TOUS SAINTS
TOUSSAINT 2009
Ainsi, la liturgie de ce jour nous invite, d’entrée, à partager l'exultation céleste des saints et à en goûter la joie : car il y a de la place pour nous chez eux. Les saints ne constituent pas une caste restreinte d'élus : c’est, nous dit-on, une foule innombrable, mondiale, universelle : enfin « catholique », même plus catholique encore que n’est notre Eglise sur terre à ce jour !
Et dans cette multitude, nous ne comptons pas seulement les saints officiellement reconnus, mais les chrétiens de chaque époque et de chaque nation, qui ont accompli la volonté de Dieu. Imaginez combien de visages regardent Dieu face et face, et que nous découvrirons quand nous irons à notre tour prendre place, - NOTRE place -, auprès de lui…
Oui, aujourd'hui, l'Eglise fête sa dignité de "Mère des saints » ! Elle est la métropole, c’est-à-dire la Ville Mère, celle de Dieu et des hommes, la ville du seul Dieu et celle de tous les hommes !
La capitale de Dieu ne manque d’aucun type humain : et en ces jours qui sont les nôtres – ici comme ailleurs dans le monde -, elle ne manque certes pas de fils contestataires et rebelles, de fils prodigues, déçus d’eux-mêmes et de leur mère, mais qu’elle sait devoir revenir un jour, parce qu’ils portent en eux les mêmes traits qui resplendissent déjà sur leurs frères glorieux : elle goûtera alors sa joie la plus profonde. Elle verra alors s’accomplir chez les hommes la réalisation du miracle éternel de l’Amour Eternel !
Que nous le livre de la Révélation (c’est ce que veut dire le mot Apocalypse !) – oui, que nous révèle le livre qui porte ce nom ? Il nous révèle que les habitants de la métropole divine sont "une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue" (Ap 7, 9). La globalisation : un seul peuple qui comprend
- les saints du Peuple Choisi - à partir d'Abel le Juste et du fidèle Patriarche Abraham -,
- ceux du temps de Jésus, le fils de Marie ;
- les innombrables être humains mis à mort par l’Empire Romain aux débuts de notre Eglise,
- toutes les femmes et tous les hommes formidables des vingt siècles de notre histoire chrétienne,
- jusqu'à aujourd’hui, jusqu’à Oscar Romero, assassiné en pleine messe dans sa cathédrale de San Salvador,
- à l’instar de son confère Thomas Becket, huit siècles plus tôt, en sa cathédrale de Cantorbéry ;
- jusqu’aux moines de Tiberine, dont on n’a retrouvé que les têtes ( !),
- à l’instar de leur prédécesseur aux portes du désert, Charles de Foucauld, assassiné quelque cent ans auparavant sur la rive de la Saoura, dans son misérable ermitage de Béni Abbès.
Encore aujourd’hui, les fils de Dieu témoignent du Christ au péril de leur vie, que ce soit au Brésil, en Chine et dans toute l’Afrique…Incarner l'Evangile dans son existence, sous l'irrésistible impulsion de l'éternel animateur du Peuple de Dieu qu'est l'Esprit Saint, demande
- du courage,
- encore du courage,
- et toujours du courage !
Mais à quoi sert donc cette fête, notre louange des saints ? A quoi sert, au fond, de les célébrer ? Serait-ce un genre de cérémonie au monument aux morts de nos guerres successives ? Avec un peu d’orgue et un beau sermon ?
Car si leur aveuglant exemple ne sert qu’à une simple et banale commémoration annuelle, nous leur faisons perdre un morceau d’éternité, et à nous notre temps ! Mais si c’est pour leur demander de raviver en nous le grand désir de vivre proches de Dieu, dans la lumière de sa grâce, dans la grande famille de ses enfants : alors oui !
Ø Puisque c’est notre vocation, après tout,
Ø où que nous en soyons de nos démêlés avec nous-mêmes, avec l’Eglise et avec Dieu lui-même.
Et si la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, alors donnons raison à St Irénée (130-200), l’évêque martyr de Lyon, né à Smyrne, âpre à défendre l'intégrité de la foi :
ü du dessein de Dieu,
ü de la vocation de l'homme,
ü du mystère de l'Église.
- « La splendeur de Dieu est vivifiante: ceux qui voient Dieu, reçoivent la vie.
- C'est pourquoi, lui, l'insaisissable, l'incompréhensible, l'invisible
- se donne aux hommes, en se rendant visible, compréhensible et saisissable,
- pour vivifier ceux qui le reçoivent et ceux qui le voient.
