Une charnière est un petit gond,

dit-on en Alsace...

 

bapt

J’avais décidé de me taire cet été, et de laisser mon blog tranquille...depuis le 4 juillet, depuis Ingrid... De cesser d’exprimer mon humeur...

J’ai failli m’y remettre, ces derniers jours, devant la niaiserie crasse du CIO et la sino-félonie sinoque (sic), spécifique de Pékin, envers Internet, les journalistes et notre information... Et puis...! Quand on a relevé des années durant, contre vents et marées, la bêtise criminelle de ceux qui prennent pour une élection quasi divine leur accidentelle position dans l’histoire..., on fatigue !

Mais là, deux « histoires » viennent d’échouer sur mon ordinateur, qui m’obligent à sortir de mon silence estival !

  1. Rome, qu’as-tu fait des chrétiens[1] ?

La saison de la débaptisation ! Des chrétiens au parcours traditionnel pour la plupart (première communion, communion solennelle, confirmation… et mariage religieux, "pour faire plaisir aux parents"), veulent renoncer à leur baptême. Dans les règles et officiellement !

"Une demande de renonciation à son baptême, précise le père Angelo Sommacal, responsable national du département de Pastorale liturgique et sacramentelle. Les gens qui font cette démarche pensent que c'est une question qui relève de la seule Eglise catholique, comme si c'était uniquement le fait des hommes. Le baptême est un acte de Dieu, on ne peut pas le défaire, on peut au mieux le renier. Mais c'est comme si on refusait d'être considéré comme l'enfant de ses parents !"

De fait, les "débaptisés" ne sont pas supprimés des registres de baptême, mais une mention indiquant leur souhait de ne plus être considérés comme chrétien est portée en face de leur nom[2].

"Les premiers cas que j'ai connus, c'était au tournant des années 1990", se souvient le père Sommacal. Mais le mouvement s'est vraiment amorcé en 1996, lors de la venue du pape à Reims pour commémorer le 1500e anniversaire du baptême de Clovis. En réaction aux propos de Jean Paul II, "France, qu'as-tu fait de ton baptême ?", des associations telles que Alternative libertaire en Belgique, Vivre au présent à Montpellier, ou le Collectif contre la venue du pape à Reims ont lancé une vaste campagne de débaptisation qui a laissé des traces sur les registres de baptême des différents évêchés : celui de Besançon a reçu 158 demandes cette année-là, contre une vingtaine en 2007.

Un "débaptisator" a même été mis en ligne en juin 2005 et a déjà, à ce jour, été utilisé plus de 3 500 fois (selon Greg, le webmaster). Certains évêchés – en fait certains curés « tradi » et certains chanceliers épiscopaux « restaurateurs » !-, résistent, et réagissent à coups de dogme et de droit canon... ne convainquant personne ni eux-mêmes !

Ce qui a obligé un Brestois de 33 ans à se faire menaçant pour obtenir le gage que l'Eglise ne le considérait plus comme membre de la communauté catholique : "Après avoir envoyé deux lettres sans que ni le curé ni l'évêché ne m'apportent la preuve de ma renonciation au baptême, je leur ai signifié que j'avais fait parvenir mon dossier à la CNIL [Commission nationale de l'informatique et des libertés]. L'effet a été immédiat : la semaine suivante, j'ai reçu deux courriers contenant mon acte de baptême modifié." Les registres de baptême n'échappent pas à la loi informatique et libertés, qui donne le droit de rectifier des données personnelles figurant sur un fichier lorsque y ont été détectées des erreurs ou des inexactitudes. Un argument de poids pour les militants de la débaptisation.

Sectes anticléricales, convertis à d’autres religions, diverses raisons plus prosaïques... Mais la plupart des "débaptisés" sont de simples athées, des déçus de la religion, des personnes qui ne se reconnaissent pas dans les positions de l'Eglise et qui ne veulent plus être comptées parmi ses fidèles... « des personnes qui avaient une démarche philosophique intéressante, qui voulaient se mettre en conformité avec leur conscience. » Et le chancelier Sommacal de citer le cardinal John Henry Newman, anglican converti, lui, au catholicisme au 19ème siècle : "Je bois à ma conscience d'abord, et au pape ensuite." Newman avait su rester britannique, en cessant d’être antipapiste : tout le monde ne sait pas parler par understatement !

 

  1. Les amants de Viterbe (ou Chiarinelli VS Carparelli)

 

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Il y eut les amants de Vérone (en Vénétie, près de Venise), voici les amants de Viterbe (dans le Latium, près de Rome). Tragédie ! Et Comédie ! A l’italienne catholique!

Le mariage catholique a été refusé à Roméo (25 ans), parce qu’il est  devenu paraplégique.

 
L’information de Marie Simon[3], est si précise, discrète et complète que je vais la citer sans vergogne...

