14. Octobre 2008
L'ACTEUR & LE TRADER
Nouvelobs 14.10.2008
Guillaume Depardieu est décédé lundi des suites d'une pneumonie foudroyante, C’était un acteur à la sensibilité à fleur de peau, longtemps écrasé par la personnalité et la célébrité de son père, le comédien Gérard Depardieu.
C’est le début d’un script : d’ailleursje fais le pari que dans quelques mois, après la peine – car moi aussi j’ai de la peine : le Père et le Fils de Tous les matins du monde m’avaient proprement bouleversé (mais je sais que je suis un inconsolable romantique… -, je fais le pari qu’on fera un film de ce qui pourra(it) passer pour « un chien écrasé ».
Car suivent les développements du script en 12 séquences
- Le 6 juin 2003, il avait été amputé de la jambe droite pour mettre fin aux souffrances
- provoquées par une infection qu'il avait contractée
- à la suite des 17 opérations subies
- après un accident de moto en octobre 1995.
- Il est le fils, né le 7 avril 1971, de Gérard et d'Elisabeth Depardieu, également comédienne,
- connaît une jeunesse rebelle, marquée par la vitesse, la violence, la drogue et l'alcool
- qui le conduiront en prison.
- En 1991, il joue pour la première fois avec son père dans "Tous les matins du monde" d'Alain Corneau.
- Les deux comédiens, qui entretiennent des relations difficiles, se retrouveront dans deux téléfilms de Josée Dayan, "Les misérables" et "Le comte de Monte-Cristo".
- Il faudra attendre "Aime ton père" de Jacob Berger, sorti en 2002, pour que s'apaise la confrontation entre Guillaume Depardieu et un père auquel il a longtemps reproché son absence.
- Guillaume Depardieu a tourné près d'une vingtaine de films, parmi lesquels plusieurs longs métrages de Pierre Salvadori ("Cible émouvante", "Les apprentis" qui lui vaut en 1996 le César du meilleur espoir, "Comme elle respire", "Les marchands de sable").
- Les deux plus récents, "Versailles", de Pierre Schoeller et "De la guerre", de Bertrand Bonello, ont tous deux été présentés au festival de Cannes 2008 et sont sortis en salle ces dernières semaines. (AFP)
Oui, je peux dire moi aussi, avec la réalisatrice Josée Dayan qui a tourné à plusieurs reprises avec lui, et avec le comédien Jean Rochefort, qu’il était "l'acteur le plus doué de sa génération » … : que « cet enfant » fut un homme "avide de la vie", avec "un potentiel énorme". La mort d'un écorché vif qui avait connu de nombreux problèmes personnels pendant sa jeunesse : il a donc succombé à un choc septique consécutif à une pneumonie "foudroyante", contractée lors d'un tournage en Roumanie, L'Enfance d'Icare. Le hasard ! Un épilogue, en somme…
Icare s’est donc envolé avait 37 ans, laissant son Dédale de père à sa solitude et à sa gloire…
Icare avait connu une jeunesse pluri difficile, créant ensuite la Fondation Guillaume-Depardieu à Bougival (Yvelines) pour s'occuper des cas d'infections nosocomiales, dont il avait lui-même été victime.
Jérôme Kerviel est né en 1977. C’est un opérateur de marché de la SG accusé par son employeur d'être le responsable de 4,82 milliards € parmi les pertes de la banque en janvier 2008 résultant de prises de positions dissimulées et contraires aux règlements de la dite société d'environ 50 milliards € sur des contrats à terme sur indices d'actions entre 2007 et début 2008.
Le trader est payé pour acheter et vendre et le seul fait qu'il ait perdu, même des sommes importantes, ne le désigne pas comme coupable. Si on impute à Jérôme Kerviel la responsabilité de la totalité des pertes enregistrées à l'issue de la liquidation de ses positions, celle-ci serait la perte la plus élevée à ce jour qui ait été causée par les erreurs d'appréciation d'un trader, employé d'un établissement financier. Entre un recordman pour le Guinness Book et Nick Leeson, le trader de la Barings de Singapour, encore un argument pour Woody Allen.