- Car vivre sans la vie, c'est impossible:
- la substance de la vie vient de la participation à Dieu;
- et participer à Dieu, c'est voir Dieu et jouir de son amour.
- Ainsi les hommes verront Dieu pour vivre:
- par cette vue, ils deviennent immortels et arrivent à Dieu…
- Jésus, son Fils, est l'exégète du Père,
- il montre Dieu aux hommes, et présente l'homme à Dieu,
- tout en préservant l'invisibilité du Père,
- de peur que l'homme n'en vienne à mépriser Dieu,
- mais, en même temps,
- pour qu'il ait toujours des progrès en vue,
- il rend Dieu visible aux hommes en le montrant de multiples façons,
- de peur que, totalement privé de Dieu, l'homme cesse d'être.
- Oui, la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant,
- et la vie de l'homme, c'est la vue de Dieu.
- Si la révélation de Dieu, par la création, donne la vie à tout être vivant sur la terre,
- combien plus la manifestation du Père, par sa Parole devenue Homme, donne-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu! »
Mais, demanderez-vous, comment pouvons-nous devenir saints, amis de Dieu?
Pour être saint, voyez-vous,
- il n'est pas nécessaire d'accomplir des actions et des oeuvres extraordinaires, ni de posséder des dons exceptionnels ;
- il est nécessaire avant tout d'écouter Jésus, et de le suivre, muni de son courage.
Celui qui a confiance en Lui et l'aime, accepte de se prendre en main : c’est cela vivre, d’abord !
Car il sait bien que celui qui veut garder sa vie pour lui-même la perd, et que celui qui se donne, se perd certes, et trouve précisément ainsi la vie. (cf. Jn 12, 24-25).
TOUT CE QUI N EST PAS DONNE EST DEJA PERDU !
Le chemin de la croix est un passage obligé : un passage, pas une résidence ! Le chrétien n’a rien à voir avec le sado-masochiste ! Renoncer à soi-même, c’est rejeter ce qui m‘empêche d’avancer avec persévérance vers mon vrai moi-même !
« Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve - lit-on dans le Livre de la Révélation, l’Apocalypse - ils ont lavé leurs vêtements et les ont blanchis dans le sang, c’est-à-dire la vie de l'Agneau" (v. 14).
Les saints donnent l'exemple de LEUR vie : ils ont ressenti la joie de celui qui a eu raison de faire confiance en Dieu – ça, c’est la foi -, car l'unique cause véritable de tristesse et de malheur pour l'être humain est de vivre loin de Dieu.
La sainteté exige certes un training constant, mais elle est à la portée de tous, si on le décide et qu’on s’y tient.
Dans la seconde lecture, Jean observe: "Voyez quelle manifestation d'amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes!" (1 Jn 3, 1).
Si cela est vrai – et c’est vrai pour celui qui veut devenir saint ! -,
- comment demeurer indifférent face à un si grand mystère?
- Comment ne pas répondre amour pour amour ?
Si le Christ a ouvert la voie – et il a ouvert la voie -,
- imitons-le,
- lions-nous à Lui,
- entrons dans le mystère de sa relation à son Père
C’est ça, la sainteté !
C’est être Bienheureux par lui, avec lui et en lui, comme l’a fait retentir, il y a un instant, la voix de Matthieu (Mt 5, 3-10). Le pauvre, l'affligé, le doux, l'affamé et assoiffé de la justice, le miséricordieux, le coeur pur, l'artisan de paix; c'est Lui, le persécuté pour la justice.
Les Béatitudes dessinent la physionomie spirituelle de Jésus, et expriment ainsi son mystère. A nous de décider si nous voulons ou non participer à sa béatitude. Car il y a quelques arguments imparables, mes amis :
- avec Lui, l'impossible devient possible : même les chameaux peuvent passer par un trou d'aiguille (cf. Mc 10, 25) !
- et avec son aide, et uniquement cette aide-là ( !), il est possible de devenir parfait comme le Père céleste est parfait (cf. Mt 5, 48).
[Si la messe suit : Voici, en tout cas, venu le moment d’aller prendre des forces chez lui, puisque dans quelques instants il deviendra présent, sur la terre comme au ciel, avec du pain et du vin terrestres et éternels à la fois ! ]
La voilà la communion de l'Eglise, la communion des saints : entre terre et ciel !
Amen !


























































