in X cel 6 des hauts
Ascension
Il faut découvrir l’œil en toute chose.
Giorgio de Chirico
L’Ascension, c’est l’occasion – rare, en dehors de nos enterrements -, de se demander ce que & s’il y a quelque chose après. Quelque chose pour le corps, notre corps !
Jean Bernard dit que l’homme est l’animal pour qui il est impossible de penser qu’il n’y a rien après. Il faut voir !
Vivre, survivre ! Dormir, rêver peut-être! To be or not to be!
On aime à parler d’attente secrète, en creux, d’espérance implicite, d’aspiration irréversible; et on cite inévitablement l’inévitable berbère latinisé, Augustin d’Hippone: Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre coeur est sans repos tant qu’il ne repose en toi…
Ah, en ce jour, les textes de la liturgie répètent à l’envi l’affirmation, tout d’abord, du fait lui-même de cette ascension, et la signification profonde qu’il revêt pour ceux qui y croient. Affirmation sans détour d’ailleurs, avec une simplicité dans les termes, un détachement de forme et une concision qui n’ont d’égale que la grandeur incroyable du fait ainsi rapporté.
Oui, les rapporteurs, ici, n’ont pas fait dans le mythe enjolivé, dans l’affabulation pompeusement construite, dans l’illusion bâtie sur des enflures ou des à peu près !
Que signifie faire confiance au sérieux de Luc, et au laconisme de Marc -, qui sonne, en la circonstance, comme la proclamation tranquille et forte d’un Credo refusant toute concession à l’anecdotique ou au merveilleux, et dont les témoins paieront de leur vie leur foi en lui – à Jérusalem, et jusqu’aux confins de la terre ? Oui, que cela signifie-t-il sinon que Sanguis martyrium semen christianorum.
La question du corps est une vraie question.
La foi chrétienne s’enracine sur le fait de la Résurrection du Christ, et d’un corps disparu, revenu, et enfin reparti…
On a enlevé le Seigneur du tombeau, déplore Marie de Magdala, et nous ne savons pas où on l’a mis ! Jean entra et vit ! C’est-à-dire qu’il ne vit rien du tout !
Supercherie forgée des premiers compagnons? Mais si leurs adversaires avaient pu le retrouver, ce corps, auraient-ils tardé à l’exhiber !
C’est pourquoi la première finale de Marc (et elles ne dirent rien à personne, tellement elles avaient peur !) sonnait tellement vrai, que la première communauté en formation a cru bon, pour s’auto rassurer, d’ajouter encore quelques versets plats et mornes, et qui cassent le relief de cette énormité factuelle : la peur devant la disparition du corps ! Où est-il donc allé ?
Car le tombeau vide invite clairement à aller de l’avant, et de ne pas chercher parmi les morts celui qui est vivant.
A ce signe d’absence, renvoyant à une présence autre, Luc n’hésite pas à envoyer en écho un terme quasiment absent dans tout le Nouveau Testament : il parle de preuves de la résurrection, puisque, dit-il, pendant quarante jours, il leur était apparu et leur avait parlé du Royaume de Dieu.
Bien sûr, les 40 jours sont là pour nous renvoyer à Moïse dans la nuée du Sinaï et à Élie en marche vers l’Horeb, en attente de la révélation divine : Moïse et Elie avec lesquels, rendez-vous avait été pris par Yahvé sur le Thabor, pour – ENFIN ! - leur révéler de visu, pourrait-on dire, la face visible du dieu invisible ! C’est pourquoi, me semble-t-il, à son tour
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Jésus, reconnu au Thabor Christ Messie, par la Loi Tora (Moïse) et les Prophètes Nebiim (Elie), - et Pierre, Jacques et Jean -, peut désormais – et en toute quiétude de l’âme et de l’esprit des croyants -, être reconnu Fils de Dieu dans la présence/absence de son corps d’après la mort (on dit glorieux) sous le signe performatif qu’il institue dans l’Histoire :
le sacrement de la grâce rendue à Dieu le Père Par Lui –Avec Lui & En Lui, devenu définitivement et à la fois Autel-Offrande & Prêtre Eternels à la mesure de l‘Eternité divine qu’il partage avec Celui de qui il vient et à qui il retourne. |
Sur le Thabor final, le passage par l’histoire des hommes se termine dans une dernière et paisible bénédiction. Alors ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans la nuée. En une simple phrase tout est dit de ce qui marque le plus grand triomphe de l’Envoyé du ciel sur la terre des hommes !
Et les deux hommes vêtus de blanc - en qui toute une tradition reconnaît à juste titre les Moïse et Élie du précédent rendez-vous (la Transfiguration) sur la montagne, sont là comme deux témoins attestant la vérité du fait. N’ont-ils pas été eux-mêmes comme ravis, emportés dans le ciel ? Alors, oui, ils attestent qu’Il est le Véritable, le Juste et le Saint, l’image du Dieu invisible, redevenu resplendissement de sa gloire !
Oui, le chrétien peut témoigner de lui sur la terre et attendre, plein d’espérance, son dernier avènement, comme à Bethléem fut chanté son premier avènement !
Ce même Jésus qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel.
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Qu’est-ce que cette démonstration peut bien nous apporter aujourd’hui ?
Ø Au minimum la possibilité envisagée d’un pont (solide et durable) qui serait à présent établi entre le ciel (?) et la terre - et entre l’homme et Dieu, ajoute celui qui y croit.
Ø Au plus la reconnaissance que l’homme Jésus n’est pas seulement le sage, l’innocent, le grand prophète, qui montre l’exemple et enseigne la vérité, mais Quelqu’un dont on (certains, vous, moi, d’autres pas nécessairement idiots !) ) prétendent qu’Il est plus que l’homme Jésus justement : que sa mort semble n’avoir pas été un point final - que la pierre roulée du tombeau peut rouler pour d’autres aussi -, qu’il habite depuis lors un corps autre, que sa présence est aussi réelle qu’altérée par un au-delà insoupçonné du temps et de l’Histoire - les chrétiens disent qu’il est le Christ glorifié, assis à la droite du Père tout-puissant !
Il y a(urait) donc tout à la fois, un ici et un là-bas !
Ø C’est-à-dire effectivement la réalité et le symbole de notre condition présente : caducités, précarités, limites, épreuves, imperfections…
Ø Mais aussi le dés emprisonnement possible : la montée vers le ciel du Fils de l’homme qui est au ciel, une route ouverte vers là-bas : ce que les chrétiens appellent la maison du Père.
Et tout ce que nous avons connu de beau, de bon, de vrai, de joyeux, d’agréable… n’est pas perdu, l’homme que nous sommes devenu grâce à tout cela, n’est pas perdu non plus et est censé être restitué dans la joie, l’amour, la lumière et la paix.
Y croire, c’est être déjà passé de la mort à la vie. Pierre va jusqu’à (faire) écrire : Sans le voir nous l’aimons ; sans le voir nous croyons. Pour chacun, c’est selon !
Ce corps qui monte, semble dire à notre corps qui est là (et si las !) que nous ne sommes plus des étrangers ni des hôtes, que nous sommes concitoyens de la maison de Dieu.
Comme un crépuscule du matin qui ne se transformerait plus désormais en un crépuscule du soir !











Commentaires
Oui, c'est vraiment ma foi. ça n'empêche pas les péripéties ni les questions. C'est bien là, justement, qu'il faut cultiver la confiance et l'espérance...