- Etoffons un peu
Ce sera la première séquence : inintéressante, mais… (comme dans Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, histoire de…)
- Et puis, c’est la découverte du pot-aux-roses !
Le 24 janvier 2008, à l'occasion de la publication des résultats de son exercice 2007, la direction de la Société générale organise une conférence de presse afin de dévoiler l'affaire dont elle se dit victime. D'après M. Daniel Bouton, PDG de la banque, un (QUI ? L’ennemi de l’intérieur) opérateur de marché, faisant partie de ses effectifs, aurait exposé la banque à un risque de marché, alors que ce n'était pas dans ses attributions (UN IMPOSTEUR, donc !). Il aurait accumulé des positions acheteuses sur les contrats à terme portant sur indice et dissimulé ces opérations faites sur le marché en introduisant dans le système informatique de la Société générale des opérations inverses fictives les compensant (LA, PERSONNE NE COMPREND PLUS RIEN, SAUF QUE C EST TRES GRAVE, PUISQUE C’EST SI DIFFICILE !).
Le trader aurait pris des positions plutôt heureuses en 2007, réussissant à masquer l'importance et le risque des positions qu'il avait prises grâce à sa très bonne connaissance des procédures de contrôle interne, connaissances qu'il aurait acquises lors de ses quelques années passées au « middle office ». Il n'y aurait eu, selon les dirigeants de la banque, aucun enrichissement personnel (C’EST UN BON, ET IL EST HONNETE !). Selon la banque, il aurait reconnu lors de l'enquête interne de la Société générale au moment de la découverte de ses malversations, avoir effectué les opérations litigieuses et les avoir masquées.
Après cela, on n’y comprend plus rien, d’autant plus que le maelstrom de la crise financière mondiale se déchaîne, que les banques tombent l’une après l’autre : LE CHATEAU DE CARTES ? LE SCENARISTE POURRAIT MEME (OSER) ETABIR UN ICI LIEN DE CAUSE A EFFET, ou mieux UN ACTE PROPHETQUE OU JEROME JOUE LE ROLE DE JEREMIE !!
Les responsables s’écrient avec le grand-prêtre Calchas : Ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les auteurs…
- Puis suit la séquence étatsunienne, incontournable : lawyers et medias
- Engouement du grand public et popularité de celui par qui le scandale arrive !
- Si Kerviel est souvent qualifié, selon l'expression popularisée par le film, de rogue trader, (opérateur de marché voyou), il bénéficie paradoxalement d'une importante popularité sur internet:
- La médiatisation de "l'affaire Kerviel" l’a propulsé au rang de véritable icône du web, devenant l'objet d'un site de blagues sur son implication prétendue dans diverses affaires : les Kerviel Facts. Des blogs de discussion et de soutien, un fan club vendant des T-shirts à son nom, un autre proposant des goodies indispensables pour le "livestyle Jérôme" avec des portables, des montres Patek et des judoguis à sa marque, plusieurs vidéos parodiques ont été créées. Sur Facebook en particulier, les internautes ont été nombreux à manifester un soutien humoristique à Kerviel. Des T-Shirt « petite amie de Jérôme Kerviel » sont également en vente
- Cela devient même un phénomène sociétal. Un sondage d'opinion fait le 31 janvier 2008 à la demande du journal Le Figaro montre que 13% des Français estiment que Jérôme Kerviel n'est pas le premier à incriminer pour ces pertes, tandis que 50% estiment que c'est la direction de la banque qui est responsable et 27% que c'est l'Autorité des marchés financiers. D'autre part, 65% des personnes interrogées ont affirmé que son employeur M. Daniel Bouton, PDG de la banque devait assumer ses responsabilités Le système des marchés financiers engendre tant de défiance en France que Kerviel apparaît comme un héros pour y avoir provoqué une catastrophe, même si elle ne bénéficie à personne.