Un évêque italien a refusé de célébrer une union religieuse, pourtant planifiée, arguant que le futur marié, devenu paraplégique après un grave accident de la route, souffrait d' "impuissance copulative". Avec Juliette (26 ans), ils étaient sur le point de se marier. Mais, un mois avant la célébration religieuse, un grave accident de la route (chez Shakespeare, c’est les meurtres de Mercutio et de Tybalt) a privé le jeune homme de l'usage de ses jambes. Une raison suffisante, aux yeux de l'évêque de Viterbe, pour annuler la célébration du mariage à l'Eglise. Le droit canon établit en effet une série de raisons dites « dirimantes » : « elles empêchent les mariages célébrés dans ces conditions d'être considérés comme valides par l'Eglise », explique le wikipedia parisien Angelo Sommacal[4].

Les amoureux de Viterbe avaient pourtant présenté une déclaration dans laquelle ils disaient assumer cette situation. La paralysie du jeune homme, et son impuissance, peuvent d'ailleurs ne pas être permanentes, d'après les spécialistes de l'hôpital de Rome où il est soigné. Mais l'évêque Lorenzo Chiarinelli est resté inflexible : pas de mariage à l'Eglise, par « prudence pastorale »[5].

Toute la presse racontait, lundi dernier, l'émouvante cérémonie civile célébrée le 7 juin dans cet hôpital, en présence de médecins, d'infirmières, de patients... et d'un prêtre ami de la famille. Le père Gianni Carparelli a béni les alliances. Et promis de procéder à leur union dès que possible. Cette fois, il l'espère, devant l'autel d'une église.

On raconte – que ne raconte-t-on pas ! -, que pour ces mêmes conditions d’intégrité physique, un candidat à la prêtrise ne peut être admis à l’ordination sacerdotale que s’il possède un scrotum complet (appelé aussi bourses), contenant les deux testicules[6]. Ce que le diacre – ou le dignitaire qui présente le candidat à l’évêque -, est censé annoncer à haute voix chantée à toute l’assemblée, et en latin !

Ce qui donna, ce jour-là,  pour le 1er candidat :

-          Le Diacre : Duas habet (il en a 2) !

-          L’Assemblée : Deo Gratias !

Le 2nd candidat s’avança et dut constater:

-          Le Diacre : Unam habet (il en a 1) !

-          L’Assemblée : Sufficit !

Alors arriva le tour du 3ème et dernier candidat. A la lecture du document de présentation, le diacre blanchit, hésita une seconde, mais pourtant, enhardi par le manque de personnel ecclésiastique chronique, il procéda :

-          Le Diacre : Nullam habet ! (Il n’en a aucune !)

L’Assemblée hésitant à répondre et fixant l’évêque[7], celui-ci se dressa de son trône, mitre en tête et crosse heurtant le sol, et hurla à pleine voix :

-          L’évêque : Ecclesia supplet (l’Eglise suppléera)

 

Dans le match de l’été - Chiarinelli versus Carparelli -, l’évêque a remporté le premier round canonique. Le prêtre a suppléé comme il a pu ! Et a promis de procéder devant l’autel en temps opportun.

A la session d’automne, il y aurait donc un deuxième round : il faudrait nommer comme arbitre le chancelier Sommacal, prénommé... Angelo

 

Un qui doit rire de tout cela, c’est Newman, John Henry, le transfuge cardinalice anglicano-catholique ! S’il était encore de ce monde, c’est à lui qu'il faudrait confier l’affaire ! Puisque sa devise dit qu’il faut « parler de cœur à cœur » ! [Cor ad Cor loquitur]

 

 

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[1] Dans Le Monde du  01.08.08

[2] En 2007, l'évêché de Coutances a reçu onze demandes similaires à celle d'Alice. Vingt-huit à Metz, six à Annecy, quatre à Tarbes, une quarantaine à Saint-Brieuc… Nos requêtes auprès des 92 évêchés de France métropolitaine ont permis de recenser 241 demandes de renonciation au baptême dans 21 évêchés, en 2007. On estime ainsi que, chaque année, le nombre de lettres de renonciation à la religion catholique avoisinerait le millier en France.

[3] Dans l’Express du 11/06/2008

[4] Pas d'union sans acte sexuel... Ne peuvent donc se marier devant l'Eglise catholique, selon ce texte fondateur :

1.        des personnes liées par un lien de consanguinité (jusqu'au 4e degré),

2.        un homme ou une femme ayant commis un meurtre dans le but de se marier,

3.        un prêtre,

4.        une personne divorcée qui reste tenue par le mariage précédent aux yeux de l'Eglise...

5.        mais aussi toute personne souffrant d' « impuissance copulative absolue ou relative »,

précise toujours  le père Angelo Sommacal.

[5] Lit-on dans Il Messaggero du 2 août dernier.

[6] Le scrotum, ou les bourses, est un sac de peau des mammifères mâles situé entre le pénis et l’anus et destiné à protéger les testicules.

[7] Ubi episcopus, ibi ecclesia : là où est l’évêque, là est l’Eglise !