé avec bonté, et aujourd'hui, il voudrait le détruire (Jb 10,8‑14) ? Est‑il inconséquent? Est‑il pervers?

Voilà ce que Job a contre Dieu. C'est son contra Deum.

Mais ce contra Deum, à la différence de la réaction de nombre d’entre nous, contemporains, ne l'amène

ü      ni à un athéisme théorique ou de conviction (je ne crois pas en Dieu),

ü      ni à un athéisme pratique ou d’habitude (je vis comme si Dieu n'existait pas)'

ü      ni à la malédiction ou de militance (je maudis Dieu et le rejette).

 


Lui se plaint donc de Dieu à Dieu : si Job est grand, c'est d’abord et surtout parce qu'il OSE s'adresser à celui qu'il tient pour son adversaire, Dieu. C'est un BRAVE.

 

Quand Don Giovanni invite le Commandeur à table ( A cenar’ teco M’invitasti, et son’ venuto !), il va jusqu’à lui serrer la main, alors que Leporello, le pleutre serviteur, crie au désespoir (Ah Padrone, Ah Padrone, siamo tutti morti !).

 

Job, Don Giovanni : what’s the point ?

 


« Entre une lamentation et une plainte, entre une accusation formulée derrière le dos de l'adversaire ou adressée en face, s'ouvre un abîme : de même qu’entre une provocation et un challenge !

Le sens des mots ‑ le dit ‑ peut être identique, mais la manière de se tenir dans la relation et le langage ‑ le dire ‑ diffère totalement. Se plaindre de Dieu à Dieu, c'est lui dire: « Tu me fais mal, j'ai mal par toi. Mais en dépit de tout, en dépit de toi (Dieu!), je désire par‑dessus tout rester en relation avec toi ». La souffrance est relationnelle, elle est souffrance d'amour, et elle ose se dire dans la relation. Les pires accusations de Job n'expriment pas une volonté de rupture mais le désir de rester dans la relation. Pour le meilleur et pour le pire ‑ convenons que c'est le pire. Cette tournure de l'être vers Dieu, Job l'imprime jusqu'en son corps qui n'est pas seulement un cri mais un cri adressé: « Mon oeil pleure vers Dieu.» (16,20) » [1]

Don Giovanni relève le challenge, parce qu’il l’a provoqué : en fait, il a provoqué un mort, le Commandeur va l’emmener avec lui. Job peut tout dire de Dieu pour autant qu'il le lui dise à lui. La réponse de Dieu n'apporte pas de solution mais bien une réponse.

Mais quelle réponse !

 

 

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Dieu – qui est intelligent et qui aime ses créatures -, laisse Job répondre lui-même – comme le psychanalyste qui sait que seul le client doit se révéler à lui-même sa et la vérité!

 

« Pourquoi Dieu donne‑t‑il la vie si c'est une vie de souffrance?

Pour cette rencontre à nulle autre pareille?

Moi qui suis malade, dépouillé de mes biens, exclu de la société, en deuil de mes enfants, je suis consolé et j'atteste que pour cette rencontre (« je t'ai entendu et je t'ai vu ») et pour ce dialogue (« je t'interrogerai: fais‑moi savoir! »)' cela vaut la peine que Dieu m'ait fait sortir du ventre et m'ait donné la vie. »

 

Voilà ce que se dit Job, avec voix off de son anamnèse.

Job nous a laissé probablement les pires invectives jamais assenées contre Dieu. Mais aussi de vraies questions. Sans censure … Il a laissé retentir son cri, son reproche, son exigence de sens… en homme assis qu’il était, autant sur la cendre que sur un volcan. Job ne dicte pas de traité à ses amis, il vit un drame, il invite à ne pas s'arrêter à un moment de l'histoire – terrible, il est vrai ! -, mais à voir la trajectoire.


 

Il nous faut entrer dans le drame de Job : l’histoire nous y obligera, à l'une ou l'autre étape, un jour ou l’autre selon notre vie même :

  1. quand «tout baigne» (1,1‑5),
  2. quand le malheur s'abat « par surprise » et laisse tout à la fois hébété et livré à Dieu (1,21),
  3. quand on se retire de la vie sur la « cendre » (2,8),
  4. quand il ne reste plus que le « silence » (2,13),
  5. quand on se « lamente » sur soi (3),
  6. quand on « déblatère contre Dieu » et qu'on l'invective,
  7. quand on lui « demande raison »,
  8. quand on « espère en Dieu contre toute espérance » (14,1317; 19,25‑27),
  9. quand on rencontre « Dieu dans le face‑à‑face » (38,1‑42,6),
  10. quand on l'interroge et « se laisse enseigner par lui » (42,4 sq.),
  11. quand on quitte sa cendre et « redit «oui» à la vie » (42,10‑17),
  1. quand on meurt vieux et rassasié de jours (42,17).