- On doit encore écrire toutes les suites judiciaires : mais cela, c’est la loi des séries - des séries TV j’entends -, et là, je vous renvoie à toutes nos chaînes nationales et privées… Nous connaîtrons ainsi : plainte, parquet, perquisition, brigade financière, contrôle judiciaire, instruction, procédures, rémunérations, licenciements, détention provisoire, garde à vue, juges et procureur, et même ministre… To be continued…
- Un livre existe déjà : L'Homme qui valait cinq milliards, Mélanie Delattre et Emmanuel Lévy, Éditions First, 19 juin 2008 !
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Il est clair qu’on ne naît ni héros, ni saint, ni acteur ; ni rebelle, ni criminel, ni salaud, d’ailleurs. On naît, en revanche, dans certaines circonstances et sous certaines conditions.
- Accorder à ces circonstances et conditions, la totale responsabilité de ce que nous sommes (devenus), c’est nier toute espèce de liberté individuelle. Et alors, tout est permis…
- Négliger d’en tenir compte, et sérieusement, est criminel.
Le parcours de chacun, personne ne le choisit, surtout aux tout débuts : on ne choisit pas sa famille, ni ses voisins, ni son école primaire et secondaire. Ni sa religion,… si on vous en transmet une !
On ne choisit pas non plus les vicissitudes des membres de sa famille ni de ses proches, leur carrière, leur métier, leur profession. Encore moins leurs idées, leurs options, leurs valeurs, qu’ils nous transmettent inévitablement, au moins une mesure certaine. Quant aux évènements de l’histoire, de la santé et des affaires…
Parfois (souvent ?!) les difficultés de l’existence aguerrissent et fortifient une personnalité : encore faut-il que l’enfant - le jeune adulte, l’homme -, ait assez de personnalité pour les supporter, y faire face et les intégrer. (Ah, la résilience !)
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Il n’est pas facile de vivre, en général. Ni, a fortiori, dans le cinéma en tant qu’acteur, ni dans la banque en tant que trader.
Il y a le fondement du passé qui ne peut être ignoré – consciemment et inconsciemment.
Il y a la tentation de vivre, aujourd’hui, en tant que soi-même, différent de ceux qu’on admire, qu’on aime, et qu’on finit parfois par rejeter ou même par haïr, parce qu’on n’y arrive pas ! Malgré son travail, ses dons, ses qualités !
Et il y a l’avenir, l’à-venir (qui n’appartient qu’à Dieu, prêchait Bossuet) que le jeune veut bâtir, le sien propre, et qui peut basculer vite en destinée, en destin, en fatalité, en ananché (αναγχη), en m’ktoub… Et alors, (on) se livre en aveugle au destin qui () entraîne !
Jérôme - l’industrieux Jérôme -, est un « bon », - il est meilleur même que ses collègues, que le P.D.-G. Il a cru que c’était arrivé ! Il a fait comme si, et ça a failli devenir comme ça. Mais il y a toujours des impondérables. A Waterloo, c’est Blücher qui apparut sur la colline, et non Grouchy, comme l’attendait l’empereur : l’Elysée napoléonien devint alors la morne plaine hugolienne !
Guillaume - le sensible Guillaume -, voulait être le seul Conquérant de lui-même. Il fut une « belle » promesse – un espoir, comme il avait été déclaré lors d’une cérémonie des Césars ! Il semblait tout avoir et avoir manqué seulement de l’essentiel ! Versailles nous l’avait présenté en SDF, Sans Direction Fixe, à qui un petit Enzo donnera le cap pour vivre. La vie lui avait donné Louise qu’il laisse à… elle-même à 8 ans ! A-t-il jamais appartenu à cette terre, à cette société, à ce monde : le ciel a rappelé Icare, ou ce qu’il en restait encore, puisqu’il avait dit à MOF qu’il tendait à TOUT DONNER.
Deux jeunes quadragénaires… Deux destins… Deux (anti?)héros d’aujourd’hui ?