01/12/2007 Les mots de l'otage pour l'Avent...
Extraits diffusés samedi 1er décembre par son comité de soutien, de la lettre
qu'Ingrid Betancourt, otage des Farc depuis 2002, a adressé à sa famille.
NOUVELOBS.COM | 01.12.2007 | 12:22
C’est un moment très dur pour moi ...j’écris mon âme tendue sur ce papier.
Je vais mal physiquement. Je ne me suis pas réalimenté, j’ai l’appétit bloqué, les cheveux me tombent en grandes quantités
Je n’ai envie de rien. Je crois que c’est la seule chose de bien, je n’ai envie de rien car ici, l’unique réponse à tout est « non ». Il vaut mieux donc, n’avoir envie de rien pour demeurer au moins libre de désirs.
Chaque chose est un miracle...
La vie ici n’est pas la vie, c’est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis...
J’ai ... la Bible qui est mon unique luxe. Tout est prêt pour que je parte en courrant. Ici rien n’est à soi, rien ne dure, l’incertitude et la précarité sont l’unique constante.
...chacun doit dormir dans n’importe quel renfoncement, étendu n’importe où, comme n’importe quel animal … Mes mains suent et j’ai l’esprit embrumé, je finis par faire les choses deux fois plus doucement qu’à la normale.
Mais tout est stressant, je perds mes affaires ou ils me les prennent... L’unique chose que j’ai pu garder est la veste, cela a été une bénédiction, car les nuits sont gelées et je n’ai eu rien de plus pour me couvrir.
Je suis faible, je ressemble à un chat face à l’eau. Moi qui aimais tant l’eau, je ne me reconnais pas…
Je fais en sorte de rester silencieuse, je parle le moins possible pour éviter les problèmes.
Chaque jour, il me reste moins de moi-même.
Chaque jour, je suis en communication avec Dieu, Jésus et la Vierge (...). Ici, tout a deux visages, la joie vient puis la douleur. La joie est triste. L’amour apaise et ouvre de nouvelles blessures... c’est vivre et mourir à nouveau.
Je suis presque devenue folle avec la mort de mon papa. .. Mais ce qui a soulagé mon tourment, a été de penser qu’il est parti confiant en Dieu et que là-bas, je le retrouverai pour le prendre dans mes bras. Je suis certaine de cela.
Et si je devais mourir aujourd’hui, je partirais satisfaite de la vie, en remerciant Dieu pour mes enfants.
C’est cela vivre, grandir pour servir (…).
Il y a tant de personnes que je veux remercier de se souvenir de nous, de ne pas nous avoir abandonnés. Pendant longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissaient le bal. Nous, les séquestrés, ne sommes pas une thème « politiquement correct », cela sonne mieux de dire qu’il faut être fort face à la guérilla même s’il faut sacrifier des vies humaines. Face à cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits.
Mon cœur appartient aussi à la France (…). Quand la nuit était la plus obscure, la France a été le phare. Quand il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s’est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du mal à la Colombie, la France les a soutenues et consolées.
J’ai demandé à Dieu qu’il me recouvre de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l’adversité, pour me sentir plus digne d’être comptée parmi ses enfants. J’aime la France de toute mon âme, les voies de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J’aime la France avec mon cœur, car j’admire la capacité de mobilisation d’un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c’est s’engager. (…) Toutes ces années ont été terribles mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l’engagement qu’ils nous ont apporté à nous tous qui ici, vivons comme des morts.
Durant plusieurs années, j’ai pensé que tant que j’étais vivante, tant que je continuerai à respirer, je dois continuer à héberger l’espoir. Je n’ai plus les mêmes forces, cela m’est très difficile de continuer à croire, mais je voudrais qu’ils ressentent que ce qu’ils ont fait pour nous, fait la différence.
Nous nous sommes sentis des êtres humains (...).
Dieu nous vienne en aide... Pour toujours et à jamais.»





Commentaires
prie aussi pour qu'il ne soit pas déjà trop tard...sa lettre ressemble tellement à un testament...et pourquoi des soldats du Farc avaient-ils des photos d'elle ? je prie pour qu'elle soit réunie à sa famille, à ses enfants qui l'attendent tellement...