 

On peut rester perplexe


Mais pour qui sait combattre dans l'attente et l'espérance, Job a ouvert la voie.

Le chrétien n'est pas sans questions... mais il sait à qui les poser.

 

Vincent-Paul Toccoli

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Au cours du temps ma "vision" de Job a évolué (et évoluera sans doute  encore).

Ce qui me choquait, c'est la perte des enfants, remplacés à la fin de l'histoire comme de vulgaires pions interchangeables. Quid de la vie? 

Job, le Pieux, se contente-t-il d'enfants de substitution? Au même titre que les autres biens, troupeaux, richesses et champs?

Puis, on imagine que Job se soumet à la volonté divine sans pour autant oublier ses morts, il est libre d'être, d'être sentimental, de pardonner à Dieu d'avoir laissé le Tentateur faire : il voit la trajectoire.

Heureux ceux qui savent discerner de tels chemins et comprendre ces choses avec le coeur.

Dont acte.

Mais voilà qu'aujourd'hui, je ressens un autre problème.

Job attaque Dieu, oui, bien plus que n'importe quel athée de service qui tue son Dieu.

Car Job pense que Dieu est là.

L'histoire de Job est avant tout une histoire. Certes chargée de sens, lourde de significations, porteuse de message.

 

 

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Tel un koan ruminé, remâché, ressassé sans cesse. Jusqu'à l'éclair.

Mais dans cette histoire, Job le Râleur, Job le Pauvre, Job l'éclopé, Job finit par entendre Dieu.

Tel le juge de la parabole qui cède à l'harcèlement de la veuve pour avoir la paix, Dieu répond à Job.

Quelle que soit la réponse, pas d'importance. Dieu a parlé, donc Il existe.

Donc aucune question, récrimination, imploration ne saurait plus avoir de sens.

Job a sa réponse. La réponse.

Contrairement aux contemporains de Jérémie, comme ceux de Jésus, qui demandaient de qui il tirait autorité:

"Parole de l'Eternel! Parole de l'Eternel! C'est bien beau, mais quelle preuve?"

 

 

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Avant, il croyait. Après, il sait. Avant, la foi. Après, la certitude. 

C'est plus qu'une nuance. C'est un changement de paradigme.

La vie n'a plus le même goût dés lors. Il faut tout accepter.

Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu.

 

Bernard Prate



[1] FRANÇOISE MIES, Se plaindre de Dieu avec Job, Bibliste et philosophe, chercheur qualifié F.S.R.‑FNRS aux F.U.N.D.P. (Facultés Universitaires Notre‑Dame de la Paix, Namur), auteur de L'espérance de Job, préface M. Gilbert, Leuven ‑ Paris, Peeters ‑ University Press (BETL, 193), 2006, 653 pages.

 

Sur la terre comme au ciel...

 

Le 26 juin 1875, lors des terribles inondations de la Garonne, on prête à Mac Mahon, Président de la République venu sur les lieux, l’exclamation suivante : « Que d'eau ! Que d'eau ! » et le préfet lui aurait répondu : « Et encore, monsieur le Maréchal, vous ne voyez que le dessus ». Mais nous savons qu’on ne prête qu’aux riches !

 

 

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Ces jours, j’ai pensé à plus loin…

 

17 Le déluge fut quarante jours sur la terre; les eaux grossirent et soulevèrent l'arche, et elle s'éleva au-dessus de la terre. 18 Les eaux crûrent et devinrent extrêmement grosses sur la terre, et l'arche flotta sur les eaux. 19 Les eaux, ayant grossi de plus en plus, couvrirent toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel tout entier. 20 Les eaux s'élevèrent de quinze coudées au-dessus des montagnes qu'elles recouvraient.

21 Toute chair qui se meut sur la terre périt: oiseaux, animaux domestiques, bêtes sauvages, tout ce qui rampe sur la terre, ainsi que tous les hommes. 22 De tout ce qui existe sur la terre sèche, tout ce qui a souffle de vie dans les narines mourut. 23 Tout être qui se trouve sur la face du sol fut détruit, depuis l'homme jusqu'à l'animal domestique, jusqu'aux reptiles et jusqu'aux oiseaux du ciel; ils furent exterminés de la terre, et il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l'arche.

24 Les eaux furent hautes sur la terre pendant cent cinquante jours. (Gn 7,17-24)

 

Il FAUT poser la question:

 

 

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Pourquoi toutes ces catastrophes, ces violences, ces morts, les horreurs des guerres?

Est-ce tout simplement parce que "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort" ?

 

 

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Ou bien l'homme finira-t-il  peut-être par en avoir marre de souffrir et alors, en tirera-t-il peut être une leçon des erreurs du passé ?

 

 

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Que disent les Italiens d’eux-mêmes, cette semaine ?

  1. Cette semaine, pour la Sicile, par ex., le président de la République Italienne, Giorgio Napolitano, a plaidé pour "un plan sérieux en faveur de la sécurité, plutôt que des constructions pharaoniques", faisant allusion au projet de pont enjambant le Détroit de Messine, d'un coût de 6,1 milliards d'euros, dont la construction est censée débuter l'an prochain.
  2. "En Italie, on a construit n'importe où, sans respect des normes européennes", a dénoncé le président de l'Association italienne d'hydrotechnique, Massimo Veltri, cité par l'agence Ansa. Selon lui, "un plan extraordinaire de sauvegarde et de gestion du territoire s'impose, car il n'est pas possible que la pluie, même intense, puisse faire en un temps minimum des dizaines de victimes".
  3. Enfin, selon une enquête de la Protection civile et environnementale, 70% des communes italiennes sont soumises à un risque dans le domaine hydrotechnique. "Le territoire italien est rendu encore plus fragile par les abus, le déboisement des versants et l'urbanisation irrationnelle", dénonce cet institut.
  4. "L'automne, il pleut. Parfois beaucoup. Si vous avez construit dans le lit d'un fleuve, il y a une forte probabilité que votre maison soit balayée par les alluvions", expliqué la Stampa,
  5. tandis que le Corriere della sera consacrait un dossier aux "désastres environnementaux provoqués par l'incurie et les abus".
  6. Quant à la Repubblica, sous le titre "tragédie annoncée", elle rappelle que ce site avait été touché par un glissement de terrain similaire en octobre 2007 et en rediffuse les images sur son site.

 

Bine sûr que Dieu nous a donné la liberté d’agir mal ou bien, bien sûr que nous nous avons la liberté de choisir !

Mais quand l'homme comprendra-t-il, qu’en fin de compte le bien qu’il ne fait pas, est tellement plus beau... que le mal qu'il fait. Catulle déjà l’écrivait :

 

« Odi et amo ! Cur id faciam fortasse requiris… Nescio ! Sed fieri sentio, et excrucior !

J’aime et je hais ! Tu te demandes pourquoi ? Je l’ignore ! Mais je sais que c’est comme çà et cela me crucifie !

 

Depuis longtemps, et ces temps-ci, beaucoup de decision makers (ceux qui prennent les décisions) ont fait et font passer les habitants de la planète par des horreurs de toutes sortes : l’économie, la guerre, la pornographie ... jusqu’à cet ancien évêque  - du diocèse d'Antigonish en Nouvelle-Ecosse (Est du Canada) Raymond Lahey, âgé de 69 ans – qui remet çà…

 

A voile ou à vapeur : tout le monde semble vraiment à la même enseigne, le Cavaliere en tête avec Heffner et Polanski…

 

Oh! Il y aura toujours de la sueur, du sang et des larmes (sweat, blood and tears, promettait Churchill aux Londoniens pendant le blitz !), et du mal, du mal : avec un déséquilibré par ci, un psychopathe par là..., le suicide à la TéleCom étant devenu chez nous la solution finale au désespoir : une trentaine en 18 mois…

 

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Qui doit changer, quand et comment ? Les Chinois disent que le poisson commence à pourrir par la tête ! Et comment le monde changerait-il, si l’habitant du monde ne change pas ? Faut-il se mettre à danser la danse des esprits, pour réaliser ses rêves, comme les Wingman (ウイングマン, Uinguman) des derniers mangas nippons ?

 

 

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Car le monde spirituel lui aussi est rempli de Baalzebuth et autres Pazuzu : ces esprits sont présents dans la société qu’ils nous inspirent, parce qu’elle  les inspirent ! Et s’ils reviennent –disent les évangiles -, une fois chassés, ils sont pires qu’avant,… devenus Légion…

 

Homo homini lupus, mais aussi Homo sibi lupus :

si l’homme est un loup pour l’homme, il l’est d’abord envers lui-même.

 

L’homme se révèle souvent être la première victime de l’homme, et son premier bourreau.

Il peut toujours accuser Dieu, l’autre, quelque nom qu’il lui donne !

 

 

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Comme au jardin de la Genèse,

l’homme interpellé au pied de l’arbre accuse la femme,

qui accuse la bête… qui accuse…

La bête en nous ! La bête en l’homme !

En l’animal qui perd l’esprit !

 

 

cr